Paul Magnette n'aime pas que d'autres s'approprient sa fête, Bart De Wever est mal à l'aise
Chaque vendredi, La Libre vous propose un résumé de l'actualité pré-électorale en Belgique en revenant sur les trois faits marquants de ces sept derniers jours.

- Publié le 03-05-2024 à 11h39
- Mis à jour le 03-05-2024 à 12h18

J-37. À quelques semaines des élections fédérales, régionales et européennes, la sphère politique belge s'agite. Les annonces s'enchaînent. Les partis resserrent leurs rangs en vue du mégascrutin du mois de juin. Pour y voir plus clair, La Libre revient chaque vendredi sur les trois actualités qui ont marqué la semaine politique. Nouvelles recrues, tensions, programmes... découvrez tout ce que vous auriez pu rater ces derniers jours.
1. Pour le 1er mai, PS et MR à couteaux tirés
A un peu plus d'un mois du scrutin, la fête du travail avait une saveur toute particulière. Les partis, qui vont bientôt entrer dans la dernière ligne droite de la campagne, y sont allés de leurs propositions pour améliorer le quotidien des travailleurs. Et, pour une fois, ils étaient tous sur la même longueur d'onde: il faut augmenter les salaires. Mais leur entente s'arrête là. La façon d'arriver à leurs fins change du tout au tout. Du côté du PS, il est question d'une taxe sur le patrimoine alors que, pour le MR, il faut plutôt rendre l'impôt plus progressiste.
Bien évidemment, les deux formation politiques ont sauté sur l'occasion également pour se lancer des piques. D'ailleurs, Paul Magnette n'a pas attendu le 1er mai pour tacler ses rivaux libéraux. La veille, il postait une vidéo sur les réseaux sociaux dans laquelle il ironisait sur le fait que le MR prétendait se soucier des travailleurs. "Chaque année, le MR, le Mouvement réformateur ou Mouvement des riches si vous préférez, prétend célébrer la fête du travail. C'est quand même un comble quand on se souvient que c'est ce parti qui a refusé d'indexer les salaires sous le gouvernement précédent. Et les travailleurs ont perdu des dizaines de milliers d'euros", a tancé le président du PS, affirmant que son parti était le seul à "vraiment défendre les travailleurs".
Le leader des libéraux francophones, Georges-Louis Bouchez, a en retour tiré à boulets rouges sur les socialistes. "J'ai pu voir ce que l'assistanat et le trop plein d'aides sociales pouvait amener : ça a détruit l'espérance, les territoires et ça a réduit considérablement les horizons et les perspectives de milliers de jeunes et d'enfants", a-t-il lancé à la Mons Arena, où son parti s'est réuni en ce 1er mai. Revenant sur la saga du décret Paysage, il en a profité pour rappeler que le PS et Ecolo avaient usé de l'appui du PTB pour faire passer leur réforme. "Ces deux formations ne font que courir derrière Raoul (Hedebouw ndlr.)", a-t-il regretté. Pourtant, "son projet de société n'est pas neuf. Il a été appliqué dans des dizaines de pays. Et le communisme n'a entraîné que pauvreté, mal-gouvernance et révolte sociale."
2. L'alliance Bouchez - Mahdi en cache-t-elle une autre ?
L'alliance n'est pas (tout à fait) neuve. Pourtant, elle a fait couler beaucoup d'encre, cette semaine. Georges-Louis Bouchez (MR) et Sammy Mahdi (CD&V) ont annoncé dans La Libre leur volonté de gouverner ensemble dans le prochain exécutif fédéral. Sans pour autant délaisser leurs partis frères - l'Open Vld et Les Engagés -, les deux hommes ont affirmé vouloir suivre une ligne claire de centre-droit et se sont présentés comme les sauveurs face à un "axe PS/N-VA". "Le problème avec cet axe N-VA/PS, c'est qu'il repose sur une politique de gauche sur le plan socio-économique – et peut-être même aussi en matière de sécurité et de migration – que Bart De Wever concéderait au PS afin de pouvoir régionaliser de nouvelles compétences", analyse Georges-Louis Bouchez. "Mais ce n'est bon ni pour la Wallonie, ni pour la Flandre, ni pour la Belgique."
Le principal intéressé, le président de la N-VA a rapidement réagi à cet uppercut du CD&V et du MR. Pour lui, cette sortie est une "diversion". "Tout ce qu'ils veulent, c'est une Vivaldi II", a-t-il répondu, invitant les électeurs à regarder ce que ces défendeurs d'un axe de centre-droit avaient réellement fait au cours de cette législature.
Et à gauche, comment réagit-on face à cette alliance ? Y a-t-il un souhait de s'unir entre socialistes et écologistes pour rivaliser ? "Le PS ne cherche pas à imposer des coalitions avant que les citoyens aient voté, lui ! Notre partenaire, c'est Vooruit", a répondu le porte-parole du parti à La Libre. Même si, la semaine précédente, le président Paul Magnette ne cachait pas qu'il y avait des proximités "incontestables" entre les socialistes et écologistes. Du côté des Verts, on va même un peu plus loin : "Il n'y a pas d'axe privilégié. Mais oui, on s'entend bien avec le PS et nous avons envie de travailler ensemble", a reconnu un ténor écologiste de premier plan.

3. La possible alliance Vlaams Belang - N-VA et la frustration de Bart De Wever
Les résultats de notre grand sondage le prouvent : la Flandre pourrait être ingouvernable à l'issue du scrutin de ce 9 juin. En cause, le triomphe indéniable du Vlaams Belang (26% des intentions de vote) et la percée du PTB/PVDA, qui occupe la troisième place du classement au nord du pays, avec 12,2% des intentions de vote. Pour éviter de voir un parti extrême monter au pouvoir, les calculs deviennent très complexes. Et la question se pose de savoir si la N-VA, qui totalise 20% des intentions de vote dans notre sondage, serait prête à gouverner avec le Vlaams Belang. Jusqu'à présent, les nationalistes flamands ont refusé de répondre à cette interrogation, qui revient de plus en plus dans les médias. Leur président, Bart De Wever, s'est employé ces derniers mois à faire planer le doute pour éviter de froisser ses militants qui souhaitent qu'une telle alliance se concrétise et ceux qui la voient d'un très mauvais œil. Cette semaine encore, il a refusé de répondre à cette question: "Cette discussion n'est pas à l'ordre du jour", a balayé Bart De Wever.
Et la stratégie est la même pour tous les membres du parti. Ce 2 mai, sur RTL, Theo Francken a à son tour choisi d' entretenir le flou. Interrogé sur sa vision concernant un potentiel rapprochement avec l'extrême droite, l'ancien secrétaire d'Etat à l'Asile et la Migration a répété que la priorité de la N-VA était un gouvernement fédéral efficace. "Ce gouvernement devra mettre des solutions sur la table sur d'abord la migration, ensuite la sécurité et enfin la défense nationale", a détaillé le député N-VA. Or, "le Vlaams Belang ne va jamais jouer un rôle important au niveau fédéral, car tous les partis francophones et beaucoup de partis néerlandophones disent 'non, jamais'."
Pour le politologue Carl Devos (UGent), il est clair que les nationalistes flamands veulent absolument monter au pouvoir au niveau fédéral. Et donc, n'envisagent pas de gouverner avec le Vlaams Belang. "Le parti insiste sur le fait que ses ambitions sont fédérales. Et le fait que cela ne fonctionne pas frustre Bart De Wever, qui se lance dans d'étranges acrobaties. Sa trajectoire est difficile à suivre, il semble parfois désespéré. D'où son ambiguïté à l'égard de l'extrême droite...", a-t-il estimé dans notre rendez-vous "Regard de Flandre".