Suppression de la 7e année qualifiante : "Les entreprises sont pourtant très intéressées par les formations que je ne peux plus offrir aux jeunes"
Le directeur de l'Institut Don Bosco, une école secondaire bruxelloise qui forme notamment des électriciens et des mécaniciens, se dit "très inquiet".

- Publié le 27-01-2025 à 09h38

Ils ont 16 ou 17 ans, parfois 19 s'ils ont eu un peu de mal en chemin. Ils rêvent de devenir graphistes, mécaniciens ou électriciens. Ils sont inscrits à l'Institut Don Bosco, à Woluwe-Saint-Pierre (Bruxelles), dans la filière d'enseignement secondaire technique de qualification. Une septième année, optionnelle, leur permettait de se spécialiser dans leur future profession.
Il faut, de fait, utiliser l'imparfait. Dès la prochaine rentrée, en août 2025, cette 7e année aura disparu, supprimée, pour des raisons d'économies, par la ministre de l'Éducation. Valérie Glatigny (MR) considère que les jeunes qui sont déjà porteurs d'un CESS (certificat d'enseignement secondaire supérieur) n'ont plus rien à faire sur les bancs de l'école. S'ils veulent se perfectionner, ils doivent se tourner vers l'enseignement pour adultes.
Est-il ponctuel ? Est-il capable de travailler en équipe ?
Samuel De Wulf, directeur de l'Institut Don Bosco, se dit "très inquiet". Selon lui, les conséquences de cette décision seront délétères. Chaque année, dans son établissement, une vingtaine d'élèves de 6e font le choix d'une 7e année qualifiante. "Ce qui me choque le plus dans cette mesure, c'est la remise en cause de la mission sociale de l'école. Elle n'est pas reconnue à sa juste valeur. On oublie souvent que l'école n'est pas seulement un centre de formation. On apprend aussi aux jeunes à être à l'heure, à être rigoureux, à avoir une tenue de travail adéquate… Quand l'un d'eux arrive en retard, on lui demande des comptes. Et s'il ne se présente pas, on lui téléphone pour savoir ce qui se passe. Certains élèves, qui vivent des situations personnelles compliquées, en ont besoin."
L'enseignement pour adultes fait de l'excellent boulot, poursuit le directeur, mais il ne s'adresse pas au même public. "Il n'y a pas le même suivi. Vous pouvez décider d'aller ou pas aux cours."
"On vide le seau d'un seul coup"
Les entreprises avec lesquelles l'Institut est en contact sont d'ailleurs très attentives à ces aspects-là, témoigne-t-il." Les premières questions qu'elles posent ne portent pas sur les compétences des élèves. On me demande d'abord : est-il ponctuel ? Est-il capable de travailler en équipe ?"
Samuel De Wulf évoque un autre souci : la capacité des formations pour adultes à absorber les nouveaux apprenants. "Des professeurs engagés à temps partiel dans mon école donnent aussi des cours du soir. Ils me disent qu'ils sont au maximum du nombre d'étudiants, ces formations étant déjà très demandées. À part créer le double de places, je ne vois pas comment on pourra, en septembre, accueillir nos élèves", s'interroge, perplexe, le responsable de l'établissement secondaire.
Du côté des enseignants concernés par la suppression de la 7e année, c'est la soupe à la grimace. La ministre de l'Éducation assure qu'il y aura de la place pour eux dans d'autres écoles. Ici encore, le directeur se montre sceptique : "Tous les profs de 7e perdront leurs heures en même temps. On vide le seau d'un coup", dit-il.
Avec des conséquences en cascade. Les professeurs nommés, qui ont une sécurité d'emploi, pourront être "recasés" dans les classes inférieures. Mais ils prendront alors la place d'autres, plus jeunes dans la fonction, qui risquent de perdre leur poste.
Un effet de découragement
"Le fait de supprimer la septième année du qualifiant provoque un effet de découragement, constate le directeur de Don Bosco. J'avais engagé deux jeunes enseignants très motivés en 5e et en 6e. Ils se demandent ce qui va leur arriver. Ils ont reçu un coup sur la tête. On risque de perdre de très bons pédagogues."
La mesure va aussi à rebours des besoins exprimés par les grandes entreprises avec lesquelles l'école a noué des partenariats depuis quinze ans, dont la Stib et la SNCB. Les élèves qui sortent de 7e sont ainsi accueillis à bras ouverts dans l'atelier de réparation des TGV. "La SNCB a besoin d'ouvriers polyvalents en électromécanique. Ils sont très intéressés par cette formation que je ne peux plus offrir aux jeunes en 7e", se désole le directeur.
Le contact avec de gros employeurs motive les jeunes de 18 ou 19 ans, ajoute-t-il. Si cette motivation-là disparaît, que vont-ils devenir ? "Ils risquent de décrocher, de faire des petits boulots à gauche et à droite ou même de traîner en rue." Les élèves du qualifiant de l'Institut Don Bosco seront aux côtés de leurs professeurs dans la rue ce lundi pour manifester contre la suppression de "leur" 7e année.
Un rêve coupé net en septembre
La ministre Glatigny s'est montrée très claire : il n'y aura pas de sursis à la mesure qui a déclenché des réactions très vives parmi les jeunes et les parents concernés. Une septantaine d'élèves de 5e et 6e TQ de l'Institut technique horticole de Gembloux, ont adressé une lettre à la ministre Glatigny pour exprimer leur inquiétude. Certains jeunes se sont engagés dans la filière technique de qualification (TQ), les yeux rivés sur la 7e qui leur donnait une clé en or vers un emploi, surtout dans les métiers en pénurie. Un d'eux explique qu'il visait la 7e pour devenir grimpeur-élagueur. Son rêve sera coupé net en septembre. "On a l'impression de ne pas être écoutés. On a des envies, des passions et tout s'arrête du jour au lendemain. C'est très dur", témoigne-t-il.
Les élèves concernés pourront se diriger vers la formation identique (pour adultes) de l'Ifapme, a tenté de les rassurer Valérie Glatigny. Sans convaincre. "C'est vrai, cette formation existe, à Perwez, mais elle s'étale sur deux ans et ne tient pas compte du bagage de nos élèves, réagit un professeur, dépité. Elle nous promet que la durée de cette formation pourrait être raccourcie en valorisant leurs compétences. Et on va réussir à faire ça d'ici septembre ? J'en doute."