Malgré une victoire indiscutable à Bruxelles, le succès mitigé de la stratégie d'ouverture à la diversité du MR
La majorité des électeurs libéraux a largement plébiscité les candidats issus du sérail libéral. Les nouveaux candidats issus de la diversité, bien que peu soutenus, ont pu faire la différence au décompte final, mais plutôt à la marge.

- Publié le 13-06-2024 à 06h40
- Mis à jour le 13-06-2024 à 10h58

Le succès du MR, en Région bruxelloise, a des causes multiples. Il résulte d'une présence de terrain accrue, et de longue haleine, incarnée par David Leisterh, président du MR bruxellois, mais aussi d'une stratégie axée sur des positions claires et tranchées (contre Good Move, pour la neutralité etc.). Il a en outre été alimenté par le large reflux d'Écolo et de Défi, ainsi que par la disparition des Listes Destexhe et du PP de Mischaël Modrikamen.
Une analyse superficielle conduirait à penser que cette victoire récompense la stratégie d'ouverture inédite à la diversité du parti. Le MR a accueilli sur ses listes un grand nombre de nouveaux candidats, destinés à percer dans les quartiers de Bruxelles, où le MR était traditionnellement peu présent.
Le résultat de cette politique, sur base des chiffres, est mitigé.
Au PS, des candidats très bien implantés dans leur communauté respective, comme Şevket Temiz, Ibrahim Dönmez ou Yildiz Yusuf (65e place), ont été élus grâce à des scores fleuves, malgré des places très peu en vue sur la liste.
Le MR espérait mettre en place la même dynamique sur sa liste. Cela n'a pas été un succès. Les candidats issus de la diversité, mis en avant sur la liste par la direction du MR, souvent transfuges d'autres partis, n'ont pas bien performé.

Le cas d'Hadja Lahbib est à considérer différemment. Avec 11 751 voix de préférence, la ministre des Affaires étrangères, seconde sur la liste, réalise un score honorable, plutôt homogène, sur tous les quartiers de Bruxelles. Son résultat, toutefois, est moins élevé qu'attendu, alors que certains l'imaginaient déjà battre le score de la tête de liste, David Leisterh (20 315 voix).
Le constat est en revanche très net pour les 4e et 5e de la liste. Bertin Mampaka (2637 voix) et Loubna Azghoud (1411 voix), anciens du CDH, sous-performent, par rapport aux candidats placés de la 6e à la 9e place.
Le même constat s'applique au transfuge de Défi, Sadik Köksal, qui engrange moins de 2 000 voix. Des libéraux de plus longue date, mais placés plus loin sur la liste, comme Aurelie Czekalski, Amélie Pans, ou Geoffroy Coomans de Brachène, réalisent de meilleurs scores.
La conclusion est claire : la majorité des électeurs libéraux a plébiscité les candidats issus du sérail libéral.
Le constat est le même sur la liste fédérale. Youssef Handichi, ex-machine à voix du PTB (plus de 13 000 en 2019), a été élu grâce au pot, obtenant à peine 3.280 voix, malgré une belle 3e place. Ce faible score a probablement coûté au MR le cinquième siège bruxellois, raflé in extremis par le PS. Alexia Bertrand, depuis la 4e place, a récolté plus de 20 000 voix…
"Parmi tous les candidats issus de la diversité, il n'y en a pas un seul qui a performé au MR".
Le MR misait également beaucoup sur Amin El Boujdaini, placé à une belle 10e place, pour mobiliser l'électorat belgo-marocain. Il n'a que difficilement dépassé les 1 000 voix…
"Parmi tous les candidats issus de la diversité, il n'y en a pas un seul qui a performé au MR", analyse Amin El Boujdaini (MR). Les conséquences des propos de Pierre-Yves Jeholet ? "Je ne pense pas, reprend ce député. "C'était à 5 jours des élections, et cela n'a pas fait le tour du monde hein… Ces scores s'expliquent par le fait que l'extrême gauche et la gauche, depuis 6 mois, se sont fortement acharnées sur nous."
Que disent les chiffres ? La percée du MR a été significative dans les huit cantons électoraux de la capitale, au détriment d'Ecolo, principalement, comme à Uccle (+10 %), mais aussi de Défi, comme à Schaerbeek (+ 9 %). La percée a été légèrement moins spectaculaire à Molenbeek (+ 6,6 %) ou Anderlecht (+7 %).
Le parti réalise sa plus forte progression (+ 11 %) dans le canton de Saint-Josse (communes de Saint-Josse, Woluwe-Saint-Pierre et Woluwe-Saint-Lambert). "Une partie de l'électorat d'origine turque, qui se fixait sur la candidature d'Emir Kir, s'est reportée sur le MR, puisqu'il y avait un partenariat avec le bourgmestre Saint-Josse", observe Pascal Delwit, politologue à l'ULB.
Le gain, toutefois, est marginal, au vu du score modeste réalisé par les candidats proches d'Emir Kir.
Qu'on ne s'y trompe pas, toutefois. La stratégie du MR, dans les quartiers, n'a pas été inutile. Car une bonne partie de ces voix récoltées par les candidats issus de la diversité ont été arrachées à d'autres partis. Elles ont donc été particulièrement précieuses pour le MR, qui a battu le PS de 15 000 voix.
"Nos candidats issus de la diversité ont fait ensemble quelque 20 000 voix. Pour une grosse partie, ce sont des voix que le MR n'aurait jamais été cherché sans nous", analyse Amin El Boujdaini. "Or, ce sont ces suffrages qui ont fait la différence avec la gauche. Je suis convaincu que sans la guerre en Palestine, nous aurions pu dépasser les 30 %. Mais on a mis un pied dans la porte. Il nous reste 5 ans pour travailler, et montrer que le MR n'est un parti de fachos ni de bobos".
"Les différents scores illustrent la difficulté pour le MR de pénétrer l'électorat de la diversité. Mais je ne qualifierai pas d'échec la stratégie du MR dans les quartiers populaires", conclut Pascal Delwit. "La dynamique lancée peut s'enclencher, à l'avenir".