"Une chope et tu votes pour moi"
Faire grossir les rangs d'une section locale pour obtenir un peu de pouvoir, une pratique vieille comme la politique

- Publié le 23-04-2024 à 06h40

Une chronique "Il n'y a pas de quoi être fier" de Stéphane Tassin.
Pour désigner les membres du PS carolo qui seront candidats lors du prochain scrutin communal d'octobre, il y a différentes manières de procéder. Les ténors de la fédération – comme par exemple le bourgmestre sortant, Paul Magnette, ou le président de la fédération, Thomas Dermine – sont certains d'y être et en bonne place. Mais ce n'est pas le cas de tout le monde. L'union socialiste communale de Charleroi (USC) est divisée en 16 sections correspondant peu ou prou aux anciennes communes rattachées à Charleroi lors de fusion de 1976. Des candidats de chacune de ces sections figureront sur la liste afin d'assurer une bonne répartition géographique. Les sections les plus importantes peuvent envoyer plusieurs candidats sur la liste. Lorsqu'il y a plus d'un candidat au sein d'une section, un vote interne est organisé afin de désigner celle ou celui qui rejoindra la liste en bonne place. Un autre candidat peut lui aussi être désigné mais il se retrouvera à une place moins enviable.
La Nouvelle Gazette, le quotidien local carolo, a révélé qu'un vote avait été organisé, le week-end dernier, dans la section de Marcinelle. Jusque-là, tout va bien. Sauf que cette section qui comptait encore, au mois de janvier, 80 membres en ordre de cotisation est passée à près de 400 à la fin du mois de février, la limite pour déterminer les adhérents en capacité de voter. Pourquoi un tel engouement pour la section PS de Marcinelle ? Et si soudain en plus ? Simplement parce que les deux candidats pour la place la plus intéressante sur la liste ont recruté des sympathisants chargés de voter pour eux.
C'est tout d'abord, nous dit-on, le conseiller communal Faysal Abarkan qui a ouvert les hostilités en recrutant en masse ses futurs électeurs. Voyant cela, l'échevine carolo, Alicia Monard, qui brigue elle aussi une place bien en vue sur la liste a fait la même chose que son concurrent. Résultat, la section PS de Marcinelle a quintuplé ses effectifs en seulement une semaine.
Bon sang que c'est beau de voir autant de copains-camarades, à l'idéologie chevillée au corps, s'inscrivant in extremis, afin de porter leur chouchou(te) vers les cieux du pouvoir communal. Ne soyons cependant pas naïfs, la pratique est presque aussi vieille que la politique. Par le passé, certains cadors du PS local se sont retrouvés à une place moins enviable parce qu'un concurrent moins connu avait procédé de la même manière. Et de source sûre, nous savons aussi que, par le passé, certains recruteurs machiavéliques payaient eux-mêmes les cotisations de ces nouveaux adhérents, pour s'assurer de leur présence le jour J. Parfois même une simple chope pouvait suffire.
Déjà, nous entendons certains qui ricanent, en pointant une nouvelle fois un PS où, même pour des élections internes, le recours à la tricherie serait presque toléré. Soyons de bon compte, ce serait injuste. Ce genre de pratiques n'est pas l'apanage des socialistes carolos. Pour le démontrer, il suffit de se pencher sur un exemple récent qui concerne la section des jeunes MR de Bruxelles. En politique, on apprend vite semble-t-il. En effet, La Libre révélait il y a quelques jours des pratiques douteuses au sein de cette section du Mouvement réformateur. Inscriptions douteuses de nouveaux adhérents, tentatives de putsch, harcèlement, etc. La ministre francophone en charge de la Jeunesse, Françoise Bertieaux (MR), a même dû diligenter une enquête au sein des jeunes MR – qui, en tant qu'organisation de jeunesse bénéficie de subsides communautaires – pour faire toute la lumière. Le rapport qui en est sorti pointait des dysfonctionnements importants.
C'est beau l'ambition !