Face au risque d'une chute du gouvernement, la majorité Arizona joue l'apaisement
Pas de surenchère, jeudi, à la Chambre, dans les rangs de la majorité fédérale, alors que les négociations budgétaires patinent.

- Publié le 23-10-2025 à 18h04
- Mis à jour le 24-10-2025 à 10h29

Signe de la gravité de la situation, les députés de la majorité Arizona (N-VA, MR, Engagés, CD&V, Vooruit) avaient convenu entre eux de ne poser aucune question aux ministres du gouvernement fédéral, jeudi, en séance plénière de la Chambre, sur les difficiles négociations budgétaires en cours. "Laissons le gouvernement s'exprimer quand il y aura une évolution. Pas d'huile sur le feu inutile. C'est du bon sens", nous résume un membre de la majorité.
Le matin même, Maxime Prévot, vice-Premier ministre Engagés, avait pourtant éveillé une certaine curiosité. "La situation est tendue, l'inverse serait mentir", avait-il reconnu sur Bel RTL, ajoutant qu'une chute du gouvernement "n'est jamais à exclure". Le Premier ministre en personne en a rajouté une couche, plus tard dans la matinée. "S'il reste impossible de concilier les positions, nous devrons tôt ou tard en tirer les conséquences", a dit Bart De Wever (N-VA) à son arrivée à un sommet européen, à Bruxelles.
Le MR renouvelle sa confiance
Face à ces déclarations, l'opposition politique a cherché à en savoir plus. Et réclamé – en vain – que le chef du gouvernement s'absente quelques instants du sommet pour venir s'expliquer à la Chambre. "Est-ce qu'il y a encore une majorité ?, a demandé Raoul Hedebouw. Le seul qui peut répondre à cette question, c'est le Premier ministre."
Le président du PTB, comme d'autres membres de l'opposition, ont estimé que Bart De Wever fuyait le Parlement. Ils ont rappelé qu'il avait fait annuler une commission parlementaire, mercredi, durant laquelle les députés auraient dû pouvoir l'interroger. Ils ont rappelé aussi qu'il était prêt à s'extirper du sommet européen pour présenter l'accord budgétaire, s'il y en avait eu un…
Est-ce qu'il y a encore une majorité ? Le seul qui peut répondre à cette question, c'est le Premier ministre.
"On ne comprend pas qu'il aurait pu se libérer pour présenter son budget mais pas pour faire un point sur la situation", a déploré Sarah Schlitz (Écolo). "Le Premier ministre doit venir expliquer aux citoyens ce qui les attend, a estimé Alexia Bertrand (Open VLD). C'est l'incertitude qui règne. C'est sur cela qu'on doit avoir un débat."
Ces demandes sont restées lettre morte. Par contre, "le groupe MR veut rappeler sa pleine et entière confiance au Premier ministre et à toute l'équipe gouvernementale", a tenu à faire savoir Georges-Louis Bouchez, président des libéraux, alors que le navire Arizona tangue plus fort que jamais.
Van Peteghem et l'État providence
Faute de Premier ministre, les députés de l'opposition se sont tournés vers le ministre du Budget, Vinent Van Peteghem (CD&V), pour avoir un état des lieux des discussions budgétaires. "L'objectif est clair, nous n'en discutons pas au sein du gouvernement : ce que l'Europe demande, ce sera le minimum", a-t-il indiqué. Soit un effort budgétaire estimé à dix milliards d'euros d'ici à 2029. C'est "la façon d'y arriver" qui fait l'objet d'âpres négociations.
"Personne ne nie qu'un tel exercice comporte une dimension idéologique, cependant l'idéologie doit inspirer et non paralyser. […] On doit faire ce qui est nécessaire et non ce qui est facile." Selon M. Van Peteghem, "protéger notre État providence est la mission la plus importante de notre génération".
Bref, ce jeudi, à la Chambre, "on n'a rien appris sauf qu'il y a toujours un ministre du Budget de l'Arizona. C'est déjà ça", a conclu, narquois, François De Smet (Défi).