La coalition "Lagon", ce scénario qui a la cote au fédéral
Considérée comme impossible ou très difficile jusqu'à récemment, une piste de majorité circule en coulisses. Et a déjà un surnom. Le départ de Vooruit de la table des négociations au fédéral pousse la N-VA, le MR, Les Engagés et le CD&V à se montrer inventifs.

- Publié le 05-11-2024 à 12h42
- Mis à jour le 05-11-2024 à 20h33

Au fédéral, la confiance semble rompue entre les anciens partenaires de l'hypothétique "Arizona". Depuis que Conner Rousseau a rejeté une nouvelle fois la note socio-économique et budgétaire du formateur Bart De Wever, Vooruit agace. Les socialistes flamands n'auraient jamais voulu réellement entrer dans ce gouvernement penchant vers le centre droit. Que de temps perdu, se désolent les partis qui négociaient avec eux jusqu'à leur retrait.
Que faire désormais ? La N-VA, le CD&V, les Engagés et le MR ne veulent pas jeter à la poubelle le fruit de leurs longues discussions et ont décidé de poursuivre à quatre. Et, surtout, à se mettre en quête d'un remplaçant. Les regards se tournent désormais vers l'Open VLD.
Les réticences de l'Open VLD
Les libéraux flamands, qui ont subi une lourde défaite aux élections de juin, ne sont pas chauds. Ils comptaient se refaire une santé politique depuis l'opposition. Mais plusieurs sources ne désespèrent pas de les attirer dans une coalition fédérale qui réunirait la famille libérale (MR et, donc, Open VLD), la famille chrétienne-démocrate/humaniste (CD&V et Engagés) et la N-VA. "L'Open VLD va faire monter les enchères, mais c'est normal, on ferait la même chose", confie un observateur politique.
Cette formule rappelle la "suédoise" dirigée par Charles Michel (N-VA, CD&V, MR et Open VLD) à laquelle s'ajouterait les Engagés, la formation de Maxime Prévot.
Ne dites toutefois pas "suédoise bis", cette expression renvoie trop au passé, estiment certains. Ces penseurs de l'ombre ont réfléchi à un nouveau nom pour désigner cette majorité pentapartite. Ils ont trouvé une bonne formule : la coalition "Lagon". Le turquoise de ses eaux calmes ferait référence à la couleur de référence des Engagés ; le bleu du ciel et de la haute mer évoque les fanions des libéraux ; le jaune du sable qui vire parfois à l'orange pourrait rappeler la N-VA et le CD&V.
La coalition "Lagon" : le turquoise de ses eaux calmes ferait référence à la couleur de référence des Engagés ; le bleu du ciel et de la haute mer évoque les fanions des libéraux ; le jaune du sable qui vire parfois à l'orange pourrait rappeler la N-VA et le CD&V
Naturellement, cette coalition "Lagon" porte également un message de marketing politique : après des temps troublés, des mois de négociations, une majorité Vivaldi hétéroclite, les affaires courantes, etc., place à une période paisible.
Il s'agit probablement d'un vœu pieux : la "Lagon" n'aurait que 76 sièges sur 150, comme déjà indiqué. Cette majorité ne tiendrait qu'à un fil ou, plutôt, qu'à un seul siège de député. Le moindre caprice, le moindre départ et le gouvernement ne pourrait plus passer de loi au parlement. Tout le fonctionnement habituel des partis au pouvoir deviendrait un enfer à la Chambre ou, en tout cas, un vrai casse-tête.
Le mécanisme de la loi-programme
Sauf si… Plusieurs éminences grises ont réfléchi à la question et semblent plutôt rassurées. L'instabilité politique pourrait par exemple être limitée par l'adoption, dès le début de la majorité, d'une loi-programme, c'est-à-dire d'une loi contenant des mesures relatives à un grand nombre de matières différentes. Un seul vote au parlement donnerait les mains libres au gouvernement.
Ce n'est bien entendu pas idéal, mais cela réduirait les risques. En tout cas en théorie. Car la coalition "Lagon" devrait passer plusieurs mois à négocier cette loi-programme en début de législature alors que l'urgence budgétaire, entre autres, frappe à la porte des autorités belges. Imaginons en outre que l'un des partenaires, finalement, refuse de voter cette disposition fourre-tout : tout l'édifice s'effondrerait après des mois de travail inutile… Prudence, donc.
Autre élément à prendre en considération, et qui renforce le scénario "Lagon" : même si le gouvernement, par les aléas de la législature, perdait sa majorité, ce n'est pas pour autant que l'opposition pourrait faire tomber l'exécutif. Afin d'adopter une motion de censure, l'opposition démocratique devrait s'unir au Vlaams Belang pour atteindre la majorité absolue… Politiquement, cette perspective pourrait en dissuader plus d'un.
Mahdi refuse le retour de l'Open VLD
Toutefois, parmi les quatre formations qui continuent à se parler au fédéral, tout le monde n'est pas chaud. Le président du CD&V, Sammy Mahdi, a refusé lundi soir d'envisager l'hypothèse d'une alliance avec les libéraux flamands au fédéral. Lors de l'émission De Afspraak, il s'est en effet montré clair : "Un gouvernement fédéral avec l'Open VLD n'est pas envisageable pour nous." La coalition "Lagon", malgré son nom évocateur, est donc loin de voir le jour…
Le retour de l'" Arizona"
Enfin, il se pourrait que Vooruit fasse tout de même son retour à la table des négociations. La formule "Arizona" serait ainsi relancée, même si Bart De Wever devra travailler durement afin de reconstruire la confiance entre les partenaires putatifs. Tout le monde a bien noté les propos de Frank Vandenbroucke, vice-Premier ministre Vooruit et négociateur "arizonien" : ce mardi, lors de l'émission radio De Ochtend, il a annoncé que les socialistes flamands étaient prêts à reprendre les discussions. Pour peu que la note socio-économique de Bart De Wever, condamné tel Sisyphe à répéter la même épreuve à l'infini, soit une fois encore révisée…