La semaine de travail prestée en 4 jours ne réduit pas le risque de burn-out
Selon une étude de l'UGent, la mesure prise par le gouvernement Vivaldi en 2022 présente des atouts pour les salariés, mais n'a pas d'effet notable sur l'épuisement professionnel.

- Publié le 18-11-2024 à 06h49

Bilan mitigé pour une mesure qui aura pile deux ans ce mercredi. Avec son "deal pour l'emploi", en 2022, le gouvernement Vivaldi donnait la possibilité aux salariés du secteur privé de prester leur semaine de travail en quatre jours au lieu de cinq. En effectuant des journées de 9h30 (régime de 38 h/semaine), le travailleur récupère un jour de congé par semaine. Selon une étude de l'université de Gand, les personnes concernées déconnectent mieux de leur travail, ce qui participe à leur bien-être. Par contre, les risques de burn-out (épuisement professionnel), eux, ne diminuent pas.
"Bien qu'il soit crucial de se déconnecter de son travail, nos recherches montrent que les horaires de travail comprimés ne sont pas un remède miracle contre le burn-out", commente le professeur Stijn Baert, du département "UGent @ Work" de l'université flamande.
"Les résultats concordent avec d'autres recherches récentes que nous avons menées, qui montrent que les employés à temps partiel sont tout aussi susceptibles de souffrir de burn-out que leurs collègues à temps plein, développe Kristen du Bois, auteure principale de l'étude. Trouver un bon équilibre entre les exigences professionnelles et le soutien [aux travailleurs] semble plus judicieux pour éviter le burn-out que de travailler moins d'heures."
Pour arriver à ces conclusions, les chercheurs – Kristen du Bois, Louis Lippens, Stijn Baert et Eva Derous – ont mené une étude de terrain chez Ikea Belgique. Ils ont suivi 204 salariés, dont 140 en horaire comprimé, sur une période de 10 mois et ont collecté des données avant et après le recours à l'horaire comprimé. Plus précisément, les salariés ont répondu à des questionnaires dans trois domaines du bien-être au travail : la déconnexion psychologique du travail, l'épuisement lié au travail, et le risque de burn-out.
"L'importance d'un travail de qualité"
"Nos résultats indiquent que les employés travaillant dans une semaine de travail comprimée sont plus à même de se déconnecter psychologiquement du travail. Cela signifie, entre autres, qu'ils pensent moins au travail pendant leur temps libre. L'étude montre qu'il s'agit d'un aspect important de la récupération après le travail et qu'il peut contribuer à un meilleur bien-être", écrit l'équipe scientifique.
"Néanmoins, nous n'avons vu aucune corrélation entre le travail à un horaire comprimé et une réduction de l'épuisement lié au travail ou une réduction du risque de burn-out. Cela suggère que, même si les employés sont plus à même de se déconnecter mentalement du travail, ça ne suffit pas en soi à réduire leur risque d'épuisement ou de burn-out."
"Ces résultats soulignent l'importance d'un travail de qualité […]. La semaine de travail comprimée peut y contribuer, mais elle n'est qu'un facteur", concluent les chercheurs.
Le Pr Stijn Baert rappelle que cette mesure avait été présentée par des acteurs politiques comme une solution contre le phénomène du burn-out. "J'espère que le prochain gouvernement fédéral laissera tomber cette façon de travailler, consistant à prendre des mesures sur la base de l'intuition et de l'idéologie d'un cabinet ministériel, pour la remplacer par une politique fondée sur des données probantes (evidence-based)", conclut-il.