"Respecter les convictions des professeurs, des élèves et des parents" : pourquoi Valérie Glatigny veut interdire les signes convictionnels à l'école
La ministre de l'Education en Fédération Wallonie-Bruxelles Valérie Glatigny (MR) persiste et signe : elle compte bannir les signes convictionnels pour les professeurs de l'officiel dès la rentrée 2026. Pourquoi ? Dans quel objectif ? Qui serait concerné ? La mesure soulève de nombreuses questions. Entretien avec la ministre.

- Publié le 19-06-2025 à 06h35
- Mis à jour le 20-06-2025 à 09h11
Dans la Déclaration de politique communautaire (DPC) de la législature 2024-2029, émise par le MR et Les Engagés, un passage prévoit "l'interdiction par décret du port de signes convictionnels à tous les enseignants de l'enseignement obligatoire du réseau officiel, à l'exception des professeurs de religion".
À l'origine de cette décision, l'on retrouve un constat : plusieurs écoles de l'officiel permettent à leurs professeurs de porter des signes convictionnels. "Nous avons connaissance d'établissements dans lesquels des enseignants ne respectent pas une neutralité d'apparence", explique la ministre de l'Education en Fédération Wallonie-Bruxelles Valérie Glatigny (MR). "Par ailleurs, d'aucuns tentent d'imposer une autorisation du port de signes convictionnels dans l'enseignement officiel subventionné via des textes déposés en Conseil communal. Il nous paraît donc important d'étendre, ou de rappeler l'interdiction du port de signes convictionnels et le respect du principe de neutralité dans nos écoles", défend-elle.
Une interdiction, trois objectifs
Pour la ministre de l'Education, l'interdiction du port des signes convictionnels couvrirait trois objectifs. En premier lieu, cela permettrait "d'assurer un environnement éducatif neutre afin de respecter les convictions des professeurs, des élèves et de leurs parents." Ensuite, "nous voulons mettre l'accent sur la pluralité des valeurs communes dans une société démocratique, laissant à chaque élève le soin de construire librement ses propres convictions", mais aussi "garantir le bon fonctionnement de l'enseignement au regard des missions prioritaires de l'école quant à l'apprentissage des savoirs de base, tout en préparant tous les élèves à être des citoyens capables de contribuer au développement d'une société démocratique et pluraliste."
À en croire la ministre, interdire le port de signes convictionnels à l'école serait donc favorable à la pluralité de la société. L'on aurait pourtant pu, au contraire, penser que leur autorisation serait un exemple de diversité culturelle et d'ouverture. Une telle décision ne risque-t-elle pas de créer conflits et divisions au sein des établissements et de la société en général ? Non, répond-on du côté de Valérie Glatigny. "L'Ecole me semble au contraire un lieu approprié pour soutenir l'émancipation des élèves et l'apprentissage de la liberté de pensée."
La ministre d'ensuite rappeler que le projet de décret "visera également de façon plus large à assurer le respect de la neutralité à l'école, y compris dans l'apprentissage de savoirs prévus dans les référentiels". "En ce sens, il visera aussi la lutte contre la contestation de faits scientifiques et de valeurs communes comme la remise en question de la théorie de l'évolution ou de l'égalité hommes-femmes."
Une interdiction pour les professeurs… et les élèves ?
Jusqu'alors, il semblait que la mesure ne concernerait que les enseignants. Une erreur de "cible", pour le député fédéral François De Smet (DéFI), qui appelle plutôt à une interdiction de tous les signes convictionnels pour les élèves de l'enseignement obligatoire jusqu'à 18 ans. "Je souhaite moi aussi porter la réflexion le plus loin possible, car plus la mesure est claire pour toutes et tous, et plus elle sera comprise et appliquée", affirme Valérie Glatigny. "Or, actuellement, certaines écoles autorisent le port de signes convictionnels par les élèves dans leur règlement d'ordre intérieur (ROI), là où d'autres l'interdisent. Mais comme vous le savez, la politique, c'est l'art du possible !", rappelle-t-elle.
Est-il pour autant dans les compétences de la ministre d'intervenir dans les ROI des établissements ? "Le pouvoir régulateur peut imposer des dispositions dans les ROI de toutes les écoles. C'est déjà le cas pour la gratuité, l'interdiction du GSM ou les motifs d'exclusion définitive. Sur cette problématique précise, la question de savoir si cette interdiction est conforme avec la Constitution pour les écoles libres confessionnelles ou non confessionnelles, sera examinée", conclut la ministre.