Affaire Mathot: De Valkeneer contre Uyttendaele
- Publié le 02-07-2018 à 09h03
- Mis à jour le 02-07-2018 à 09h18

Pour le procureur général de Liège, Christian De Valkeneer, il y a une certaine logique dans le fait qu'ayant établi l'existence d'un corrupteur actif dans le dossier Intradel, le tribunal correctionnel de Liège ait reconnu celle, à l'autre bout de la chaîne, d'un corrupteur passif.
A ses yeux, il eût été plus simple que la Chambre ait, comme le parquet général de Liège l'avait demandé, levé l'immunité parlementaire de M. Mathot. Cela aurait évité que la décision de vendredi l'épingle sans qu'il ait pu présenter ses arguments.
Mais pour Me Marc Uyttendaele, qui a défendu Alain Mathot dans ce dossier, "on vient d'assister à un jugement en tous points scandaleux car il viole le principe de la séparation des pouvoirs et méconnaît les droits de la défense".
Pas intouchable ad vitam aeternam
Me Uyttendaele, qui est aussi professeur de droit constitutionnel et nous disait s'exprimer à ce titre, considère que dès lors que le Parlement avait pris ses responsabilités en refusant de faire droit à la demande de levée de l'immunité parlementaire de M. Mathot, le cas de celui-ci était devenu hors débats.
Voir le député-bourgmestre de Seraing apparaître dans le dispositif du jugement comme ayant accepté l'argent d'un corrupteur est donc totalement irrationnel, sauf à considérer que le tribunal a voulu remettre en cause des principes constitutionnels ou se soit livré à un règlement de comptes vis-à-vis du pouvoir législatif.
Me Uyttendaele estime enfin que le tribunal, par l'effet de son "pré-jugement", a rendu difficile voire impossible la tenue d'un éventuel procès futur de M. Mathot.
Car, rappelle-t-il, l'immunité parlementaire dont celui-ci bénéficie ne le rendait pas intouchable "ad vitam aeternam" et le parquet aurait pu imaginer de réactiver des poursuites à la fin de la législature.
Quand on évoque un éventuel appel qui pourrait conduire à un arrêt très différent, dans sa formulation, du jugement de vendredi, Me Uyttendaele répond deux choses : primo, un éventuel appel ne concernerait pas son client, absent à la cause; secundo, un arrêt réformant le jugement n'aurait que peu d'incidence, le "buzz médiatique" consécutif au jugement ayant déjà emporté M. Mathot sur le plan politique.