Katty, 46 ans, est inscrite dans la même université que sa fille : "Parfois, on s'installe à table dans son kot et on étudie toutes les deux"
Sur les bancs de l'université, certains étudiants ont déjà dépassé la vingtaine. Qu'ils entament ou reprennent des études, quels sont leurs motivations, leurs facilités et leurs obstacles ? Témoignage.

- Publié le 25-02-2026 à 06h47
- Mis à jour le 25-02-2026 à 12h06

À 46 ans, Katty amorce, depuis la rentrée de septembre, un tournant dans sa vie professionnelle. Cette mère de trois enfants est inscrite à la Fopes (Faculté ouverte de politique économique et sociale) de l'UCLouvain. Diplômée en assistance sociale, elle travaillait depuis une dizaine d'années dans l'enseignement, où elle apprenait la déontologie et la législation aux aides-soignants. Mais en 2024, elle a été victime d'un accident sur le chemin du travail. Souffrant de multiples fractures, la reprise s'annonçait compliquée. Elle a retenté malgré tout le coup en 2025, mais a subi alors de nouvelles complications.
En juin, les médecins lui ont conseillé de revoir sa carrière professionnelle. Tenir toute une journée devant une classe était trop compliqué. Katty s'est alors mise à la recherche d'études pour se qualifier dans un nouveau domaine. "À la base, j'avais opté pour le master en santé publique. Mais les horaires étaient très lourds, ce qui allait m'empêcher, si jamais ma santé s'améliorait, de pouvoir reprendre un travail, explique-t-elle. C'était aussi difficilement envisageable avec ma vie de famille."
Un autre master – celui de la Fopes – semble mieux correspondre à ses attentes. "L'idée, c'était de pouvoir avoir un poste à responsabilité ou, pourquoi pas, de me donner la possibilité d'enseigner en haute école", ajoute Katty. Pendant les deux années suivantes, elle suivra les cours de la Fopes à raison de deux soirs par semaine en plus du jeudi. Parallèlement à son cursus, Katty a repris le travail à 20 %, face à une petite classe où elle peut s'asseoir facilement. "Je regarde aussi de temps en temps les annonces en me disant que je pourrais atteindre un mi-temps. Je ne serais pas contre, le tout, c'est de savoir trouver."
La reprise d'études, pas si simple
Reprendre des études après des années d'expérience professionnelle n'est pas si simple. "J'ai d'ailleurs choisi la Fopes plutôt qu'un autre master parce qu'il propose plus de travaux de groupe et donc moins d'étude par cœur", avoue Katty. "Avant, je savais retenir des définitions, mais maintenant, je ne retiens presque plus du tout… ou à la limite quelques mots-clés. C'est plus compliqué", s'amuse-t-elle.
Katty évoque aussi un questionnement autour de la légitimité à reprendre des études en étant plus âgé. Certains proches lui demandent ce qu'elle fait encore aux études, ou si elle en a vraiment besoin, confie-t-elle. "On est jugés, alors que si on était dans un cursus en tant que jeune, ce serait perçu comme normal. À l'inverse, on est contents de se retrouver avec nos camarades de classe parce qu'on est un peu tous dans la même situation. À la Fopes, beaucoup d'étudiants ont au moins 5 ans d'expérience professionnelle."
Cela dit, retrouver les bancs de l'université avec plus d'expérience a aussi des avantages. Avec le temps, Katty dit avoir appris à mieux s'organiser. "Quand on est plus jeune, on prend des notes en cours mais on ne pense pas forcément à anticiper ce qui va arriver. Maintenant, j'anticipe beaucoup, entre autres pour pouvoir gérer ma vie de famille à côté", explique-t-elle.
Une expérience partagée avec sa fille
Katty est d'ailleurs bien placée pour parler de différence de génération puisque sa fille, âgée de 18 ans, a elle aussi débuté des études à l'UCLouvain cette année, dans une autre faculté. "Elle a un autre système pour connaître son horaire de la semaine, explique la mère de famille. Elle doit se connecter elle-même sur une plateforme. Pour moi, tout cela est fait par le secrétariat. Même chose pour les examens, où je suis inscrite d'office. Ce sont des petites différences qui nous allègent le côté administratif. On est des étudiants, mais pas tout à fait", ironise-t-elle.
Partager l'expérience universitaire avec sa fille lui permet aussi de passer du temps ensemble, de s'encourager et de se motiver mutuellement. "Parfois, on s'installe à la table de son kot et on étudie toutes les deux", raconte-t-elle. "On a aussi certaines mêmes sortes de cours. En discutant, on se rend compte qu'on apprend des mêmes concepts. C'est assez rigolo."
Katty estime que faire des études est une chance pour pouvoir évoluer professionnellement. Elle souligne qu'il existe des aides fournies par le service social de l'université (soutien financier pour quelques frais, pour le minerval, …) si besoin.