Une sexagénaire devant la justice : "La machette n'a jamais été brandie en direction des policiers"
Yvonne n'a – presque – rien contre la police, elle avait juste forcé sur la dive bouteille.
- Publié le 21-06-2026 à 10h46

Retour à la vie "normale" pour Monsieur l'huissier, qui a officié sur le procès de Paolo Falzone et s'en épanche auprès de la présidente, présente bien à l'avance : "C'est une expérience… que je ne voudrais plus revivre, mais c'est une expérience." La juge acquiesce et l'audience peut commencer par son lot de dossiers à la banalité ordinaire.
Giovanni (*) s'avance en bermuda et T-Shirt, la barbe bien taillée. En octobre dernier, il a bouté le feu à la voiture de sa tante, en pleine nuit. La raison ? Un différend qui les opposait sur le sort de la grand-mère atteinte de la maladie d'Alzheimer. Le "hic" c'est que Giovanni n'est pas un inconnu des tribunaux et qu'il a effectué six mois de préventive pour cette affaire aussi banale que navrante. Même le ministère public ne charge pas trop la barque : "Il est en aveu, il avait consommé de l'alcool et du cannabis, il ne sait pas pourquoi il a fait ça. Il dit : 'J'ai pété un câble.' On venait de lui retirer son bracelet électronique et il avait des projets. Le problème, c'est son casier judiciaire. La tendance aurait été de réclamer une peine ferme mais je ne m'opposerais pas à un sursis probatoire aux conditions strictes."
Études à la haute école
Voilà une épine hors du pied de l'avocat de Giovanni, qui déroule mais ne manque pas de faire "les gros yeux" à son client : "Les faits ne sont pas agréables du tout et vu son C.V., il pourrait écoper de dix ans de prison. Monsieur sait ce qu'il risque avec son casier et savait qu'il ne pouvait pas arriver ici la bouche en cœur et demander une mesure de faveur. Ceci dit, il est en aveu depuis le début et il a entrepris des démarches pour se réinsérer. Sa compagne est d'accord de l'héberger et un employeur se dit disposé à l'embaucher une fois son diplôme en poche." En effet, malgré son pedigree, Giovanni veut poursuivre des études à la haute école. "Les derniers rapports de prise en charge sont positifs depuis sa libération, ses bilans sanguins sont bons, il suit sa formation… Généralement, quand on sort de prison, il y a un certain relâchement, ici, ce n'est pas le cas. Il est jeune, il a l'avenir devant lui, donnons-lui une dernière chance avec une ultime demande de mesures probatoires."
Jugement le 5 août.
Une attestation pour le cousin
Yvonne (*) a passé la soixantaine et aussi l'âge d'être tatouée un peu partout, visage compris. Il fallait y réfléchir. Toujours est-il que cette "Ma Dalton" du Borinage a accueilli les forces de l'ordre à coup d'insultes : "sales flics de merde", avant de brandir une machette. La raison ? Une sombre affaire de vol de voiture que les policiers ont eu le malheur de vouloir éclaircir. Yvonne ne semble pas être en cause dans ce dossier même si ledit vol a été commis par une "connaissance", qui a eu la bonne idée d'abandonner le véhicule devant chez Yvonne et de glisser les documents de bord dans la boîte aux lettres de cette dernière. Sans doute un ami "qui lui voulait du bien". Toujours est-il que quand les inspecteurs se sont présentés au domicile d'Yvonne, cette dernière "en pyjama et fortement alcoolisée" n'était pas dans les meilleures dispositions pour faire la causette.
La procureure du Roi, vu le contexte, n'est pas opposée à un sursis simple et plaide pour la confiscation de la machette, qui serait le seul souvenir qu'Yvonne garde de son père…
Le conseil d'Yvonne rappelle que cette dernière, à son âge, n'a jamais eu affaire à la justice "à part deux faits de roulage" et que "la machette n'a jamais été brandie en direction des policiers mais uniquement pour tenter d'endommager le véhicule à la source de ses ennuis." "Ma cliente émarge à la 'Vierge noire' [l'actuelle administration pour les personnes avec un handicap NdlR] depuis ses vingt ans, plus jamais vous ne la reverrez ici, je demande la suspension simple du prononcé."
Quand la présidente demande à Yvonne si elle a quelque chose à ajouter : "- Je pourrais avoir une attestation pour mon cousin qui m'a amenée à scooter ?"
Jugement le 5 août.
*Prénoms d'emprunt.
