Raoul Hedebouw : "La taxation des super riches est redevenue un enjeu majeur de la campagne et c'est au PTB qu'on le doit"
Le président du PTB veut gouverner avec le PS et Écolo. Mais, pour cela, ces partis ne doivent pas accepter les traités d'austérité européens, exige le patron des marxistes.

- Publié le 22-04-2024 à 06h35
- Mis à jour le 22-04-2024 à 07h04

Raoul Hedebouw, le président du PTB en appelle aux autres partis de gauche pour gouverner ensemble après le scrutin du 9 juin. Il considère cependant que le PS et Écolo évitent le débat de fond avec le PTB pour masquer le fait qu'ils ne pratiquent pas une politique de gauche.
Quelle sera votre coalition préférée au sortir des élections ?
Un gouvernement composé des partis de gauche aux côtés du PS et des écolos. Ce n'est un secret pour personne qu'un gouvernement avec le MR ça ne va pas le faire… Quant aux Engagés, il y a chez eux une non-volonté de discuter qui est logique par rapport au ton plus à droite adopté par ce parti.
Avec quel(s) parti(s) refuserez-vous de gouverner ?
Avec le MR il y a clairement une question d'incompatibilité et de programme. Je ne vois rien de possible en matière de convergence. C'est le parti des riches. Et évidemment pas non plus avec le Vlaams Belang ou la N-VA avec qui il y a une complète incompatibilité. Quant aux socialistes flamands, ce que je regrette avec eux, c'est qu'on leur a tendu la main – comme à Groen d'ailleurs – mais que Vooruit, pourtant, continue à lorgner une coalition avec la N-VA. Ça me dépasse complètement.
Trouvez-vous que le bilan de la Vivaldi est bon ?
Non, il n'est pas bon. Rien qu'en termes de pouvoir d'achat, sur la période d'existence de la Vivaldi, les salaires ont perdu 3.472 euros bruts (sur une base annuelle et en moyenne). C'est pour cette raison que le pouvoir d'achat est un enjeu majeur de la campagne. Les gens se rendent bien compte que ce sont les grandes entreprises qui ont tout gagné grâce à l'Arrêté royal qui bloque les salaires. Un arrêté royal signé par un socialiste, en l'occurrence, le vice-Premier ministre, Pierre-Yves Dermagne.
Quelle est la première mesure que vous prendrez si vous arrivez au pouvoir ?
La mise en place de notre taxe des millionnaires. C'est d'ailleurs la grande question des prochains mois : qui va payer la crise actuelle ? Cette taxe permettrait de trouver entre 7 et 8 milliards d'euros à investir dans les pensions, l'isolation des bâtiments et la relance de l'économie, par exemple. Je précise quand même que la taxation des super riches est redevenue un enjeu majeur de la campagne et c'est au PTB qu'on le doit. Ça fait plus de dix ans qu'on en parle.
Sur quelle mesure prise sous la précédente législature reviendriez-vous si vous arrivez au pouvoir ?
Sur la non-décision du lendemain du scrutin de 2019 de ne pas abaisser l'âge de la pension à 65 ans. C'était un point de rupture des partis de gauche en 2019 et ce point a été mis à la poubelle dès les premières minutes de négociation. En peu de temps, ils ont jeté à la poubelle une promesse importante de campagne sans en discuter. Nous recevons plein de témoignages de gens qui font des métiers difficiles, comme des maçons et ils nous disent que c'est impossible de travailler jusqu'à 67 ans.
D'accord, mais sur une mesure décidée par la Vivaldi ?
La chasse aux malades de longue durée. On est passé de 400 000 à 500 000 malades longue durée et le ministre Vandenbroucke (Vooruit) n'a rien trouvé mieux que de mettre en place des sanctions financières à leur égard alors qu'il faudrait travailler sur des mesures adaptées.
La main tendue récemment par le secrétaire d'État socialiste Thomas Dermine à l'égard du PTB, c'est une erreur de jeunesse ou le début de quelque chose de concret ?
J'avais cru que quand Magnette nous insultait en nous traitant de nuls et de couillons que c'était une erreur de communication. Mais la séquence avec Dermine a démontré que le PS a définitivement coupé les ponts. Je constate que pour le PS, Dermine a fait une erreur parce que dans les deux heures il était rappelé à l'ordre. Le PS ne veut pas d'une rupture avec les politiques d'austérité européennes. Ça fait cinq ans que je mets ça sur la table et Magnette et Dermine refusent le débat de fond. C'est ainsi qu'ils masquent leurs pratiques qui n'ont rien d'une politique de gauche.
Le vote de votre parti aux côtés du PS et d'Écolo contre la réforme du décret Paysage, c'est la prémisse d'autre chose ?
C'est quand même une séquence intéressante. Et la première leçon que j'en retiens, c'est qu'une pression venue du dehors – de la Fef en l'occurrence -, a pu influencer une décision. Il y a aussi le fait que c'est la première fois en 25-30 ans qu'un parti d'opposition relaye à 100 % une revendication émanant de la société civile. On constate que la pression mise par le PTB et le vote du PTB ont apporté quelque chose, une solution. Nous montrons aussi que même si nous voulions le retrait complet de la réforme, nous nous sommes montrés constructifs en votant le texte du PS et d'Écolo.
Même si nous voulions le retrait complet de la réforme du décret paysage, nous nous sommes montrés constructifs en votant le texte du PS et d'Écolo."
Si vous deviez parvenir à convaincre d'autres partis de vous suivre dans cette rupture entre la Belgique et les traités d'austérité européens, comment assumerez-vous cette position au niveau de l'Union européenne ?
Ces règles d'austérité, elles doivent bientôt être adoptées, elles ne le sont pas encore, il y a donc moyen d'agir au niveau belge. Le gouvernement fédéral peut bloquer ces mesures. Mais je constate que le PS et Écolo qui sont au gouvernement ne veulent pas le faire. Vous verrez pourtant qu'après le 9 juin, ils s'en plaindront de ces nouvelles règles qu'ils approuvent aujourd'hui… La Belgique préside pour l'instant l'Union européenne, pourquoi le PS et Écolo ne font-ils pas le pressing pour que l'on bloque le vote de ces règles ? J'espère que la mobilisation syndicale autour de cette question les fera changer d'avis.
Mais si la Belgique refusait d'appliquer les futures règles d'austérité, est-ce que ce ne serait pas une manière d'entamer une sortie de l'Union européenne ?
Je ne pense pas, c'est une désobéissance réglementaire comme l'a déjà fait la France quand ça ne l'arrangeait pas, parce qu'elle était confrontée à des problèmes budgétaires. Parce que c'est un grand pays, elle pourrait le faire et nous non ? Je rappelle aussi que l'on a sauvé les banques pendant la crise économique de 2008-2009 au mépris de toutes ces règles. Les règles on les respecte quand on veut bien, en fait, en Europe. On sait pourtant qu'il faut des milliards d'investissements pour la transition climatique et on vient pondre des règles injustes parce que les Allemands le décident. Pour agir comme nous le demandons, nous sommes conscients qu'il nous faut une majorité. Et pour l'instant, nous ne l'avons pas. De plus, nous savons aussi que du côté du MR, ils ne le feront jamais. On connaît la réponse sans avoir besoin de leur poser la question.
L'expérience du parti de gauche radicale Syriza en Grèce a quand même démontré qu'il était compliqué de s'opposer à certaines règles européennes ?
Nous avons bien étudié cette expérience grecque. Alors qu'il y avait une volonté politique de ne pas appliquer les règles d'austérité par un gouvernement élu démocratiquement, on a vu se mettre en branle des mécanismes puissants pour y mettre fin, avec notamment des coupures de liquidités. Quand j'entends que la banque Belfius en Belgique, qui a pourtant été sauvée par de l'argent public lors de la crise économique, refusera de prêter de l'argent à un gouvernement si celui-ci est composé en partie du PTB, je me dis que pour y parvenir, il sera nécessaire que nous ayons les reins solides.
En 2019, votre prédécesseur à la présidence du PTB/PVDA, Peter Mertens, disait qu'il était trop tôt pour le PTB de participer au pouvoir, notamment parce que le parti ne disposait pas de cadres en suffisance. C'est toujours le cas ?
Il y a une avancée majeure au niveau parlementaire depuis 2019. Nous sommes passés de deux députés à douze au niveau de la Chambre et de deux à dix au Parlement wallon, par exemple. Une expertise s'est donc construite chez nous ces cinq dernières années. Parce qu'en plus des députés nous avons aussi des attachés parlementaires. Néanmoins, si c'est pour que dans des négociations, les experts de l'IEV (le bureau d'études du PS) viennent nous dire que nos propositions sont impossibles et qu'il n'y a pas d'autres solutions que les leurs, rien ne pourra fonctionner. Ils l'ont fait en 2019. C'est pour ça que nous misons tout sur le rapport de force qui donne des victoires comme celle sur le décret Paysage.
Mais justement, si vous gouvernez, que deviendraient ces organisations syndicales, étudiantes et autres, qui font pression sur le pouvoir ? Ne craignez-vous pas qu'elles se retournent contre vous ?
Nous aurons besoin, à fond, d'une mobilisation populaire pour accompagner nos combats essentiels. C'est pour ça que nous insistons sur les points de rupture. Les gens et les syndicats n'accepteront pas qu'un ministre PTB vote un blocage sur les salaires et ils auront raison.
C'est amusant quand même que le MR n'arrête pas d'attaquer les chômeurs en les traitant d'assistés, quand on voit ce qu'il prend comme argent public."
Il est reproché à votre parti de dépenser beaucoup d'argent dans les réseaux sociaux qui sont aux mains de grandes entreprises très puissantes. Vous persistez à vouloir continuer comme ça ?
Il y a une spécificité côté flamand avec l'extrême droite sur les réseaux sociaux qui est difficile à faire comprendre en Belgique francophone. Il y a deux solutions, soit on y va, soit c'est la défaite contre le Belang. Je rappelle quand même qu'on oublie toujours de préciser lorsqu'on parle de nos dépenses sur les réseaux qu'il faut les diviser par deux. Nous sommes un parti national. Si on regarde nos dépenses côté francophone, nous sommes en dessous de celles des Engagés. Pour moi le vrai problème, il est dans le financement des partis politiques. Il y avait moyen d'avoir un accord pour changer les choses mais il a été bloqué par le PS et par le MR. Ces deux partis veulent continuer à être des assistés publics. C'est amusant quand même que le MR n'arrête pas d'attaquer les chômeurs en les traitant d'assistés, quand on voit ce qu'il prend comme argent public.