"J'aime la Belgique, les frites et le chocolat. C'est pas parce que je suis un Arabe que je suis un voyou"
Trois jeunes hommes sont poursuivis pour vol avec violence. Ils ne le savaient pas au moment de l'attaquer, mais leur victime était un policier en civil.

- Publié le 25-08-2024 à 10h00
- Mis à jour le 26-08-2024 à 08h00

Le palais de justice de Bruxelles en plein mois d'août ressemble davantage à un musée plein de touristes qu'à un lieu où sont jugés des faits criminels. D'ailleurs, ce jour-là, une seule salle d'audience est ouverte. Et vu le nombre de policiers présents à l'entrée – une quinzaine au moins -, l'affaire doit être sacrément importante. À l'intérieur, on attend l'arrivée d'Ali, de Hassan et de Moussa (prénoms d'emprunt) – respectivement âgés de 19, 20 et 24 ans – qui doivent être acheminés depuis la prison de Haren. Une fois les trois comparses arrivés et libérés de leurs menottes, ils s'installent, encerclés par plusieurs policiers.
Ali, qui ne semble pas apprécier la promiscuité avec les forces de l'ordre, demande à l'un des agents d'arrêter de le fixer, voyant dans son regard de la provocation pure. "Monsieur. Je vous demande de vous calmer, intervient le juge. Les policiers sont ici responsables de notre sécurité à tous. Si vous n'appréciez pas leurs regards, regardez-moi moi, et respectez ce tribunal." Ali acquiesce en hochant la tête. Et finit par fixer le sol en attendant son tour pour l'instruction d'audience.
Car le juge souhaite d'abord écouter Hassan. Ce dernier dit être en Belgique depuis peu. Venu du Yémen qu'il a fui à cause de la guerre, il s'est retrouvé à Bruxelles après avoir accepté d'accompagner "un gars qui lui promettait un boulot en Europe". Et c'est ainsi qu'Hassan s'est retrouvé empêtré dans plusieurs histoires peu claires. Dont une qui justifie sa présence, dans cette salle d'audience, avec Ali et Moussa.
Sous l'effet de l'alcool et d'ecstasy
Le juge est intrigué. Si Hassan vient du Yémen en guerre, pourquoi ne pas avoir introduit une demande pour obtenir un statut de réfugié et, ainsi, bénéficier d'une aide, même minime. "Je n'ai pas eu le temps", répond laconiquement Hassan via son interprète. Le juge lance un regard sceptique. Il n'a pas l'air de croire au récit d'Hassan, d'autant qu'aucun document ne prouve ses dires. Le doute est permis. Car Hassan murmure à son interprète de ne pas lui parler en arabe classique utilisé au Yémen, puisqu'il ne comprend rien d'autre que le dialecte du Maghreb…
Mais ça, le juge ne l'entendra pas. Qu'importe, ce qu'il souhaite comprendre, c'est pourquoi, un matin d'avril, Hassan, Ali et Moussa se sont attaqués à un individu pour lui voler sa chaîne en or d'une valeur de 700 euros et son smartphone valant un peu plus de 1 000 euros. Le trio est poursuivi pour vol avec violence. Pas de bol, la victime est par ailleurs inspecteur de police. Il était habillé en civil et rentrait chez lui lorsqu'il a été attaqué.
Ali et Hassan sont en aveux. Le premier explique qu'il avait mélangé alcool, ecstasy et Ritrovil (puissant psychotrope utilisé comme drogue de substitution) peu avant les faits. Il ne se souvient plus de grand-chose, mais se dit désolé s'il a causé du tort. Hassan explique qu'il était ivre et s'excuse, lui aussi, auprès de la victime.
Moussa, lui, nie les faits. Selon lui, il a probablement été confondu avec un autre. "Les Chinois, les Noirs et les Arabes ont tous la même tête. Mais là, c'était pas moi", se défend le jeune homme d'un ton colérique. Il explique d'ailleurs ne connaître ni Ali ni Hassan et dit en avoir terminé avec son passé de délinquant. "Avant, je dormais dans la rue, je volais pour vivre et pour manger, mais c'est fini. Maintenant, je travaille et j'ai une fiancée. Je suis un bâtisseur (il est ouvrier dans le bâtiment, NdlR). Mon père et mon grand-père étaient des bâtisseurs. Je gagne près de 4 000 euros par mois. J'ai pas besoin de voler."
Trois et quatre ans requis
Le juge semble interloqué par le salaire que Moussa avance. Il demande des éclaircissements. "Je travaille au noir. C'est mal, mais c'est pas du vol." Techniquement, un peu quand même lui fait comprendre le juge. Puis il lui demande de poursuivre. "Regardez la vidéo, Monsieur le juge. Regardez et vous allez voir que ce n'est pas moi, hurle Moussa. J'aime la Belgique, les frites et le chocolat. C'est pas parce que je suis un Arabe que je suis un voyou." Et d'insister : "Je. Ne. Suis. Pas. Un. Voleur !".
Le ministère public requiert trois ans pour Ali et Hassan, mais ne s'oppose pas à un sursis pour ces deux jeunes qui n'ont aucun antécédent judiciaire. Pour Moussa, aimer les frites et le chocolat ne semble pas suffire. D'autant plus que la victime a formellement reconnu le jeune homme, déjà connu de la justice. La procureure requiert quatre ans de prison ferme. Le conseil de Moussa plaide la clémence.
Jugement le 30 août.