Après le triomphe du 9 juin, le MR veut réaliser un doublé aux élections locales
Le président Georges-Louis Bouchez veut prolonger dans les communes et les provinces la victoire historique obtenue il y a trois mois. Ce scénario renforcerait également ses positions de négociateur au sein de la future coalition "Arizona".

- Publié le 18-09-2024 à 19h42
- Mis à jour le 23-09-2024 à 13h50
Le président Georges-Louis Bouchez caresse un espoir : prolonger la victoire inédite des libéraux francophones aux élections générales de juin par un succès de même ampleur aux communales et aux provinciales. Au MR, on estime avoir cassé il y a trois mois les vieux codes de la politique au sud du pays : le PS aux commandes un peu partout n'est plus une fatalité. L'objectif des bleus est de conquérir des mayorats dans les grandes villes. Surtout dans les vieux bastions industriels : les régions de Charleroi, de Liège…. Le MR est un champion en nombre de bourgmestres installés mais ces derniers sont plutôt à trouver dans les petites communales rurales wallonnes.
Pas si simple…
Au siège du MR, la stratégie reste la même : tenir un discours davantage orienté vers des thèmes classés à droite, comme la sécurité et l'ordre public. Ainsi, les libéraux espèrent pouvoir à nouveau séduire un électorat populaire qui, auparavant, était considéré comme inaccessible car embrigadé par le PS ou le PTB.
Mais ce scénario idéal pour les bleus est sans doute trop mécanique. On l'a dit, les communales, ce sont des centaines de petits scrutins dont l'issue dépendra fort de facteurs locaux qui dépassent les états-majors des partis. Par ailleurs, dans le camp d'en face, les candidats ne vont pas rester passifs. Une partie de la gauche ont commencé à saisir l'évolution de l'électorat francophone. À Liège, par exemple, le bourgmestre Willy Demeyer, tête de la liste "PS +" et candidat à sa reconduction, a récemment durci le ton contre les toxicomanes qui, de plus en plus nombreux, végètent dans le centre-ville et en donnent une piètre image.
À la tête de "Mons en mieux", le président libéral et candidat-bourgmestre a appliqué à petite échelle les méthodes qui avaient satellisé sa formation, le 9 juin. Dans la Cité du Doudou, il veut "nettoyer" la ville de ses "barakis", pour reprendre son expression. Et promet un "électrochoc sécuritaire" si les portes de l'hôtel de Ville s'ouvraient à lui. En jouant cette carte, il compte déstabiliser le pouvoir socialiste et surtout l'un de ses grands adversaires, l'actuel mayeur Nicolas Martin (PS). Mais tout le monde au MR n'est pas capable ou n'a pas envie de mener une campagne polarisante et électrique comme le fait Georges-Louis Bouchez. Le registre de la "droite populaire" ne pourra pas forcément être exporté dans toutes les communes.
La cohérence avec les coalitions Azur
Pour prendre un peu de hauteur à l'égard des enjeux du 13 octobre, il faut également comprendre que le MR souhaite le plus de cohérence politique possible entre l'échelon local, les gouvernements des entités fédérées et le futur gouvernement fédéral. Les libéraux, alliés aux Engagés, ont fait glisser le jeu politique vers la droite lors du rendez-vous démocratique de juin. Et les majorités Azur (en Wallonie et à la Fédération Wallonie-Bruxelles) ont intérêt à pouvoir s'appuyer sur le plus de majorités communales possible afin de mettre en œuvre les accords de gouvernement. Durant cette campagne électorale, les représentants des bleus insistent ouvertement sur le besoin de cohérence politique entre les différents niveaux de pouvoir.
Renforcer le négociateur Bouchez
Une victoire dans les communes et les provinces pourrait par ailleurs renforcer sa position dans la négociation en vue de former une nouvelle majorité fédérale. Le président du MR ne lâche rien en négociations et ses partenaires de l'hypothétique coalition "Arizona" l'ont bien compris. Georges-Louis Bouchez veut traduire dans le texte du futur accord de majorité au niveau fédéral la force de son parti, arrivé premier du côté francophone le 9 juin. Un doublé local le 13 octobre affermirait encore un peu plus ses positions.
C'est d'ailleurs une crainte qui circule chez les autres "arizoniens", en particulier du côté flamand. Dans le secret des réunions organisées par le formateur Bart De Wever, Georges-Louis Bouchez ne manque pas de rappeler qu'il représente 30 % de l'électorat francophone. Il estime donc que Vooruit, en particulier, ne peut pas tout exiger en matière de fiscalité et doit rester à sa place face au MR. La première mission royale de Bart De Wever avait échoué à cause du match qui avait opposé le président libéral à Conner Rousseau, le président socialiste flamand sur l'introduction éventuelle d'une taxe sur les plus-values. Si Georges-Louis Bouchez ressortait survitaminé du prochain scrutin, il pourrait se montrer encore plus intraitable dans la recherche d'un compromis.