Malaise au parlement wallon : un texte du PS pour un État de Palestine passe le jour de la libération d'Auschwitz
Le timing n'était pas le bon. Une "coïncidence malheureuse" qui a poussé l'assemblée à reporter le vote sur le texte.
- Publié le 28-01-2025 à 16h03
- Mis à jour le 28-01-2025 à 19h49
Le parlement wallon a abordé lundi la question du conflit israélo-palestinien. Le débat a provoqué un certain malaise parmi les députés car il s'est produit le jour où une grande partie du monde occidental se replongeait dans le souvenir de la Shoah.
"Ce qu'on est en train de voir maintenant [à Gaza], c'est un génocide", a insisté la députée Alice Bernard (PTB) en soutien à un texte du PS. Ce texte déposé par Anne Lambelin énumérait, entre autres, les dizaines de milliers de morts recensés dans le conflit depuis le 7 octobre 2023. Il entendait se saisir de l'opportunité offerte par l'accord de cessez-le-feu signé entre Israël et le Hamas pour avancer sur une reconnaissance d'un État palestinien.
Auschwitz
Le jour des 80 ans de la libération du camp d'Auschwitz, les députés wallons devaient se prononcer sur une proposition de résolution déposée par le PS relative à la reconnaissance formelle de l'État de Palestine par la Belgique et l'Union européenne. Le jour où de nombreux médias européens revenaient en profondeur sur le massacre de millions de juifs perpétré par l'état nazi, les parlementaires abordaient le conflit meurtrier entre l'État hébreu et les forces militaires qui occupent la bande de Gaza. C'est ce chevauchement politique qui a provoqué un malaise certain.
"Nous prononcer aujourd'hui sur ce texte ne nous semble pas être opportun, tant au niveau du momentum choisi par les auteurs de cette résolution que par rapport au processus de paix qui pourrait être engagé", a déclaré Loris Resinelli (Les Engagés). "Va-t-on vraiment avoir des progrès dans ce processus de paix grâce aux demandes qui sont prises dans cette résolution ?"
"Venir faire ça un 27 janvier…", a regretté Nicolas Tzanetatos (MR), président de la commission Affaires générales.
Symbolique
Dans les faits, l'acte porté par ce texte est avant tout symbolique. Les députés eux-mêmes l'ont reconnu. Le parlement wallon n'a, en effet, pas la compétence pour reconnaître diplomatiquement un État palestinien. La résolution demande au gouvernement wallon de prendre position auprès du gouvernement fédéral et des institutions européennes pour que ces derniers se positionnent en vue de reconnaître officiellement un État de Palestine.
En l'absence de gouvernement fédéral, cette proposition n'a également pas d'impact puisque le récepteur auquel elle s'adresse n'est pas encore formé. En cette période d'affaires courantes, il n'y avait donc aucune urgence à passer ce texte lundi, d'autant plus lors d'une journée mémorielle où la question de la hausse de l'antisémitisme occupait une place centrale.
Coïncidence "malheureuse" et report
Après avoir débattu sur la pertinence d'aborder cette thématique, les députés ont décidé de reporter le vote à dans une quinzaine de jours. Le PS reconnaît qu'il s'agit d'une "coïncidence malheureuse". "Le texte a été déposé le 11 octobre 2024. C'est la Conférence des présidents, dont font partie tous les présidents de commission, qui décide de l'agenda".
Manifestement, lors de cette réunion, personne n'avait pensé en amont que débattre de ce thème un 27 janvier puisse être perçu comme inopportun. "Si vous pensez que ce timing est délicat… nous ne l'avons pas choisi", a clarifié Anne Lambelin, rappelant l'importance que son parti et elle-même attachent au devoir de mémoire.
Action du PS dans tous les parlements
Le combat pour la reconnaissance de l'État de Palestine n'est pas neuf pour les socialistes. En décembre 2014 déjà, les parlementaires wallons du PS cosignaient une proposition de résolution avec Ecolo et le CDH (devenu Les Engagés) allant dans ce sens. En mai 2021, ils déposaient une motion avec Ecolo.
Ces actions s'inscrivent dans un combat plus large visant à imposer la demande de reconnaissance à tous les niveaux politiques. À plusieurs reprises, le PS a déposé des propositions idoines au niveau local ainsi que dans les autres parlements où il est présent. L'année passée, cette demande répétée a provoqué de nombreux débats à la Chambre. La question devrait arriver prochainement aux assemblées de la Fédération Wallonie-Bruxelles, de Bruxelles-Capitale et de la Chambre.
"Nous allons faire en sorte que l'État fédéral puisse continuer ce travail car c'est lieu où cela doit se décider", a poursuivi Nicolas Tzanetatos. "Aujourd'hui, cet État fédéral est en affaires courantes. […] Mais comme l'a dit Hadja Lahbib [lorsqu'elle était ministre des Affaires étrangères, NdlR], c'est inscrit dans le cours de l'histoire. Le tout est de choisir son moment et aujourd'hui, à plus d'un titre, ce n'était pas le bon moment."