Sciences Po pourrait s'implanter à Bruxelles : "On a déjà vu des projets de ce type, et beaucoup ont échoué"
Selon le doyen de la faculté de philosophie et sciences sociales de l'ULB, cette piste n'est pas une menace pour les universités belges.

- Publié le 14-07-2026 à 06h36
- Mis à jour le 14-07-2026 à 08h34

"Sciences Po réfléchit à la création d'un campus à Bruxelles", annonce ce lundi le quotidien français Les Échos. Selon le journal, il s'agirait de l'une des options recommandées dans un prérapport du comité Europe de l'université à l'attention de Luis Vassy, son directeur. En prenant la tête de Sciences Po en 2024, il avait déjà annoncé son ambition de mettre l'Europe au cœur du projet de l'établissement.
Pour ce faire, le prérapport – consulté par Les Échos – contient trois options : regrouper les campus européens de Dijon et de Nancy en un campus unique ; créer une spécialité Europe sur le campus de Paris en conservant ceux de Nancy et Dijon ; ou créer une spécialité Europe sur un campus à Bruxelles.
Cette dernière recommandation repose sur une réflexion simple : il serait logique pour un étudiant en affaires européennes d'être au plus près du pouvoir européen. Or, le Parlement, la Commission et le Conseil européen se trouvent à Bruxelles.
Un recrutement territorial
Plusieurs universités étrangères – plutôt anglophones – se sont déjà installées sur des campus bruxellois et ont ouvert des petites sections de sciences politiques et de relations internationales. "Il est donc possible de s'installer et de créer un petit campus", contextualise Jean-Benoît Pilet, doyen de la faculté de philosophie et sciences sociales de l'ULB, qui comprend notamment le département de sciences politiques.
Cette piste n'étant pour l'instant qu'une idée, aucune inquiétude ni réaction officielle n'est de mise, explique le doyen. "On a déjà vu des projets de ce type, et beaucoup ont échoué. En général, c'est parce qu'ils ne sont pas ancrés alors que l'essentiel du recrutement en Belgique se fait essentiellement sur une base territoriale", développe-t-il.
Avec la VUB et Saint-Louis (UCLouvain), l'ULB propose une offre en sciences politiques déjà très large à Bruxelles, souligne, quant à lui, un assistant de l'Université libre de Bruxelles.
Un problème d'échelle
Les universités étrangères installées à Bruxelles ne se rendent pas non plus bien compte que l'enseignement supérieur universitaire en Belgique francophone est un enjeu de masse, soutient encore le doyen. "À l'ULB, 600 étudiants par an s'inscrivent en première année en sciences politiques. On en compte plus de 2 000 pour l'ensemble du cursus. Lorsque l'on regarde les autres projets de décentralisation de Sciences Po, ils parlent de 20, 30, 50 étudiants au maximum. Ils ne se rendent pas compte que pour peser dans le paysage de l'enseignement supérieur à Bruxelles, on parle de milliers d'étudiants et non pas de quelques dizaines", justifie Jean-Benoît Pilet. Le projet de Sciences Po est donc bien loin de menacer les universités bruxelloises déjà présentes.
Quels étudiants ?
D'autant plus que rien ne garantit que cette cinquantaine de futurs potentiels étudiants bruxellois de Sciences Po étaient à la base destinés à rejoindre les universités belges. "Il pourrait même s'agir d'étudiants français qui choisissent d'aller là-bas parce qu'ils ont été classés un peu plus bas dans Parcoursup."
Selon l'assistant de l'ULB, l'idée d'installer un campus de Sciences Po à Bruxelles permettrait surtout de capter les jeunes sortant des écoles européennes. Un argument qu'il appuie par un élément concret : le prix d'un cursus dans l'établissement français. En 2026-2027, le minerval annuel pour les étudiants européens était compris entre 0 et 14 900€ pour un bachelier et 0 à 20 640€ pour un master. En 2024-2025, le montant moyen des frais de scolarité était de 5 740€ pour le bachelier et 7 275€ pour le master. 36 % des étudiantes ont par ailleurs été exonérés de droit de scolarité. La facture est encore plus salée pour les étudiants non européens. En 2026-2027, ils ont dû débourser 14 900€ par an pour le bachelier et 20 640€ par an pour le master. "En dehors des personnes qui sortent d'une école européenne, je ne vois pas qui pourra payer ces sommes-là pour un enseignement dont on peut trouver une qualité équivalente à Saint-Louis, à la VUB ou éventuellement à l'ULB", conclut l'assistant.
Reste que ce projet démontre l'attractivité de Bruxelles en tant que grande capitale politique à l'international, souligne enfin Jean-Benoît Pilet.