Les coulisses de la décision difficile de Georges-Louis Bouchez
Le président du MR a tranché : il restera à la tête des libéraux francophones. Il aurait pourtant pu devenir ministre de l'Intérieur et de la Sécurité. Mais, après une large consultation des poids lourds de sa formation, Georges-Louis Bouchez a choisi de ne pas lâcher la présidence du parti.

- Publié le 03-02-2025 à 16h34
- Mis à jour le 03-02-2025 à 23h18
Il est 1 heure du matin dans la nuit de samedi à dimanche. Les négociateurs de l'Arizona viennent de conclure près de huit mois de palabres par un dernier accord : la répartition des portefeuilles ministériels au sein de la nouvelle majorité fédérale. Épuisés mais soulagés, tous les représentants des cinq formations "arizoniennes" quittent le bâtiment de la présidence de la Chambre, sauf Bart De Wever et Georges-Louis Bouchez. Les deux hommes prolongent un peu la discussion. Le MR a obtenu l'Intérieur et la Sécurité et son président envisage sérieusement de monter à bord du gouvernement pour diriger ce département.
En tête, il a un modèle : l'ascension irrésistible de Nicolas Sarkozy à partir de 2005, après qu'il était devenu ministre de l'Intérieur. Bâtissant une forte popularité grâce à ses accents de droite populaire, l'ancien Président français s'était alors frayé un chemin jusqu'à l'Élysée. Mais un pays n'est pas l'autre et le MR n'est pas l'ancienne UMP… Georges-Louis Bouchez sait qu'il pourra difficilement cumuler un poste stratégique au sein de l'exécutif fédéral et ses fonctions à la tête du parti. Il s'en ouvre à Bart De Wever. En fin tacticien, le nationaliste préférerait avoir le fougueux libéral à ses côtés au sein du conseil des ministres et du kern, le noyau dur du gouvernement. Mais il comprend les atermoiements du jeune président de parti.
Les coups de téléphone s'enchaînent
L'actualité se précipite. Dimanche matin, le MR tient son congrès de participation. Pas de mauvaise surprise : les militants votent massivement "oui" à l'entrée de leur parti dans la majorité Arizona. Vers 15 heures, Georges-Louis Bouchez peut s'atteler à la suite de l'aventure "arizonienne" : la composition du casting ministériel libéral… qui implique une décision quant à son propre avenir. Il passe de nombreux coups de téléphone aux principales personnalités de sa formation.
Il consulte les membres de son bureau exécutif : cumuler la présidence du MR et un portefeuille ministériel, est-ce une bonne idée ? On le sait, les statuts du MR l'interdisent. Il y a quelques semaines, Sophie Wilmès et Adrien Dolimont avaient exprimé publiquement leur scepticisme sur cette concentration des pouvoirs. Dans le secret des conversations, plusieurs "barons" lui déconseillent également de s'engager sur deux fronts. Diriger une formation politique et être ministre impliquent des états d'esprit très différents : le combat idéologique pur d'un côté, le sens du compromis et une certaine technicité de l'autre. Et ne parlons même pas de l'addition des agendas écrasants que chacune de ces fonctions impose…

Un président ad intérim ?
Si un cumul semble peu raisonnable, des accommodements restent toutefois possibles. Par exemple, un président ad intérim pourrait remplacer Georges-Louis Bouchez. Ce scénario n'est toutefois pas prévu par les textes qui règlent la vie interne du parti. Et il y a un problème de ressources humaines disponibles pour faire ce job délicat. Pour garder au chaud son fauteuil présidentiel, David Leisterh aurait eu toute la confiance de Georges-Louis Bouchez, mais le patron du MR bruxellois est censé devenir, un jour ou l'autre, ministre-Président du prochain gouvernement régional. Mieux vaut qu'il se réserve pour ce futur mandat en vue.
Le président libéral poursuit ses consultations par téléphone jusque tard dans la soirée. Progressivement, il sent que sa réflexion mûrit : dans l'intérêt de tous, il devrait renoncer au portefeuille de l'Intérieur. Ce sera pour Bernard Quintin, un homme solide, tempéré, et qui a fait bonne impression comme ministre des Affaires étrangères. Quant au poste de vice-Premier ministre, David Clarinval assurera cette mission de chef de file du MR au sein de l'Arizona, comme il le faisait dans la Vivaldi.
"Dormir dessus"…
Les quatre autres partis du gouvernement De Wever – la N-VA, le CD&V, Les Engagés et Vooruit – ont confirmé durant la journée de dimanche leur propre casting. Le MR, comme souvent, est le dernier à laisser le champ libre à la spéculation journalistique… Georges-Louis Bouchez ne veut rien précipiter et se laisse une nuit de réflexion. Il a besoin de "dormir dessus", comme on dit. Il tranchera définitivement après quelques heures d'un sommeil salutaire. Et, lundi matin, ses impressions de la veille se confirment : il sent qu'il doit poursuivre sa mission à la Toison d'Or et laisser à d'autres le soin de mettre en œuvre le pacte de majorité "arizonien". Il prévient d'abord le Roi, comme le veut la coutume, et ensuite Bart De Wever. Les prestations de serment ont eu lieu à neuf heures, au Palais. Sans Georges-Louis Bouchez.
Poursuivre la "guerre culturelle"
Ce dispositif a des avantages pour les libéraux. En dehors de l'exécutif, Georges-Louis Bouchez, très idéologue dans son approche de la politique, conservera une parole plus libre. Il pourra polariser les débats et poursuivre la guerre culturelle dans laquelle les bleus sont engagés face à la gauche. Comme président du MR, il pourra aussi mieux résister à la confrontation qui s'annonce avec le président de Vooruit, Conner Rousseau. Lui aussi a veillé à rester en dehors du gouvernement De Wever…