Certains membres du MR commencent à dire publiquement qu'ils ne sont pas d'accord avec la méthode Bouchez
Les plus haut gradés du parti qui partagent ce malaise restent cependant discrets.

- Publié le 18-08-2025 à 06h45

"Si on commence à critiquer la manière dont Georges-Louis traite les journalistes ou contester certains de ses propos, notre carrière politique est finie." C'est en résumé ce que disent des libéraux qui comptent au sein du MR et qui expriment − mais sans vouloir se dévoiler − leur ras-le-bol après la diffusion d'un enregistrement dans lequel le président Bouchez profère des menaces physiques à l'encontre d'un journaliste. Le Montois s'en était défendu. Mais sans convaincre grand monde.
Au MR, aujourd'hui, il y a quatre catégories de personnes. Celles qui soutiennent encore leur président, celles qui ne soutiennent pas tout ce qu'il dit mais préfèrent faire le gros dos, celles qui ressentent un gros malaise mais s'abstiennent de toute sortie publique et enfin celles qui en ont assez et le disent sur les réseaux sociaux.
Bourgmestres, conseillers, collaborateurs
La défunte semaine a ainsi vu un conseiller communal MR de Binche, Jérôme Urbain, se manifester sur Facebook en partageant un article de Sudpresse évoquant "les excès trumpiens" de son président de parti. L'élu précisait : "Je suis profondément libéral. Pas "MR" mais bien libéral au sens philosophique. On peut en débattre, mais je reste convaincu que le libéralisme a permis certaines des plus grandes avancées de l'humanité. Cependant, je suis tout autant attaché au respect des autres, au respect des convictions de chacun, à la liberté individuelle, à l'écoute de l'avis d'autrui. Même quand on a raison – ou qu'on croit avoir raison –, il y a toujours une forme de courtoisie à conserver."
Une publication qui a été aimée par plusieurs mandataires MR comme Bénédicte Poll, la bourgmestre de Seneffe, ainsi que par Emmanuel Wart, l'ancien bourgmestre des Bons-Villers, qui travaille au cabinet d'Adrien Dolimont, le ministre-Président wallon.
Le bourgmestre MR de Léglise, Simon Huberty, a, pour sa part, été plus explicite encore sur les réseaux sociaux. Un doigt pointé en direction de son président de parti, il s'est indigné : "On ne parle pas comme ça aux journalistes, on ne parle simplement pas comme ça aux gens".
Les Michel père et fils
Les jeunes MCC (Mouvement des citoyens pour le changement), qui font partie du MR, ont aussi dénoncé sur les réseaux "les menaces envers un journaliste" précisant qu'ils apportaient "leur soutien total à la liberté de la presse !". Plus loin, ils précisent que "de telles déclarations, qui peuvent s'apparenter à des menaces, sont absolument inacceptables de la part d'un responsable politique et ce, quelle que soit la virulence du débat", a notamment déclaré, Julien Omowadi, le président des jeunes MCC.
Nicolas Docq, qui est notamment collaborateur parlementaire d'une députée MR et encarté lui-même au parti, a aussi publié un texte sur cette affaire. Évoquant son attachement et sa foi dans le libéralisme, il explique que "l'attachement n'exclut pas la lucidité". "Ces derniers temps, je m'interroge. Pas sur le libéralisme lui-même – il reste mon socle – mais sur certains virages, certaines postures, certaines tonalités qui, parfois, m'inquiètent. Pas besoin de citer de noms : mon propos n'est pas personnel. Il est politique."
Des propos qui ont été relayés entre autres par Michaël Lobet, chercheur FNRS et membre du MR, qui ne "cautionne pas les dérives extrémistes". "Parce que la presse doit rester libre. Sans menaces. Parce que le népotisme (placer sa compagne à l'ONE) doit être combattu, etc.".
Le député wallon Vincent Maillen a lui aussi apporté son soutien au texte de Nicolas Docq "parce que la liberté se défend en parlant", insiste-t-il.
Enfin, l'ancien ministre et actuel député fédéral, Mathieu Michel, a publié il y a quelques jours un texte élogieux sur un livre consacré à l'empereur romain Marc Aurèle. "Homme d'un immense pouvoir, il n'a jamais cherché à dominer, mais à servir Rome avec bienveillance et humilité. […] Un livre que je recommande à toutes celles et tous ceux qui s'éloignent parfois de la responsabilité de leur condition, et qui souhaitent retrouver la force tranquille et l'engagement stoïcien." Cette publication a été partagée par son père, Louis Michel, ancien ministre et ancien président du parti, qui a lui-même partagé les dessins de presse critiques à l'égard de l'attitude de Georges-Louis Bouchez dans cette affaire.
Il sera rétorqué que ceux qui s'expriment ici ne sont pas les cadors du parti et que leur poids pèse peu en interne. Néanmoins, sous couvert de l'anonymat, plusieurs libéraux qui comptent considèrent que ces gens font preuve d'un certain courage. D'autres estiment même qu'en s'affichant de la sorte, leur carrière à long terme au MR est compromise. "Il faut oser le dire."
Pas de putsch à l'horizon
Que ceux qui aiment le sang ne s'emballent pas trop vite non plus. Aucun putsch ne semble pour l'heure en train de se préparer comme celui qui s'est produit en 2010 et qui a vu un groupe d'élus MR, poussé par la famille Michel, débarquer Didier Reynders de la présidence du parti. Néanmoins, si certains l'envisagent, ils ne vont pas le déclarer à la presse.
La situation actuelle crée un véritable malaise chez de nombreux libéraux qui estiment ne pas avoir choisi Bouchez comme président pour en arriver à une menace physique contre un journaliste. Certains pensent que cela lui aura servi de leçon et qu'il ne recommencera pas de sitôt.
Cette affaire éclate aussi au cœur de l'été, alors que de nombreux élus n'ont pas encore repris le chemin du travail et que le bureau du parti n'est pas réuni.
Cependant, il n'est pas certain que c'est au sein du bureau que les choses pourraient se régler. De nombreux libéraux estiment que le président a fait le vide autour de lui, qu'il s'entoure de personnes qui lui doivent leur place et évitent de remettre ses décisions en question.