L'intelligence artificielle aura-t-elle raison du mémoire de fin d'études? "Les moyens d'évaluation actuels ne sont plus adéquats"
À l'heure où l'intelligence artificielle investit progressivement l'enseignement supérieur, des questions émergent quant à la façon d'évaluer les étudiants, notamment en ce qui concerne le mémoire.

- Publié le 03-09-2025 à 21h47

En 2023, la faculté d'économie de l'Université de Prague, en République tchèque, a décidé de supprimer les mémoires pour ses nouveaux étudiants face à l'émergence d'outils d'intelligence artificielle tels que ChatGPT. Deux ans plus tard, ces technologies se sont tant perfectionnées qu'elles soulèvent la question suivante : le mémoire tel qu'on le connaît aujourd'hui a-t-il encore un sens à l'ère de l'intelligence artificielle ?
"Quand on regarde les acquis d'apprentissage du mémoire, cela a évidemment un sens d'avoir un travail personnel dans lequel l'étudiant doit approfondir un domaine, être capable de prendre du recul et de fournir un travail autonome", soutient Yves Deville, professeur à l'École polytechnique à l'UCLouvain et conseiller auprès de la rectrice pour la politique numérique de l'Université. "Par contre, les moyens qu'on utilise aujourd'hui pour évaluer ces acquis d'apprentissage, c'est-à-dire lire un texte de 40 pages et organiser éventuellement une petite défense orale de 20 minutes pour pouvoir mettre une note à l'étudiant, ne sont plus adéquats", concède-t-il. "Cela n'a plus de sens de se dire : 'j'évalue le texte sous l'hypothèse que l'étudiant a fait ça tout seul'."
Le futur du mémoire : redéfinition ou suppression ?
Une réflexion autour de la révision des méthodes d'évaluation et de l'organisation du mémoire semble désormais lancée auprès des établissements de l'enseignement supérieur. "On devrait imaginer d'autres organisations pour un travail de fin d'études, avec une évaluation beaucoup plus continue, où l'on rencontre plus souvent l'étudiant pendant l'année et où l'on discute avec lui", propose Yves Deville. "Et à la fin de l'année, plutôt que de lire un texte, on aurait une défense orale un peu plus approfondie dans laquelle l'étudiant montrerait sa capacité à discuter et à argumenter. Tout cela sans l'IA."
Pour le professeur de l'UCLouvain, il est également fondamental d'apprendre aux étudiants comment utiliser ces technologies intelligemment. "Il faut qu'ils soient capables de bien expliquer quelle est la partie qui provient d'eux-mêmes et quelle est la partie faite par l'IA, mais aussi qu'ils puissent démontrer la plus-value de leur apport par rapport à l'intelligence artificielle."
Pour l'heure, il n'est donc pas du tout question d'une quelconque suppression du mémoire – à l'instar de la décision de l'université de Prague – puisqu'il "possède des objectifs extrêmement intéressants", rappelle Yves Deville. "Dans l'imaginaire collectif, le mémoire est un texte d'entre 50 et 100 pages. Ce ne sera plus le cas. On doit garder le principe d'un travail important, mais dans lequel la mise en œuvre ne passera plus uniquement par la rédaction d'un texte par l'étudiant", se projette-t-il.