L'affichage électoral, "c'est bouge-toi de là que je m'y mette"
Pourquoi ne pas faire réaliser, partout en Wallonie, un affichage par des ouvriers communaux ?

- Publié le 21-05-2024 à 06h50
- Mis à jour le 21-05-2024 à 08h43

Une chronique "Il n'y a pas de quoi être fier" de Stéphane Tassin.
En cette période de campagne électorale intensive, les affiches électorales fleurissent un peu partout en Wallonie. Dans un premier temps un grand nombre d'affiches estampillées PS et MR ont fait leur apparition. Les Engagés ont suivi et d'autres comme Écolo et le PTB se montrent un peu plus discrets pour l'instant. Une campagne électorale, c'est assez long et avec les pratiques de surcollage dans l'espace public – coller l'affiche d'un candidat sur celle d'un autre – plus on commence tôt, plus une campagne est chère puisqu'il faut réalimenter les colleurs d'affiches.
À Esneux, en province de Liège, une situation un peu cocasse a été mise en évidence dans la presse locale. Chaque commune édicte ses règles en matière d'affichage et à Esneux, la bourgmestre (MR) et sa majorité ont adopté un règlement qui existe aussi dans un certain nombre de communes bruxelloises. Des panneaux spécifiques sont installés et les partis doivent remettre leurs affiches aux ouvriers communaux qui se chargent de les installer. Une manière de respecter la place de chacun et d'éviter le surcollage. Seulement voilà, à Esneux, les équipes du MR chargées du collage des affiches se sont un peu emballées en plaçant sur ces fameux panneaux des affiches de candidats libéraux. La bourgmestre a donc prévenu que si ces affiches n'étaient pas retirées, le MR, son parti donc, serait mis à l'amende. Elle a cependant précisé que c'était surtout un "excès d'enthousiasme". Pour éviter un nouveau problème du même type, à Esneux désormais, le règlement est affiché sur les panneaux.
À Liège, les règles en matière d'affichage énervent certains partis dont le PTB. Le collège a décidé qu'il n'y aurait qu'un seul panneau électoral public. Le PTB estime que ce type de panneau public devrait être installé dans chaque quartier de Liège. Le parti considère aussi que ce manque de visibilité, qui peut être compensé par des encarts publicitaires dans les journaux, est à l'avantage des partis les plus riches.
La mauvaise maison
À Liège toujours, cette bévue des équipes de colleurs du MR a fait, elle aussi, beaucoup parler. Elle concerne un affichage sur une habitation privée. Il est bien évident que pour pouvoir le faire, les colleurs d'affiches doivent disposer d'une autorisation. Ceux dont il est question ici en avaient bien une, mais pas pour la maison sur laquelle, ils ont déployé une grande affiche avec les visages de candidats libéraux liégeois. Le MR a reconnu une erreur et s'est engagé à retirer l'affiche et à réparer d'éventuels dégâts causés par son installation.
En province de Liège encore, mais à Huy cette fois, les écologistes demandent un affichage réglementé (comme à Esneux et à Bruxelles) parce qu'ils constatent qu'il y a toujours des candidats qui jouent un peu trop avec les règles. Et puis le collage engendre parfois des situations violentes entre colleurs d'affiches. Le bourgmestre socialiste ne compte pas agir dans le sens voulu par les écolos mais prévient quand même que le jour des élections, si des voitures floquées à l'effigie d'un candidat viennent traîner un peu trop près des bureaux de vote – une pratique interdite le jour du scrutin mais qui n'est manifestement pas respectée – les véhicules partiront à la fourrière.
La FJA n'en veut pas dans ses champs
L'affichage électoral ennuie aussi les agriculteurs. La Fédération des jeunes agriculteurs (FJA) appelle ses membres à ne pas autoriser la pose de panneaux et d'affiches électorales dans leurs champs – des endroits très prisés parce que très visibles. L'argument invoqué ? Dans le contexte actuel de grogne du secteur, il n'est pas question de soutenir le monde politique qui selon la FJA ne les soutient pas.
Au vu de ces quelques exemples et de ceux qui ne tarderont pas à arriver, ne serait-il tout simplement pas temps d'adopter un règlement unique pour l'ensemble des communes wallonnes ? Un règlement permettant des économies pour les partis, qui éviterait de voir des panneaux subsister de nombreux mois après le scrutin dans des endroits incongrus et qui mettrait fin aux foires d'empoigne. Certes, le collage d'affiches peut aider à mobiliser les militants, néanmoins, l'anarchie actuelle ne redore l'image de personne.