La victime avait vécu "36 minutes d'enfer"
Les deux prévenus se retranchent derrière la drogue et invoquent l'absence de tout souvenir.

- Publié le 19-05-2024 à 10h02
- Mis à jour le 19-05-2024 à 15h12

Lorsque les policiers leur retirent les menottes pour qu'ils s'installent sur le banc des prévenus, Patryk et Maciej ont le visage fermé. Poursuivis pour vol avec violences et viol sur personne vulnérable, ils risquent gros. Et, d'entrée de jeu, à la première question, leur position est on ne peut plus claire.
"Je conteste tout : le vol et le viol. J'aimerais m'expliquer", dit le premier. "J'aurais peut-être pu voler, mais je ne me souviens pas car j'avais pris de la drogue", dit le second, dont les propos, comme pour son comparse, sont traduits vers le français.
Le juge résume les faits. Il y a un an, une jeune femme, qui a réuni quelques amis dans son salon esthétique, décide d'y dormir sur un canapé pour ne pas avoir à prendre le volant. À 02 h 30, deux hommes font irruption dans ce mini-salon réparti sur trois niveaux. Après quelques minutes à l'intérieur, ils la réveillent : "L'argent !", crient-ils car ils n'ont rien trouvé. Elle est frappée. Elle perd connaissance. Ce n'est que vers 08 h 00, cinq heures après le départ de ses agresseurs qu'elle trouvera la force d'appeler son mari et les secours.
Arrêtés grâce aux caméras
Patryk et Maciej seront identifiés et appréhendés aux Pays-Bas grâce à la caméra installée dans la rue qui a filmé leur voiture dans la rue du salon. Deux caméras dans la boutique filmeront une partie de la scène ou enregistreront le son une fois que Maciej aura tourné l'objectif vers un mur.
Ce rappel ne réveille que peu de souvenirs chez Patryk, tout au plus se souvient-il de "quelques flash", d'avoir "regardé une étagère" dans le salon. "J'avais pris trop de substances illicites", dit-il. Le juge lui rappelle qu'après son arrestation, il avait avoué à la police qu'ils avaient bien voulu voler. En vain : il ne se souvient de rien. Et, au juge qui l'interroge, il ne peut dire qui a frappé la victime. Maciej n'a pas plus de souvenir.
Le juge les appelle devant lui, leur montre les photos de la victime au visage tuméfié, aux pieds et aux mains ensanglantés. "Vous avez vu ça, ça et ça. Regardez ses mains !"."Je suis désolé", se contente de dire Maciej. Les hommes sont comme deux murs.
Nier, même l'évidence
L'avocate de la victime intervient et interroge Patryk : "Que dites-vous du fait que l'on a retrouvé votre ADN spermatique dans le vagin de ma cliente ?""C'est impossible", tranche-t-il. Son avocat demande une courte interruption pour s'entretenir avec lui.
À leur retour, Patryk ne varie guère. Il est "en aveux de ce qui a été filmé". Pas du viol. Il aimerait s'excuser auprès de la victime et justifie, une fois encore, la perte de mémoire par les stupéfiants.
"Savez-vous combien vous risquez?", demande le juge. "Sept ou 8 ans", réponde le prévenu. "Non, jusque 20 ans", corrige le juge
Le juge, rompu aux dossiers drogue, n'en croit pas un mot. "Savez-vous ce que vous risquez ?", lance-t-il à Patryk. "La liberté", répond ce dernier. "Combien ?", insiste le juge. "Sept ou 8 ans", avance Patryk. "Non, jusque 20 ans", corrige le juge.
La plaidoirie de l'avocate de la victime révèle la cruauté des deux prévenus, qui auraient forcé la porte car ils l'avaient vue à travers la vitrine, couchée sur son canapé. Elle a été rouée de coups. Un verre lui a été explosé au visage. Son corps porte les marques de coupures de verre. Les enregistrements audio révèlent qu'elle hurle "Aïe" de douleur, puis crie un "Non" que ses agresseurs répètent, en ricanant et en prenant une petite voix aiguë.
Sur ces enregistrements, on entend aussi un homme dire "Wow ! Quel cul !". À l'écoute de cette phrase, l'enquêteur avait proposé à la victime un examen médical qui avait révélé le viol. La victime, laissée pour morte et sur qui un extincteur avait été vidé, l'ignorait.
L'avocate ne croit pas à l'amnésie des prévenus qui, leur forfait accompli, se rendront immédiatement aux Pays-Bas pour ne plus jamais revenir en Belgique avant leur arrestation cinq mois plus tard. Sa cliente, qui a vécu "36 minutes d'enfer" en garde des séquelles physiques et psychologiques. Mais, pour des raisons financières, elle a repris "la boule au ventre" le travail dans sa boutique.
Le procureur, qui qualifie les faits "d'infâmes" et de "déclarations outrageantes" des prévenus a détaillé, minute par minute, le déroulé des faits. Il a requis 12 ans contre Patryk et 10 ans contre Maciej. La tâche des défenses est rude. La défense de Maciej demande l'acquittement pour viol et le sursis pour le vol. Invités à s'exprimer en dernier, les prévenus ont la tête basse. Patryk demande la "clémence". Maciej dit que "la victime a droit à un dédommagement". "Mais pourquoi alors ne pas lui avoir déjà versé une somme ? C'est à vous de prendre des initiatives", lui rétorque le juge, qui rendra son jugement le 25 juin.