"Het Conclaaf" : comment Bart De Wever endosse les habits de seigneur du château
Nouveaux débats et affrontements entre leaders flamands au château Jemeppe.

- Publié le 30-05-2024 à 06h51
- Mis à jour le 30-05-2024 à 09h29

À la table de jeux, la concentration est de mise. D'un geste, Bart De Wever lance un vibrant "Échec" à Petra De Sutter. "Oh, ça c'était rapide !", s'étonne la ministre fédérale. "C'est l'histoire de la Vivaldi !", rétorque le président de la N-VA. Bienvenue dans le troisième épisode de l'émission de téléréalité politique Het Conclaaf, sur VTM.
Dans un salon voisin, Conner Rousseau et Tom Van Grieken s'écharpent sur un sujet sensible, la gestation pour autrui. S'en suit un improbable échange sur la liberté d'expression et sur la législation qui punit les propos racistes. Quant à Alexander De Croo, il s'éclipse à la première occasion, visiblement soulagé. Le Premier est remplacé par le président de l'Open VLD, Tom Ongena.
Quand le wokisme s'invite au château
En pleines discussions de salon sur le wokisme, un ancien tweet d'un élu du Belang s'attaquant à la transidentité de Petra De Sutter refait surface. La ministre Groen ne cache pas ses inquiétudes : "Aux yeux du Belang, je suis la personnification du nouvel ennemi, celui de la diversité d'orientation sexuelle et de genre. On serait un danger pour les valeurs défendues par le Belang." Visiblement très mal à l'aise et seul contre tous, Tom Van Grieken réplique : "Vous pouvez tous me flinguer, cela ne m'intéresse pas. Les vrais extrémistes sont ceux qui nient qu'il n'y ait que des hommes et des femmes." À aucun moment il ne se distancie du tweet en question. De Wever conclut ce débat houleux qui mêle maladroitement wokisme et théorie du genre. Un peu de détente s'impose. Les convives se retirent dans leurs chambres, avant de se retrouver autour d'un autre sujet clivant : l'immigration.
Dans un nouveau duel, le sablier sépare cette fois Sammy Mahdi et Bart De Wever (encore lui), c'est le choc des générations, et l'opposition entre un optimiste et un défaitiste. L'échange commence de manière conviviale, mais lorsque le président du CD&V reproche à son opposant d'attaquer violemment son parti et ses représentants, exemples fleuris et assassins à l'appui, la température de la pièce est en chute libre. Une agressivité qui passe mal. Le bourgmestre d'Anvers voit rouge : "Je n'accepte pas ce procédé, mais j'espère sincèrement que les électeurs vous sanctionneront, comme tous les partis de la Vivaldi, pour avoir hypothéqué l'avenir des générations futures." "Bart De Wever a fait son temps", lâchera plus tard Sammy Mahdi. Qu'il est loin le temps du cartel CD&V/N-VA…
Après une balade dans le parc, De Wever interroge ses acolytes : "Vous n'avez quand même pas enterré Van Grieken quelque part dans le bois ? Car je ne l'ai plus vu depuis votre retour…" Dans cet épisode diffusé ce jeudi soir sur VTM, Bart De Wever, par son humour cynique, son intelligence et ses convictions inébranlables, s'impose en seigneur du château. Cet habit lui confère un autre statut, subliminal, celui de chef de file des Flamands face aux francophones, comprenez face à la gauche wallonne. En cela, Het Conclaaf sert la N-VA. Tout comme le débat télévisé qui l'opposa mardi soir au socialiste Paul Magnette.
Retour sur une déclaration choc de Bart De Wever
Il faut se méfier d'un animal blessé. À plusieurs reprises dans l'émission, le président de la N-VA se félicite d'avoir négocié – mi-2020 – le confédéralisme avec le socialiste Paul Magnette. Face aux fuites dans la presse, MR et Ecolo ont ensemble dénoncé ces pourparlers. Deux mois plus tard, Alexander De Croo s'emparait du 16, rue de la Loi. "C'était sur papier, j'ai eu des discussions avec Magnette sur la fin de la Belgique !" se plaît à rappeler De Wever, tout en reconnaissant que tout n'était pas ficelé, à commencer par le sort de Bruxelles. "On était donc loin d'un accord final mais, mentalement, cet homme est nettement plus avancé sur la question qu'on le pense. Il voulait même garder le nom Belgique pour Bruxelles et la Wallonie. Mais, pour cela, il faut payer le prix !" s'amuse le nationaliste. "Je pense que l'on sous-estime à quel point la gauche wallonne est consciente que tôt ou tard, l'avenir de sa région s'écrira sans le nord du pays. Littéralement." À ceux qui en doutent, il renvoie vers une "note de base" d'un projet d'accord avec le PS. Une note confidentielle que la N-VA a pourtant dévoilée sur son site internet.
Le président du PS confirme à La Libre l'authenticité du document : "Oui, cette note est la bonne, mais les nombreux passages en jaune ne faisaient pas l'objet d'un accord formel. Il y avait donc encore beaucoup de points en suspens ou à préciser. Par conséquent, il n'y avait pas d'accord sur un texte." Dans cette note, la N-VA pointe les fondements d'un gouvernement éphémère chargé de la relance économique, de la gestion de la crise sanitaire et de la préparation d'une nouvelle réforme institutionnelle. Rien de vraiment révolutionnaire, tant le texte paraît peu précis et inabouti. De son côté, Paul Magnette voit dans cette expérience passée la preuve qu'aucun grand accord n'est possible avec les nationalistes flamands : "Il y a trop de divergences entre nous."

Magnette a-t-il vraiment demandé de pouvoir garder le nom "Belgique" ?
Face à notre question, Paul Magnette hausse les yeux au ciel : "Soyons clair, ce que j'ai dit à Bart De Wever sur le maintien du nom Belgique, c'était une boutade en fin de négociations. Si la Flandre déclare son indépendance, elle aurait un trou en plein milieu… car il n'a jamais été question d'abandonner Bruxelles à la Flandre, ni d'enterrer la Belgique. J'insiste, ce que Bart De Wever présente comme une déclaration de ma part n'était qu'une boutade. Je m'étonne que la note et cette déclaration refassent surface dans Het Conclaaf, car il n'y a rien de neuf. Bart De Wever survend l'état d'avancement de ces négociations de 2020 parce que cela sert son récit."
Si Paul Magnette avait accepté l'invitation, il aurait pu remettre les points sur les i devant 800 000 téléspectateurs flamands. Un acte manqué ?