"J'étais dans le viseur" : le système de protection des lanceurs d'alerte reste complexe en Belgique
Selon un rapport de l'Institut fédéral des droits humains (IFDH), la fragmentation du cadre juridique belge est susceptible de décourager les signalements.

- Publié le 28-11-2025 à 18h46
- Mis à jour le 28-11-2025 à 18h47

"J'étais dans le viseur, ils voulaient ma peau". Steve (nom d'emprunt) est lanceur d'alerte. Il a travaillé comme ingénieur au sein d'une grande entreprise publique pendant près de vingt-cinq ans.
En 2021, il découvre les entorses répétées à l'intégrité de sa supérieure hiérarchique : achat et vente non réglementaire de matériel appartenant à la société, favoritisme, triche lors d'examens de recrutement. "C'était de plus en plus gros", se remémore-t-il.
Épuisé par ce qu'il découvre et par le silence qui l'entoure, Steve dénonce les faits au Médiateur fédéral. Aussitôt, l'ambiance au travail se détériore. "Elle m'a vraiment isolé du reste de mes collègues", raconte-t-il. Une mise à l'écart que le Médiateur fédéral qualifiera plus tard de "soupçon raisonnable de représailles". Un mois après son signalement, il est placé en arrêt maladie suite à un burn-out, avant d'être mis à la pension anticipée.
Complexe et fragmenté
Steve figure parmi les dizaines de Belges ayant signalé des violations au sein de leur entreprise ou administration depuis l'entrée en vigueur de la législation sur la protection des lanceurs d'alerte en 2023. Ce vendredi, l'Institut fédéral des droits humains (IFDH), chargé d'évaluer le dispositif tous les deux ans, en dresse un premier bilan.
Si l'IFDH salue les efforts de la Belgique (et la place même parmi les pays les plus à la pointe d'Europe en matière de protection et de soutien aux lanceurs d'alerte), des imperfections demeurent. "Force est de constater que le cadre légal reste complexe, fragmenté et parfois incomplet", souligne Martien Schotsmans, directrice de l'Institut.
Deux lois protègent actuellement les lanceurs d'alerte : l'une pour le secteur public fédéral, l'autre pour le privé. Elles coexistent, mais avec des procédures, des marges de manœuvre, des délais différents. À cela s'ajoute la traditionnelle 'lasagne institutionnelle belge' : les entités fédérées disposant, elles aussi, de leurs propres mécanismes de protection.
Selon l'IFDH, cette complexité peut décourager et frustrer les lanceurs d'alerte. Le rapport note ainsi que ces derniers peuvent avoir "le sentiment que certains aspects de leur dossier (la protection ou l'enquête) ne sont véritablement pris en charge par aucune autorité".
Un constat qui pourrait aussi expliquer le taux élevé d'irrecevabilité des signalements. En 2024, sur 638 signalements adressés au centre intégrité du Médiateur fédéral, 562 ont été jugés irrecevables.