L'Open VLD devient Anders, le PS peut-être Les Socialistes, Écolo se tâte… Pourquoi tant de partis veulent-ils changer de nom ?
Que ce soit après une défaite électorale ou une refondation idéologique, les raisons sont multiples. Avec une grande tendance : les sigles n'ont plus la cote.

- Publié le 24-01-2026 à 16h01
- Mis à jour le 24-01-2026 à 17h39

Prenez les élections de 1999. Sur les onze partis qui avaient obtenu au moins un siège à la Chambre des représentants, seuls deux existent encore dans leur appellation actuelle : le PS (Parti socialiste) et Écolo (l'acronyme d'Écologistes confédérés pour l'organisation de luttes originales). Toutes les autres formations politiques ont changé de nom à une ou plusieurs reprises.
Le PS et Écolo ne seront toutefois peut-être plus des exceptions pour longtemps. Le processus de refondation qu'ils sont chacun en train de mener suite à la défaite électorale de 2024 laisse la porte ouverte à un changement de nom. Le Soir écrivait mercredi que le PS pourrait ainsi devenir "Les Socialistes". À voir.
Le dernier à avoir franchi le pas, c'est l'Open VLD (ex-VLD), pas plus tard que lundi soir, en devenant "Anders". Avant lui, le CDH (ex-PSC) était devenu Les Engagés en 2022, et le SP.A (ex-SP), Vooruit en 2021.
Mais pourquoi tant de partis veulent-ils changer de nom ? Benjamin Biard, politologue au Crisp (Centre de recherche et d'information socio-politiques), s'était posé la question en 2022 et avait publié une analyse ("Pourquoi les partis politiques belges changent-ils de nom"), qui reste d'actualité.
1. Rebondir après une défaite électorale
"La plupart des changements de nom interviennent en période de difficulté électorale et visent à moderniser les partis sur la forme et à les repositionner sur certains enjeux", écrit Benjamin Biard.
Le CVP (Christelijke Volkspartij) avait par exemple enregistré "un score plancher" aux élections de 1999. Il avait profité de la période d'opposition qui s'ensuivit pour se transformer en CD & V (Christen-Democratisch en Vlaams) lors du congrès de Courtrai de septembre 2001. "Conservant sa référence chrétienne, il intègre […] une dimension flamande dans son appellation et opte pour un modèle institutionnel qu'il qualifie de confédéral", décrit le politologue. L'évolution sur la forme était donc la traduction d'une évolution sur le fond.
À l'image de son parti frère flamand, le PSC francophone (Parti social chrétien) essuie un "échec électoral historique" en 1999 et décide de se repenser. En devenant le CDH (Centre démocrate humaniste) en 2002, la transformation est profonde. "Abandonnant […] son identité chrétienne, il entend aller un peu plus loin dans sa déconfessionnalisation et s'ouvrir aux non-croyants. […] Il insiste sur son soutien à la régulation de l'économie et souhaite accentuer son action européenne et internationale. Il entend enfin associer davantage ses mandataires locaux, ses membres et la société civile à sa dynamique interne."
"Une succession de défaites électorales", en particulier la raclée de 2019, amène "le parti à opérer un nouveau processus de refondation […]. Baptisé 'Il fera beau demain', ce processus alliant réflexion interne et large consultation externe conduit à la transformation du CDH en Les Engagés." À l'analyse, on peut considérer que la refondation de 2022 est en quelque sorte l'achèvement de celle menée vingt ans plus tôt : la déconfessionnalisation est désormais complète (le Manifeste des Engagés a abandonné toute référence chrétienne), l'ouverture à la société civile est amplifiée, et la remise en cause de notre modèle économique est plus systémique.
Même s'il est impossible de savoir ce qu'il serait advenu en l'absence de tels changements de nom, l'efficacité de ces derniers s'avère limitée.
Toujours après le scrutin de 1999, le SP (Socialistische Partij), qui enregistre un ressac électoral, devient le SP.A (Socialistische Partij Anders – Sociaal progressief alternatief) en 2001. "Le parti socialiste flamand entend alors se positionner plus clairement sur des thèmes tels que la mobilité, le logement, l'emploi, l'énergie, la qualité de vie ou encore les pensions", rappelle M. Biard. Une nouvelle défaite électorale, celle de 2019, conduit le président Conner Rousseau "à initier un nouveau changement de nom, abandonnant le label 'socialiste' au profit d'une dénomination faisant écho au nom de la coopérative socialiste fondée par Edward Anseele à Gand à la fin du 19e siècle : Vooruit".
Enfin, le parti écologiste flamand Agalev (Anders Gaan Leven – pour Vivre autrement) devient Groen après la défaite de 2003. "Le parti met alors l'accent sur sa dimension écologiste et entend se présenter comme progressiste, altermondialiste et défenseur d'un autre modèle économique."

2. Réorganisation interne ou nouvelle stratégie
Le MR (Mouvement réformateur) est né en 2002 du rapprochement, dans un premier temps, entre le PRL (Parti réformateur libéral) et le FDF (Fédéralistes démocrates francophones), puis, dans un second temps, entre ce binôme et le MCC (Mouvement des citoyens pour le changement). "Si chacune conserve son existence propre, les composantes décident de s'unir derrière un sigle commun, des instances partagées et un manifeste conjoint. […] L'objectif est de gagner en visibilité – à travers un sigle plus restreint et une identité plus claire – mais aussi d'intégrer davantage les différentes composantes", décrypte le politologue du Crisp.
Le FDF claquera la porte du MR en 2011 et deviendra Défi (Démocrate fédéraliste indépendant) en 2015. "Si le nouveau nom conserve le terme 'fédéraliste', celui de 'francophones' disparaît. L'objectif du parti demeure de se déployer en Wallonie, ainsi désormais que de se distinguer sur d'autres thématiques que la défense des francophones."

3. Échapper à une sanction financière
En 2000, rappelle Benjamin Biard, trois ASBL constitutives du Vlaams Blok (VB) sont poursuivies en justice pour violation de la loi Moureaux réprimant des actes inspirés par le racisme ou la xénophobie. La cour d'appel de Gand condamne en 2004 ces associations à une amende et au paiement de dommages et intérêts pour incitation à la discrimination et à la haine à l'égard des immigrés.
"Sous la pression de cette condamnation pénale, et de crainte de se voir privé de ses dotations publiques, le Vlaams Blok se réunit en congrès le 14 novembre de la même année afin de se dissoudre et de se refonder sous l'appellation Vlaams Belang. Conservant son sigle (VB) et son ancrage à l'extrême droite, le Vlaams Belang maintient ses priorités et défend les mêmes promesses électorales. Seuls quelques changements programmatiques assez mineurs sont apportés afin de donner l'image d'un parti davantage modéré. Le jour même de cette transformation, Filip Dewinter – cadre historique du parti – qualifie d'ailleurs celle-ci 'd'opération de manucure […]. Le parti n'est qu'un moyen pour réaliser notre programme. Ce programme ne change pas. C'est le combat pour un État flamand indépendant'."

4. Une marque plutôt qu'un sigle
À l'exception notable des historiques CVP, PSC et PVV (ancêtre de l'Open VLD/Anders), Benjamin Biard note que le repositionnement idéologique des partis ayant changé de nom est "timide, voire absent". "Il s'agit plutôt de se réaffirmer et de se libérer de certains labels qui ont parfois moins la cote, comme l'implique l'abandon du terme socialiste par Vooruit."
On constate aussi que les sigles n'ont plus la cote pour dénommer un parti, alors que notre époque est marquée par un désamour grandissant entre la population et les représentants politiques. Vooruit, Anders, Les Engagés, ces noms évoquent une idée, une ambition, un concept, plutôt qu'une idéologie ou la référence à un parti politique – d'ailleurs, dites dorénavant "mouvement" plutôt que "parti".
Lors d'une rencontre avec La Libre en juin 2024, Maxime Prévot, alors président des Engagés, avait expliqué avoir "fait appel à des boîtes de communication" pour trouver le nom du successeur du CDH. "On nous avait proposé plein de choses, ça allait dans tous les sens. Les boîtes de com' nous disaient qu'on est à une époque où les acronymes, les abréviations, c'est révolu. On voit cela un peu partout. En France, avec Les Républicains, Les Insoumis, Renaissance. Chez nous, avec Vooruit." Pour les centristes, ce sera donc Les Engagés, traduisant l'approche participative défendue par le parti ainsi que sa volonté d'être moteur de changement.
"Même s'il est impossible de savoir ce qu'il serait advenu en l'absence de tels changements [de nom], l'efficacité de ces derniers s'avère limitée", concluait Benjamin Biard en 2022. Les Engagés le feront peut-être mentir puisque la refondation de l'ex-CDH fut couronnée de succès en 2024. Reste à savoir si cette performance électorale (20 % en Wallonie, 10 % à Bruxelles) s'inscrira dans le temps long.
