David Weytsman : "On assiste en ce moment à une erreur magistrale pour les Bruxellois. C'est une honte"
David Weytsman assure également "avoir toujours pris les attaques contre Bruxelles très personnellement".


- Publié le 13-12-2025 à 11h46
- Mis à jour le 14-12-2025 à 00h06

En tant que chef de groupe MR au conseil communal de Bruxelles, David Weytsman est un homme influent. Tout en présidant le CPAS de la ville, ce libéral joue la tour de contrôle sur toutes les matières gérées par la commune, mais aussi sur son budget. "Ce rôle est passionnant", signale le quadragénaire à la carrure impressionnante. D'autant qu'entre la mobilité, la sécurité, la propreté, l'emploi, mais aussi... la crèche de Noël, les sujets sensibles ne manquent pas. Interview.
Commençons par l'actualité régionale. Êtes-vous déçu de la décision des Engagés, qui tentent de former un gouvernement bruxellois avec le PS et sans le MR ?
Oui, c'est une honte. Le MR est le premier parti à Bruxelles, il a largement gagné les élections, avec 26 % des voix francophones. Georges-Louis Bouchez proposait de constituer un gouvernement d'urgence avec pour mission d'élaborer le budget 2026 et un budget pluriannuel jusqu'en 2029. Mais le PS bloque toute procédure de négociation. Cela a amené Les Engagés à tenter de former une coalition de centre-gauche. Or, le but du MR est d'assainir les finances publiques, de remettre de l'ordre dans le budget. Il faut mener ce projet.
Sans le MR dans la majorité, les finances ne seront pas assainies ?
Comme l'a dit le président de l'Open VLD : si ça s'annonçait déjà difficile avec le MR, ce sera encore plus compliqué sans le MR…
Les pistes tentées par Bouchez pour former une majorité n'avançaient plus. Comprenez-vous que Verougstraete, après 550 jours de blocage, tente une autre formule ?
Non. La proposition du MR qui se trouvait sur la table était la bonne. Tout le monde pouvait s'y retrouver. J'entends que certains ne voulaient plus faire les efforts budgétaires nécessaires ou ne voulaient carrément plus gouverner avec le MR. On assiste en ce moment à une erreur magistrale pour les Bruxellois.
Était-ce une erreur de Georges-Louis Bouchez de prendre le relais de David Leisterh en tant que formateur, au vu de sa personnalité clivante ?
Non, il l'a fait très courageusement. Certains peuvent toujours trouver des excuses, mais il faut être capable de dépasser l'appréciation personnelle en politique. À la ville de Bruxelles, je travaille avec Philippe Close (PS), mais je ne pars pas en vacances avec lui. Nous avons réussi à présenter un budget équilibré, tout en passant par des tensions en interne, de vrais débats, de vraies oppositions. C'est tout à fait normal. Quand on commence à s'attarder sur des querelles de personnes, c'est qu'on n'a rien compris à ce qu'on devait faire pour les Bruxelloises et les Bruxellois. Et puis, je vous rappelle qu'Ahmed Laaouej a décidé de tout bloquer dès le départ en refusant de gouverner avec la N-VA, alors que ce parti avait été choisi au sein de la majorité néerlandophone. Comme on le pressentait, les socialistes voulaient tout simplement avoir un gouvernement le plus à gauche possible.
Vous étiez cité parmi les ministrables à Bruxelles. La déception est-elle d'autant plus grande pour vous ?
Oh non, pas du tout. Je suis très heureux dans ce que je fais au CPAS, franchement. Je serais par contre très déçu si cette piste aboutissait parce qu'elle ne respecterait pas le choix de l'électeur.
Venons-en au CPAS justement : les exclus du chômage vont être nombreux à y "tomber" le 1er janvier. À Bruxelles, cela pourrait concerner 3500 nouveaux bénéficiaires. En tant que président du CPAS, redoutez-vous un cataclysme ?
Pas du tout, on est bien préparé ! À mon initiative, nous avons tout de suite choisi de mettre le paquet sur l'accompagnement individuel. L'objectif, ce n'est pas que les gens arrivent au CPAS, mais c'est de les activer pour augmenter le taux d'emploi en Région bruxelloise, qui est un des plus bas de l'Union européenne, ce qui est quand même assez dingue… Nous avons donc dégagé des moyens et engagé du personnel (assistants sociaux, agents d'insertion et spécialistes de l'emploi) pour accueillir ces personnes, les suivre le plus efficacement à travers des formations, les orienter vers les bons secteurs pour qu'elles trouvent des emplois durables. Nous venons par exemple de développer 50 nouveaux partenariats avec des acteurs privés. Beaucoup d'autres initiatives doivent encore être développées.
Vous semblez sûr de vous. Pourquoi la remise à l'emploi serait si simple alors qu'il s'agit de l'un des points noirs depuis longtemps dans la capitale ?
Notre accord de majorité, qui fait 238 pages, et dont je suis assez fier, reprend quasi l'intégralité des engagements de campagne du MR. L'une de mes priorités était cette remise à l'emploi et l'accès à la formation. En parallèle, nous remettons de l'ordre dans le budget vu les difficultés de la ville : pour les années 2025 et 2026, nous avons réalisé 200 millions d'effort au sein de la ville et du CPAS, dont une baisse substantielle des frais de fonctionnement. Malgré cela, nous parvenons à mettre en place un tax shift puisque nous récompensons l'emploi en diminuant l'impôt sur les personnes physiques (NdlR : de 6 % à 4,9 %) dès janvier 2026. Nous proposerons alors la pression fiscale quasiment la plus basse du pays, juste derrière Knokke et Middelkerke. À Bruxelles, on permet aux gens de gagner plus s'ils travaillent plus. Nous réduisons aussi de 100 euros la taxe qui frappe les propriétaires habitant leur bien. Tout cela permet d'améliorer l'image de la ville et doit inciter des talents à venir vivre à Bruxelles.
Mais la ville est aussi frappée par une grande précarité…
Il faut travailler à tous les étages, notamment sur l'émancipation sociale. Nos politiques de lutte contre la pauvreté passent par la remise à l'emploi, la formation et l'accès à la propriété. Mais il est clair que certains sont très éloignés du marché de l'emploi : des individus souffrant de problèmes de santé mentale, d'addiction, ceux qui viennent de subir une séparation, des sans-abri… Certaines de ces personnes qui vont perdre leur allocation ne sont tout simplement pas en capacité d'aller vers la formation et l'emploi. Nous allons donc travailler avec elles pour les aider. Le président de CPAS libéral que je suis a veillé à maintenir tous les mécanismes de protection pour ces profils-là, notamment celui de leur proposer une aide au logement.
Face aux futures vagues d'exclus du chômage, d'autres présidents de CPAS crient au scandale. Vous ne comprenez pas leur réaction ?
Franchement, non, parce que cette réforme est bonne et juste. À Bruxelles, le ministre Clerfayt a reconnu qu'Actiris n'aidait plus les demandeurs d'emploi de longue durée depuis maintenant 10 ans. C'est incompréhensible, on ne peut pas laisser des personnes si longtemps au ban de la société. Ces personnes au chômage doivent être accompagnées correctement et responsabilisées pour retrouver un travail. Et pour fournir toute cette aide et pour déployer nos politiques, les CPAS sont financés par le gouvernement fédéral. Les problèmes budgétaires évoqués par certains ne se posent donc pas…
Le reportage de Christophe Deborsu intitulé "Sans boulot : tous fraudeurs ?" a suscité un tollé. Y a-t-il beaucoup de cas de fraude sociale à Bruxelles-ville ?
Ceux qui ne sont pas disposés à travailler doivent être sanctionnés. Les mécanismes de sanction existent déjà mais ils doivent être renforcés. À Bruxelles-ville, 1000 personnes auront un emploi via "l'article 60", qui est ce système qui permet de mettre un travailleur à disposition d'une entreprise ou d'une association tout en étant payé par le CPAS, qui reste donc l'employeur. Si un de ces travailleurs commence à dysfonctionner en rendant de faux certificats médicaux, on le sanctionne. Dans le budget que nous présenterons ce lundi au conseil communal, on met en place une cellule de lutte contre la fraude sociale, parce que le phénomène existe vraiment.
Quelle est l'ampleur de ce phénomène à Bruxelles-ville ?
Je me réserve le droit d'examiner cela avec les gens qui vont être amenés à gérer cette cellule. Des signaux nous montrent qu'il y a des problèmes. Des cas ont déjà été identifiés et des sanctions sont déjà tombées. Mais on veut avec cette nouvelle équipe pouvoir évaluer si ces problèmes sont systémiques, s'il y a des dysfonctionnements dans nos départements qui laisseraient passer certains types de fraudes et sensibiliser nos employés, même s'ils font déjà un travail extraordinaire.
Au niveau régional, les relations entre le PS et le MR sont extrêmement compliquées. À l'échelon local, cela fait un an que vous êtes en coalition avec les socialistes. La situation est-elle aussi tendue ?
Non, elle est respectueuse. Quand on fait de la politique dans un système belge proportionnel, on doit respecter le positionnement des autres et trouver des compromis. La question n'est pas de savoir si j'apprécie X ou Y, mais bien de réussir à travailler ensemble dans l'intérêt des Bruxellois.
La mobilité était fortement pointée du doigt, mais les tensions semblent s'apaiser. Avez-vous détricoté Good Move ?
Dans notre accord de majorité à la ville, des mécanismes visent à ramener plus de fluidité dans le centre. On veut le rendre plus accessible. Cela passe notamment par la réouverture des filtres prévus dans le plan initial, qui ne sont déjà plus très nombreux. Nous ne voulons pas que les riverains soient obligés de faire des grandes boucles. Je peux citer par exemple les Marolles ou la rue Royale. Nous avons aussi décidé de rendre le parking payant jusqu'à 19h, et non plus 21h. Et on délivre davantage de cartes pour les riverains et leur entourage. On essaie de trouver un équilibre pour rendre la ville plus attractive pour tout le monde. On n'oublie pas, bien entendu, les pistes cyclables, les transports en commun et les piétons.
Cela se fait-il au détriment du bien-être de vos administrés, comme l'assure Elke Van den Brandt ? Ou était-ce du positionnement idéologique et politique ?
Le pur positionnement idéologique, depuis le début, vient d'Elke Van den Brandt. Elle pensait qu'en coupant les axes et en bloquant les rues, on allait pousser les gens à se passer de leur voiture… Or, moi, je suis très favorable au shift modal, mais pas par la contrainte. D'ailleurs, comme a pu le constater, ça ne marche pas : la part de voitures ne diminue pas. C'est pourquoi on veut arrêter de pousser les riverains à faire ces grands détours, qui sont au final contre-productifs.
Votre parti a vivement réagi face à la nouvelle crèche de la Grand-Place. Pourquoi cela touche-t-il autant le MR ?
J'ai dit à quel point il faut être prudent avec les traditions. Y toucher heurte une partie de l'opinion publique. Je partage même ce sentiment pour être tout à fait honnête. Le processus de décision n'a pas été optimal. Je n'ai découvert que le 10 novembre les photos des personnages de la crèche et j'ai immédiatement tiré la sonnette d'alarme. Mais on était à deux semaines de l'ouverture. Il m'a donc été répondu qu'il y avait un choix artistique, qu'il y avait un soutien aussi de l'Église, qui est tout de même la principale dépositaire d'une crèche. C'est pourquoi je n'ai pas immédiatement réagi quand la polémique a éclaté.
Mais c'est un choix de la majorité tout de même, dont vous faites partie. Le regrettez-vous à présent ?
Non, ce n'est pas un choix de majorité, le processus décisionnel n'a pas été bien mené. Je n'ai été informé qu'à la fin du mois de septembre du fait que la crèche précédente devait être réparée. Quand on m'a présenté le "mood board" de ce nouveau projet, j'ai immédiatement exprimé mon désaccord. Je suis plutôt très conservateur sur ces matières. J'ai demandé à voir le résultat, une fois le travail de l'artiste terminé. À présent, j'ai choisi de m'inscrire dans une démarche de solutions. J'ai proposé de déplacer cette crèche et de restaurer l'ancienne pour la remettre à la Grand-Place.
Comprenez-vous la réaction de Michel de Maegd qui, sans le citer, a reproché à votre président de parti de "diviser" en surfant sur cette polémique avec une "rhétorique nauséabonde" ?
Il y a une vraie émotion populaire, qu'il faut être capable d'entendre. Ça dépasse l'enjeu de la crèche. C'est pourquoi il est important à mes yeux qu'on continue à parler de "marché de Noël" en évoquant les "Plaisirs d'hiver". Les citoyens ont l'impression qu'on leur retire certaines traditions, à juste titre parfois. Or c'est contre-productif. Il faut pouvoir faire écho à ces préoccupations qui sont légitimes. Mais aussi trouver des solutions.
Sentez-vous que la situation sécuritaire évolue à Bruxelles grâce aux différentes mesures mises en place ?
Ramener de l'ordre était un élément central dans ma campagne. Dans un contexte budgétaire compliqué, on a augmenté la dotation de la police pour continuer à avoir un maximum d'agents sur le terrain, pour augmenter la rapidité d'intervention, pour pouvoir lutter encore davantage contre le trafic de drogue. La fusion des zones de police prévue par le fédéral permettra de faire des économies d'échelle et, ce faisant, de renforcer la première ligne.
Bruxelles reste souvent présentée comme une ville sale. Vous comprenez la critique ?
Absolument ! On doit en faire une priorité, on doit agir. On continue à augmenter le budget qui y est dédié malgré les difficultés financières. Même si, pour être honnête, il n'augmente pas autant que je le souhaiterais. En campagne, j'ai expliqué que si j'étais bourgmestre, je m'occuperais moi-même de ces compétences et je doublerais l'enveloppe pour la propreté publique. Mais je soutiens ce qui est mis en place à l'heure actuelle, il y a certains très bons projets, comme dans le bois de la Cambre où on a vu un réel impact cet été.
Ça vous fait mal quand il y a du bashing anti-bruxellois, notamment à cause de la propreté ou de l'insécurité ?
Ça me fait mal, parce que je me dis que je dois faire mieux. Et, pour être très honnête, j'ai toujours pris ces attaques très personnellement, même quand j'étais dans l'opposition. Quand on est engagé dans une ville et qu'on entend des critiques justifiées, on se sent responsable. Dans ce cas, les critiques sont justifiées, il y a des problèmes de propreté publique à certains endroits. Mais on met des choses en place et ça commence à porter ses fruits.