"Il y a eu des baisers forcés avec introduction de la langue"
Pour Me Caroline Poiré, avocate de deux adolescentes parties civiles contre Carl De Moncharline, ancien roi de la nuit bruxelloise, les préventions de viol et d'atteinte à l'intégrité sexuelle sont établies.

- Publié le 27-05-2025 à 20h02

C'était le roi de la nuit bruxelloise. Carl De Moncharline était le patron du Wood, une boîte au cœur du Bois de la Cambre, après avoir animé le Who's Who's Land et avant de reprendre L'Impérial, dans le haut de la ville. L'homme avait aussi lancé de multiples animations dans la capitale, comme la Fête des voisins ou la Roller Parade.
Mais pour lui, la fête est finie. Mardi, il comparaissait devant la 54e chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles, prévenu de viols et d'atteintes à l'intégrité sexuelle. Charlotte et Camille, qui avaient 17 ans, ont déposé plainte le lendemain des faits qui seraient produits au Wood, la nuit du 3 au 4 janvier 2014. À l'époque, le prévenu avait 45 ans. Pauline, également âgée de 17 ans, s'est rendue au commissariat en avril 2015 pour une agression sexuelle du même type et dans le même lieu.
Deux classements sans suite
L'homme conteste formellement les préventions. Pour l'instant, il ne travaille plus. "J'ai dû vendre les parts de mon entreprise. La médiatisation de cette affaire m'empêche d'avoir des opportunités". Même à l'étranger : il suffit de taper son nom dans n'importe quel moteur de recherche pour qu'elle resurgisse.
Dans un premier temps, les dossiers avaient été classés sans suite, en 2015 et en 2021. Après la diffusion de l'émission Investigation de la RTBF, où des témoins anonymes accablaient le patron du Wood, de nouvelles plaintes sont parvenues au parquet courant 2022. Elles n'ont pas donné lieu à de nouvelles poursuites. Mais le ministère public a décidé de citer directement Carl De Moncharline devant le tribunal correctionnel pour s'expliquer sur les deux premières affaires.
Elles n'ont pas fait l'objet d'une instruction. Il n'y avait pas de devoirs spécifiques à ordonner qui exigeaient l'intervention d'un juge, ni de nécessité de décerner un mandat d'arrêt, a précisé le substitut à l'audience.
"Il y a plein de clients qui vous draguent"
Le tribunal s'est concentré mardi sur les deux premières plaintes. La nuit du 3 au 4 janvier 2014, Camille et Charlotte se retrouvent à un moment près du bar, où le patron leur propose un verre, puis un deuxième. Le trio sort pour fumer une cigarette, dans un espace privé en haut d'un escalier. Il y a des embrassades et des seins effleurés, mais les jeunes filles étaient à l'initiative, dit le prévenu. "Il y a plein de clients qui vous draguent. Ça arrive tout le temps. C'est une sorte de jeu".
Les victimes ont une tout autre version : le quadragénaire leur a imposé des gestes non consentis. Après un moment de black-out, Camille est redescendue pour chercher de l'aide. Le prévenu est resté seul avec Charlotte, qui n'était plus "dans un état normal". Elle devenait "entreprenante", décrit-il. La victime en question n'a aucun souvenir de ce qui s'est passé, sinon le récit que Camille lui en a fait. Les amis appelés au secours ont retrouvé Charlotte dans un état déplorable : elle vomissait, pleurait, tenait des propos incohérents et semblait en état de choc.
"Ce n'est pas mon truc"
Les jeunes filles se sont rendues à l'hôpital. Charlotte a passé des tests gynécologiques, qui se sont révélés négatifs. Une analyse de sang a montré la présence d'alcool et un taux élevé d'ecstasy.
Avocate des deux jeunes filles, Me Caroline Poiré a demandé au tribunal de déclarer la culpabilité de Carl De Moncharline. Le viol doit être retenu parce que le prévenu a introduit sa langue au moment des baisers forcés, comme l'ont déclaré les mamans des adolescentes en déposant plainte, plaide l'avocate. Ce que conteste avec force le prévenu : "Je n'embrasse déjà jamais ma femme avec la langue. Ce n'est pas mon truc."
Les débats se poursuivront les 17 et 24 juin prochains.