Alexia Bertrand (Open VLD) : "Ce que fait le gouvernement en matière de Défense, c'est du bricolage"
Alexia Bertrand, la cheffe de file de l'opposition Open VLD au fédéral, estime que l'Arizona doit réfléchir à de nouvelles sources de financement pour l'armée. Elle plaide aussi pour que le gouvernement fasse plus d'efforts pour remettre le budget en ordre, par exemple en osant une réflexion sur le prix de la visite chez le médecin généraliste.


- Publié le 05-04-2025 à 06h59

On ne se refait pas. En tant qu'ancienne secrétaire d'État au Budget, Alexia Bertrand garde un regard acéré sur l'état des finances publiques. La cheffe de file de l'opposition Open VLD à la Chambre estime que la majorité Arizona (N-VA, MR, Engagés, CD & V, Vooruit) n'en fait pas assez en matière d'assainissement. "La première réponse du gouvernement" face à l'augmentation des droits de douane aux États-Unis, dit-elle, "doit être de remettre nos finances et notre budget en ordre. On n'a plus le choix. Sinon, on n'aura plus de buffer (de matelas financier, NdlR) pour faire face à des crises ou améliorer notre compétitivité. Les réformes entreprises vont dans le bon sens, mais ça ne suffira pas, certainement pas avec les 17 milliards d'euros supplémentaires que le gouvernement veut octroyer à la Défense."
Ces 17 milliards sur la durée de la législature, c'est le prix pour que la Belgique consacre 2 % de son PIB en dépenses de défense, ce qui correspond à la norme Otan (l'Alliance atlantique). À l'Open VLD, vous soutenez l'objectif ?
Oui, on est y favorables. On peut même se demander si on ne doit pas faire plus. Le secrétaire d'État américain Marco Rubio a mis 5 % sur la table. Il faut se rendre compte de ce que cela signifie. Imaginons qu'on monte à 3 %, cela représente environ 18 milliards d'euros par an. Or, tout ce que fait l'État fédéral aujourd'hui – justice, police, diplomatie, asile, etc. – représente 37 milliards d'euros par an.
Ce serait donc la moitié des dépenses primaires de l'État fédéral, hors Sécurité sociale.
Exactement. On va devoir réfléchir à la manière dont on peut atteindre ce niveau en coordination avec les Régions.
Il faut partager le fardeau ?
Oui, je le pense. La difficulté, c'est que la législation actuelle le permet difficilement. Aujourd'hui, ce que fait le gouvernement fédéral en matière de Défense, c'est du bricolage. Certains au sein de la majorité veulent mettre dans les dépenses de défense la construction de ponts, le spatial, le ferroviaire… Ça va devenir un fourre-tout. Il faut rester sérieux. La menace militaire est réelle, on doit investir dans du matériel. J'entends dire qu'il n'y a pas de risque d'avoir des chars à Bruxelles. C'est vrai. Mais le risque existe qu'ils arrivent à Tallinn (en Estonie) ou en Pologne, et nous avons le devoir de protéger les États européens proches de la Russie.
Le gouvernement pourrait vendre des participations de l'État pour alimenter un fonds Défense. Qu'en pensez-vous ?
On était les premiers, pendant la campagne électorale, à proposer de créer un tel fonds. Mais il faut le faire de façon intelligente, au bon moment, et surtout s'assurer que ces rentrées one shot soient ensuite compensées par des rentrées structurelles. Regardez Belfius et Proximus. C'est actuellement le pire moment pour vendre notre participation dans Proximus. Les actions cotent largement sous leur valeur réelle. Par contre, ne serait-ce pas le moment pour acheter des actions Proximus ? Je ne dis pas que la réponse doit être positive, mais c'est le type de raisonnement qui nous manque dans la réflexion budgétaire : personne ne se demande comment agrandir le gâteau.
Nos soins de santé coûtent 20 à 30 % trop cher, c'est le FMI qui le dit. On doit pouvoir remettre en cause certains tabous.
Et Belfius, détenue à 100 % par l'État ?
Belfius est valorisée à environ 9 milliards et demi d'euros. Il y a de la marge pour la Défense. Et ces ventes pourraient ensuite être récupérées par les rentrées structurelles dont je parlais. Il faut être créatif en mettant toutes les options sur la table et en regardant à dix ou vingt ans. On peut, par exemple, aussi se tourner vers des partenariats public-privé, remettre en cause certains tabous…
Quels tabous ?
Les soins de santé, par exemple. Je sais que rien qu'en disant "soins de santé", vos lecteurs vont se crisper. Je vous rassure. J'ai vécu aux États-Unis. Le jour où j'ai eu une otite, ça m'a coûté 250 dollars… Notre système, j'y suis particulièrement attachée. Mais aujourd'hui, et c'est le FMI (Fonds monétaire international) qui le dit, nos soins de santé coûtent 20 à 30 % trop cher. Le ticket modérateur chez le médecin généraliste, ce que le patient paie de sa poche, est de 4 euros. Pour un Bim (bénéficiaire de l'intervention majorée), c'est 1 euro. Si on augmentait d'1 euro le ticket modérateur chez le généraliste ainsi que pour les analyses biologiques, cela rapporterait un demi-milliard d'euros aux caisses de l'État. Un demi-milliard… Si on augmente de 2 euros, c'est encore plus. Ça reste moins cher que de boire une bière en terrasse. Je ne dis pas que c'est "la" solution. Ce qui me choque, c'est qu'on ne puisse même pas en débattre.
Le gouvernement pourrait aussi gonfler la future taxe sur les plus-values, non ?
Alors, ça, c'est le seul impôt qu'on n'avait pas encore… Pour une taxe, dont le rendement – 500 millions d'euros par an – est symbolique, on donne l'impression qu'il est encore possible de taxer plus en Belgique. À la limite, si on baissait fondamentalement les impôts sur tout le reste… Mais ce n'est jamais comme cela que ça se passe. C'est toujours une couche en plus.