Négociations "Arizona": le MR plaide pour la fusion des services de renseignement
Au sein des groupes de travail visant à trouver les compromis nécessaires à la constitution de la future majorité fédérale, les libéraux francophones proposent notamment de rassembler les forces de la Sûreté de l'État et des renseignements militaires.

- Publié le 19-10-2024 à 07h02

La future majorité fédérale "Arizona" fera-t-elle sauter un tabou dans le monde de "l'espionnage" ? Rien n'est décidé à ce stade car le sujet est sensible, mais le MR a notamment proposé la fusion des services de renseignement belges lors des réunions dans le groupe de travail consacré à ce thème. Il s'agit de la Sûreté de l'État – les renseignements civils qui dépendent du département Justice – et du Service général du renseignement et de la sécurité (SGRS) – le renseignement militaire qui relève de la Défense.
Pour les libéraux francophones, c'est une question de rationalité et d'efficacité dans l'utilisation des ressources : avec l'augmentation de la menace extérieure venue par exemple de Russie et de Chine, la fusion pour un petit pays comme la Belgique semble une bonne idée. Les partenaires du MR n'ont toutefois pas donné leur accord à ce stade. La proposition doit remonter vers les négociateurs principaux du groupe central qui comprend notamment les présidents de parti.
Le MR s'interroge cependant sur la volonté de ses partenaires au sein de la coalition "Arizona" de réformer le monde du renseignement en fusionnant ses deux branches principales. "Quand on propose de supprimer un jouet, ça ne met pas forcément tout le monde en joie", grince une source libérale.
Le précédent Conings
La proposition n'est pas tout à fait neuve. Elle avait été (re) mise à l'agenda politique et médiatique après l'affaire "Jürgen Conings". En 2021, ce militaire belge connu pour ses sympathies avec l'extrême droite avait dérobé des armes lourdes à la caserne de Leopoldsburg et menacé plusieurs personnes, dont le virologue Marc Van Ranst, quelques jours auparavant. Après une opération de recherche de grande ampleur, son corps avait retrouvé. Il s'était suicidé. Des failles au niveau du SGRS avaient été constatées et l'avenir du renseignement militaire, mis en cause. La question d'une fusion avec la Sûreté avait alors été évoquée.
Mais cette piste – la fusion – n'avait pas été retenue. "Je suis convaincu qu'il s'agit de deux business différents. Le core-business du SGRS est focalisé vers les menaces extérieures dès lors que la sûreté est plutôt portée vers les menaces à l'intérieur du pays. Et de plus en plus, on se rend compte qu'il y a des interactions entre les deux types de menaces donc une fusion n'aidera certainement pas. Il faut par contre renforcer la coopération entre les deux", confiait à La Libre l'ancien chef de la Défense (Chod), Michel Hofman. Finalement, un vaste plan de réforme du fonctionnement du renseignement militaire avait été défini.
Renforcer le contrôle démocratique
En parallèle à cette réflexion, le MR propose également de renforcer le contrôle démocratique sur le renseignement belge en général. Cette surveillance est réalisée actuellement via le Comité R (Comité permanent de Contrôle des services de renseignement et de sécurité), organe de contrôle parlementaire. "Les membres du Comité R n'ont pas même la plus faible habilitation pour avoir accès aux documents sensibles. Il faut renforcer cela", glisse un MR.