Sammy Mahdi : "Si le CD&V n'avait pas été à la table des négociations Arizona, il n'y aurait pas de baisse des taxes sur le travail"
Le président du CD&V, Sammy Mahdi, revient sur l'accord Arizona, obtenu dans la douleur vendredi de la semaine dernière. Il lance déjà des avertissements à ses partenaires au sein du gouvernement De Wever.


- Publié le 08-02-2025 à 07h04
- Mis à jour le 08-02-2025 à 14h22

Piquant. L'entretien se déroule dans les salons du Sénat, une institution qui va justement être supprimée par le gouvernement De Wever… Sammy Mahdi est président du CD&V. Il est aussi député fédéral. Fatigué, il s'extirpe des interminables débats sur la déclaration de politique générale de Bart De Wever pour livrer à La Libre sa compréhension de l'accord Arizona. Le chrétien-démocrate balise la route que suivra sa formation durant cette législature. Et lance quelques avertissements à ses partenaires.
Commençons par le point sensible : la taxe sur les plus-values. Les contours de cette mesure restent flous.
On s'est accordés sur cette taxe lors du dernier soir de négociations. Quand Jan Jambon (ministre des Finances et vice-Premier N-VA) viendra avec l'exécution de toutes les mesures fiscales, il faudra en préciser les modalités. Ce sera un débat compliqué au sein du gouvernement… Pour le CD&V, il faudra que le simple épargnant, le gars qui bosse et le petit entrepreneur ne soient pas affectés. Sur le plan fiscal, il faudra veiller à garder l'équilibre global de l'accord : puisqu'on va chercher des moyens sur le marché de l'emploi, il est logique de demander aussi une contribution aux épaules les plus larges.
La taxe sur les plus-values, c'était la condition pour que Vooruit monte à bord de l'Arizona. Si les socialistes flamands n'obtiennent rien de concret, le navire tanguera…
Cette taxe figure dans l'accord, donc elle doit être mise en place.
Jan Jambon sera-t-il loyal dans la mise en œuvre de cette taxe ? Ce genre de mesures n'est pas dans l'ADN de la N-VA…
Si la N-VA et tous les partis autour de la table veulent éviter que l'on se retrouve une fois de plus dans un gouvernement qui se chamaille et qui ne réforme pas, il faudra trouver une solution raisonnable. Pour nous, le plus important, c'est que le montant estimé des recettes fiscales qui viendront de la taxe sur les plus-values soit garanti. Si ces moyens n'arrivent pas, on n'ira pas les chercher dans les pensions, ni chez des personnes fragilisées, ni chez les travailleurs… Vincent Van Peteghem (CD&V) est ministre du Budget. C'était important pour nous d'obtenir ce poste afin de garantir que ce gouvernement réforme réellement en profondeur pour protéger le pouvoir d'achat, les pensions et la santé des gens.
Vincent Van Peteghem était ministre des Finances dans la Vivaldi, le gouvernement précédent. Il n'avait pas pu faire passer sa réforme fiscale et se voit priver de ce portefeuille dans l'Arizona. Frustrant ?
Dans la Vivaldi, le CD&V avait fait une priorité de la réforme fiscale. On était frustrés, car chaque parti avait une excuse de ne pas la faire : l'Open VLD, le PS… Dans l'accord Arizona, si le CD&V n'avait pas été à la table des négociations, il n'y aurait pas de baisse des taxes sur le travail. Le portefeuille du Budget nous permettra de contrôler l'exécution de la réforme fiscale, mais aussi de toutes les autres. Cette réforme fiscale aura un gros impact : à la fin de la législature, en moyenne, ce sera 1 200 euros net en plus par année pour un travailleur célibataire et 1 900 euros net pour un couple de travailleurs. Ceux qui bossent doivent avoir plus d'argent à la fin. Cette réforme fiscale est une grande étape qui devra être suivie d'une nouvelle grande étape dans un prochain gouvernement. On est le pays le plus taxé au monde… Changer cela, c'est vraiment l'enjeu pour nous.

Le Premier ministre Bart De Wever a déjà annoncé dix ans de réformes. Si cela est possible, il faudra poursuivre l'aventure Arizona après les élections de 2029 ?
Oui. Mais j'aimerais d'abord voir comment nos partenaires se comportent durant la législature. Pour un pays compliqué comme la Belgique, les réformes de l'Arizona sont énormissimes. Comme un architecte, il ne serait pas intelligent de quitter le chantier alors qu'on n'a accompli que la moitié du travail.
Un indépendantiste flamand qui devient Premier ministre, est-ce un paradoxe ? Bart De Wever, c'est le loup dans la bergerie, comme le dit l'opposition du côté francophone ?
Ce n'est pas un grand débat, à mes yeux. Surtout dans un gouvernement qui se focalise sur le socioéconomique. Mais, le loup, il était dans la bergerie de Charleroi en 2020, quand Bart De Wever a discuté avec Paul Magnette (président du PS). Ils ont discuté pour scinder la police et la justice… Alors dire qu'il y a un ogre derrière la porte aujourd'hui, en termes d'hypocrisie, on a atteint un nouveau sommet.
Le loup, il était dans la bergerie de Charleroi en 2020, quand Bart De Wever a discuté avec Paul Magnette. Ils ont discuté pour scinder la police et la justice… Alors dire qu'il y a un ogre derrière la porte aujourd'hui, en termes d'hypocrisie, on a atteint un nouveau sommet."

Le CD&V est-il plus à l'aise dans l'Arizona qu'il ne l'était dans la Vivaldi ?
Oui. Sur plusieurs aspects. Pendant des années, par exemple, on s'est dit qu'il était impossible dans ce pays de limiter le chômage à deux ans. On l'a fait. L'Arizona diminue aussi les taxes pour 1,5 milliard, alors que, ces 25 dernières années, on est souvent allé dans l'autre sens. Ce qui me fâche, c'est de repenser au fait que le PS avait le portefeuille des Pensions sous la Vivaldi et qu'il n'en a rien fait… La réforme de Karine Lalieux a, au contraire, alourdi le coût du système ! Dans la Vivaldi, certains partis nous ont crevé les pneus. C'était compliqué avec le PS et avec Écolo.
Dans la Vivaldi, certains partis nous ont crevé les pneus. C'était compliqué avec le PS et avec Écolo."
La limitation de l'indexation automatique des salaires a sauté dans la version finale de l'accord. Or, les entreprises souffrent face à des coûts salariaux qui enflent…
La protection de l'index était cruciale pour le CD&V. C'était l'une des erreurs de la "Suédoise" (le gouvernement Michel) : le saut d'index. Il faut protéger le pouvoir d'achat des citoyens. Dans l'Arizona, notre but n'est pas de mettre la tête des gens sous l'eau… On a garanti l'indexation automatique et j'en suis très fier. Les partenaires sociaux discuteront ensemble pour éventuellement adapter le modèle à l'avenir. Le CD&V est un warme conservatieve volkspartij, un parti conservateur mais chaleureux. Depuis quelques jours, le PS, Écolo et le PTB diffusent des fake news. Par exemple, ils font croire aux citoyens qu'on va sanctionner dans leurs futures pensions les personnes qui s'occupent d'un proche malade… Totalement faux et malhonnête !
Depuis quelques jours, le PS, Écolo et le PTB diffusent des fake news. Par exemple, ils font croire aux citoyens qu'on va sanctionner dans leurs futures pensions les personnes qui s'occupent d'un proche malade… Totalement faux et malhonnête !"