"Dites, Monsieur Chahid, le disque de stationnement jusqu'à 21h c'est peu pratique, vous ne trouvez pas ?"
Bourgmestre faisant fonction d'Evere, Ridouane Chahid est le deuxième candidat sur la liste fédérale du PS dans la capitale. Au menu de son marché du vendredi matin, de la mobilité, de la propreté et une dose d'espérance en vue du 9 juin.

- Publié le 01-06-2024 à 07h06

"Vous voyez, c'est cela la machine de guerre socialiste", sourit Ridouane Chahid. Ce vendredi, reconnaissons que le dispositif est assez impressionnant. Sur le petit marché de la rue Royale-Sainte-Marie, à Schaerbeek, accompagnés chacun de deux ou trois aides de camp, ils sont sept candidats à distribuer des tracts aux couleurs du PS. "Dès que nous arrivons sur un marché, nous veillons à être une dizaine de candidats pour quadriller toutes les entrées." Le militant des Engagés et le confrère du PTB, croisés ce matin-là, apparaissent bien plus solitaires.
Alors que les derniers sondages ne sont pas bons dans la capitale, les socialistes entendent jeter toutes leurs garnisons dans la dernière ligne droite. "En fait, nous ne nous inquiétons pas trop des sondages. Non seulement ils nous boostent, mais en plus ils sont en décalage avec le très bon accueil que nous recevons sur le terrain", veut croire Ridouane Chadi, bourgmestre faisant fonction d'Evere et deuxième candidat sur la liste fédérale du PS dans la capitale.
Good Move ne passe pas
L'accueil, il est vrai, est assez bon. Sur le marché de Schaerbeek ce vendredi, Ridouane Chahid est la tête d'affiche et guide sa consœur, Justine Harzé, qui débute sur la liste régionale. Les marchands (qu'il croise dans les autres communes du nord de Bruxelles) le reconnaissent et le saluent systématiquement, alors que la plupart des chalands partagent avec lui une question, un doute, un encouragement. Le candidat est dans son élément et se laisse rarement prendre à contre-pied au vu des interpellations très concrètes et très convenues. Telle dame demande comment trouver un club de foot pour son fils alors que les listes d'attente s'allongent : "Je ne veux pas qu'il reste un an de plus à attendre à la maison". "On va vous aider", assure le candidat. Tel monsieur regrette le marché beaucoup plus vaste du passé, et "le resto grec, là au coin", qui a fermé sans être remplacé. "Le quartier est moins vivant, vous savez." Là aussi monsieur Chahid acquiesce et pointe les problèmes de mobilité dans la capitale.
Good Move, ce Plan régional de mobilité passe, repasse et rerepasse dans les conversations. Ce sera le thème le plus abordé ce vendredi matin. Le candidat – dont le parti était le pilier de la majorité qui l'a voté – ne le défend plus d'aucune façon. La méthode d'implémentation fut catastrophique, insiste-t-il en substance. La spécificité des quartiers n'a pas été prise en compte et les écologistes n'ont pas considéré l'avis des citoyens "alors qu'ils ne cessent de prôner la démocratie citoyenne." "Vous savez, la commune de Molenbeek n'a pas été concernée par Good Move, mais même là on nous en parle, tellement il fut décrié et tant il fait peur."
"Le PS est une valeur refuge"
Quelques mètres plus loin, Amina, mère de famille à la poigne de fer, s'inquiète pour la qualité des écoles de ses enfants et pour la propreté du quartier. "À Woluwe-Saint-Pierre, là où cela les arrange que ce soit propre, tout est parfait. Ici, nous avons l'impression d'être abandonnés." Le ramassage des poubelles, une fois par semaine (tiens, encore une décision de la majorité sortante…) ne recueille lui non plus aucun suffrage. "Il y a bien plus de déchets dans nos rues qu'avant", souligne un monsieur qui votera tout de même pour les socialistes.
"Les questions sont bien plus précises et concrètes qu'il y a cinq ans, observe Ridouane Chahid. Elles concernent le quotidien des gens alors que le Covid, Good Move, la crise énergétique ont marqué leurs vies. Les hommes nous parlent d'emploi, de sécurité, de stationnement ; les femmes d'éducation, de propreté, de logement. Ils ont besoin de réponses, que ce soit oui ou non. J'y veille constamment. C'est pour cela que si les campagnes sur les réseaux sociaux sont indispensables, rien ne remplace la présence et les visites sur les marchés."
Personne, ce matin-là, n'apostrophe le candidat sur des questions communautaires, pourtant présentes par ailleurs lors de cette campagne. Ni la question du voile, ni l'abattage rituel, ni la situation palestinienne ne sont abordés. "Du voile et de l'abattage, on en a un peu parlé au début de la campagne, mais beaucoup moins qu'il y a cinq ans. La situation à Gaza est cependant une préoccupation constante", note Ridouane Chahid qui fut critiqué en avril pour avoir hissé un drapeau palestinien devant la maison communale d'Evere. "Je remarque surtout que beaucoup de personnes issues de la migration redoutent la victoire de la N-VA et du Vlaams Belang. Face à ce péril qui vient de l'extrême droite, elles considèrent le PS comme une valeur refuge. C'est aussi pour cela que les sondages ne m'inquiètent pas trop."
Quant aux mosqées, affirme-t-il, "je n'ai reçu cette année aucune invitation pour y venir parler de politique, alors que cela se faisait par le passé."
"Votez pour qui vous souhaitez, mais pas pour Ecolo"
Autre ambiance. Après avoir remonté la chaussée d'Helmet dans sa Peugeot noire, Ridouane Chahid retrouve le calme de sa commune et la maison de quartier Germinal. Ici, la soupe est chaleureuse alors qu'il pleut des cordes au-dehors. Comme tous les vendredis, Michel et Micheline, Marc et Marie-Rose ("Les 4 M") se retrouvent pour un déjeuner hebdomadaire. La tablée est bon enfant et réunit aujourd'hui une vingtaine de "3X20" qui reviennent d'un voyage au lac d'Annecy. "Moi, je dis toujours: vous votez pour qui vous le souhaitez, mais pas pour les Écolo", lance Michel qui évoque la mobilité, la propreté et son affection pour sa commune. "Tiens Monsieur Chahid, ajoute-t-il. J'ai un ami qui vient dîner tous les lundis et les mardis chez nous, mais, pour stationner, le disque est obligatoire jusqu'à 21h. C'est tard et peu pratique 21h, vous ne trouvez pas ?""Ne vous en faites pas, lui glisse le candidat avant de filer. Cela va changer…" A bon entendeur…