"Être Ecolo, ce n'est pas une tare !"
Enghien (Hainaut) est l'une des six communes wallonnes dirigée par Ecolo. Un axe MR/Engagés espère y ravir le mayorat, détenu depuis 12 ans par le bourgmestre Olivier Saint-Amand.

- Publié le 07-10-2024 à 06h36
- Mis à jour le 07-10-2024 à 09h34

Jacqueline Galant n'a jamais été avare d'une petite polémique, en période électorale, surtout si elle vise un écologiste.
Sur Bel RTL, ce jeudi, la nouvelle ministre wallonne des médias s'en est prise à son collègue bourgmestre d'Enghien, Olivier Saint-Amand (Écolo). Selon la bourgmestre de Jurbise, Olivier Saint-Amand aurait suggéré de mettre en place des patrouilles de police la nuit afin d'éviter que les hérissons soient tués par des tondeuses électriques. "Une idée de génie", a-t-elle lancé d'un ton moqueur.
Bémol, selon le chef de corps de la zone de police, interrogé par Sudinfo, il n'a jamais été question de telles patrouilles (Ndlr: même si un règlement visant visant à protéger la faune nocturne des tondeuses existe bel et bien).
Dans tous les partis, il y a des personnalités très respectables. Chacun défend des priorités. Je respecte les libéraux qui défendent entrepreneurs, je respecte les socialistes qui défendent fragiles. Pourquoi alors s'attaquer aux écologistes parce qu'ils défendent leur vision de la société ?"
Olivier Saint-Amand (57 ans) refuse de relancer la polémique. "Je refuse d'en parler pas car Mme Galant a menti sur toute la ligne. Elle voulait me discréditer car on est ensemble dans la même zone de secours. Elle a une haine profonde d'Écolo", lâche celui qui, depuis 12 ans, est bourgmestre d'Enghien, petite commune du Hainaut, située à la frontière avec le Brabant flamand et le Brabant wallon.
"On tente de ridiculiser les Écolos, comme si nous étions assez stupides que pour envoyer la police pour ce genre de choses", reprend le bourgmestre. "Les gens ne sont pas plus bêtes à Enghien qu'à Jurbise, et ici beaucoup ont voté pour moi. Être Écolo, ce n'est pas une tare ! Dans tous les partis, il y a des personnalités très respectables. Chacun défend des priorités. Je respecte les libéraux qui défendent les entrepreneurs et les socialistes qui défendent les plus fragiles. Pourquoi alors s'attaquer aux écologistes, parce qu'ils défendent leur vision de la société ?"
La polémique, sur le fond, ne mérite guère qu'on s'y attarde. Elle révèle toutefois un aspect de la campagne communale qui se déroule en Wallonie. Le MR, qui a remporté triomphalement les élections de juin, compte bien tenter, lors de ses élections communales, d'achever Écolo qui a subi une défaite historique en juin.
Les verts, avec six bourgmestres en Wallonie, gardent quelques bastions. Enghien, dirigé par Olivier Saint-Amand, instituteur à Schaerbeek dans une autre vie avant de devenir échevin puis député wallon, n'est pas le moindre d'entre eux.
La commune, sorte de petit morceau de Brabant wallon en Wallonie picarde, a vu son visage fortement évoluer ces dernières années, avec l'arrivée de navetteurs bruxellois. "Enghien est l'une des communes wallonnes où l'augmentation de la population a été la plus importante. Nous étions 10 500 en 2001, nous sommes 14 500 aujourd'hui", pointe le bourgmestre. "Nous sommes sur le réseau RER depuis plusieurs années, et nous disposons de 5 liaisons par heure pour rejoindre Bruxelles Midi en 20 minutes."
Olivier Saint Amand a tenté d'accompagner les changements réclamés par cette population nouvelle. "Nous avons développé un plan d'aménagements cyclables sur les voiries communales, appelé le plan cyclo papillon (NdlR : la ville, vue du ciel, a la forme d'un papillon). Nous avons ainsi aménagé des trottoirs cyclo-piétons en récupérant des terre-pleins. Mais cela crée la polémique, car l'opposition et des riverains veulent garder ces terre-pleins pour le stationnement", souligne le bourgmestre.
La question du ramassage des déchets est un autre sujet de débats. "Nous avons fait le choix de passer à une collecte tous les 15 jours, au lieu d'une fois par semaine. En contrepartie, nous avons développé un réseau de containers enterrés. L'opposition critique ce plan et veut en revenir à une collecte par semaine", pointe Olivier Saint-Amand.
La question du redéploiement du parc d'Enghien (180 hectares), qui accueille le festival LaSemo, a également été centrale dans les deux législatures écoulées.
Un poste menacé ?
"Je pars très serein aux élections car les échos que nous avons ne nous font pas ressentir d'agressivité des citoyens", assure Olivier Saint-Amand.
Sa Liste du Bourgmestre-Écolo avait récolté 33 % des suffrages en 2018, avant de s'allier avec En Mouvement, une liste citoyenne (18 %) et au PS (12 %).
Le MR (15 % en 2018) a choisi pour ces communales de s'allier aux Engagés (20% en 2018) pour former Génér'actions, une liste qui dit viser "la majorité absolue".
"Les pieds sur terre mais la tête dans les étoiles"
La dynamique régionale ne plaide guère en faveur des verts. "La déconvenue d'Écolo en juin résulte d'erreurs dans la communication et dans le positionnement", conclut Olivier Saint-Amand. "Les gens sont parfois effrayés si on leur dit : "Il faut prendre telle mesure, sinon, dans 20 ans, on aura un problème". C'est anxiogène et cela peut susciter le rejet. Mais au niveau communal, on ne tient pas ce discours. On discute de politique locale dans la rue, de réalités concrètes, comme des aménagements cyclables. Ce n'est pas perçu comme dogmatique. Personnellement, je me définis comme quelqu'un qui a les pieds sur terre mais la tête dans les étoiles."