Les ministres d'État n'ont plus la cote, la faute à "l'antipolitisme ambiant"
Le dernier à avoir été honoré par le Roi était l'ancien Premier ministre Charles Michel, en 2019.

- Publié le 31-03-2026 à 14h33

Une tradition est peut-être en train de se perdre. La dernière personnalité à avoir été nommée ministre d'État par le Roi était l'ancien Premier ministre Charles Michel (MR), le 31 octobre 2019, juste après sa sortie de charge. Cela fait donc près de six ans et demi qu'il n'y a plus eu de nouveau ministre d'État, un délai exceptionnellement long.
À en croire l'encyclopédie en ligne Wikipédia qui reprend une liste officieuse de plus de deux cents ministres d'État, la période la plus longue entre deux désignations fut de onze ans, entre juillet 1934 et septembre 1945 – une période marquée, il est vrai, par la Seconde Guerre mondiale. Suivent les périodes entre décembre 1950 et décembre 1958 (huit ans) et entre juin 1985 et mars 1992 (quasi sept ans). La séquence en cours pourrait donc bientôt passer en troisième position.
Conseillers de la Couronne
Le titre de ministre d'État est un titre honorifique accordé par le Roi, sur proposition du Premier ministre, "à des personnalités qui ont connu une carrière politique de premier plan", explique le Crisp (Centre de recherche et d'information socio-politiques) dans son "Vocabulaire politique".
À ce jour, il n'y a pas de projet concret visant à proposer des candidats comme ministres d'État.
Les ministres d'État et les ministres en fonction, développe le Crisp, composent ensemble le Conseil de la Couronne, "une instance purement consultative", informelle, sans aucune existence juridique, présidée par le Roi. "Stricto sensu, le Conseil de la Couronne s'est réuni à quatre reprises dans l'histoire de la Belgique" : le 16 juillet 1870, face à l'imminence d'un conflit entre la France et la Prusse ; les 2 et 3 août 1914, juste avant l'offensive allemande ; le 2 mai 1919, à la suite du Traité de Versailles et le 18 février 1960, en amont de l'indépendance du Congo.
"Dans le cadre de la Question royale (portant sur le retour du roi Léopold III après la Seconde Guerre mondiale, NdlR), deux dates peuvent également être mentionnées", les 23 mars et 22 juillet 1950, conclut le Crisp.
Les chefs de cabinet du Roi
"À ce jour, il n'y a pas de projet concret visant à proposer des candidats comme ministres d'État", a fait savoir le Premier ministre Bart De Wever (N-VA) dans une réponse parlementaire.
En 2019, "Charles Michel s'était auto-désigné", ironise un ancien ministre fédéral. "Il était de tradition d'accorder le titre de ministre d'État aux anciens Premiers ministres", réplique l'entourage de Sophie Wilmès (MR), qui avait succédé à M. Michel au "16, rue de la Loi" et proposé au Roi le nom de son prédécesseur.
Il y a 29 ministres d'État encore en vie, dont seulement deux femmes, Magda Aelvoet et Annemie Neyts.
Cela fait un petit temps que les désignations de ministres d'État se font au compte-gouttes. Il y a eu les deux anciens chefs de cabinet du Roi – Frans van Daele en novembre 2017 et Jacques van Ypersele en juillet 2013 – et l'ancien Premier ministre Yves Leterme (CD & V), également à la fin de son passage au "16".
Avant cela, les ministres d'État étaient plutôt nommés en cohorte. Le titre avait par exemple été accordé à six personnalités en 2009 – une par parti composant la coalition gouvernementale de l'époque (PS, SP.A, MR, Open VLD, CDH, CD & V) –, six aussi en 2004, dix en 2002 et cinq en 1998.
À peine deux femmes ministres d'État
Pourquoi une telle frilosité aujourd'hui ? "Dans le contexte de l'antipolitisme ambiant, pas sûr que nommer des ministres d'État eût été une bonne idée, sauf peut-être pour moderniser la fonction ou féminiser un peu le Conseil de la Couronne", se souvient Georges Gilkinet, qui fut vice-Premier ministre Écolo dans le précédent gouvernement. Ni Sophie Wilmès ni Alexander De Croo (Open VLD, devenu Anders), les deux derniers Premiers ministres, n'ont d'ailleurs eu droit – pour le moment – à cet honneur.
Force est de constater qu'Alexander De Croo n'a pas proposé au Roi d'accorder le titre à Sophie Wilmès, avec qui – c'est de notoriété publique – il entretenait de mauvaises relations. De même, Bart De Wever, qui se présente comme l'anti-De Croo, n'a sans doute pas très envie d'honorer ce dernier.
Selon la liste communiquée par le Palais royal à La Libre, il y a 29 ministres d'État encore en vie. Dont seulement deux femmes : Magda Aelvoet, vice-Premier ministre dans le gouvernement Verhofstadt I, et Annemie Neyts, ancienne députée européenne.