Raoul Hedebouw : "Le point commun de ceux qui ont quitté le PTB c'est l'individualisme"
Pour le président du parti, les départs de certains de ses députés sont surtout liés à la question financière et à leur volonté de tout garder pour eux.

- Publié le 25-04-2026 à 07h00

En début de semaine, le PTB a vu la députée wallonne Rachida Ait Alouha quitter le parti tout en conservant son mandat au Parlement wallon. Il y a quelques semaines, son collègue Jori Dupont faisait de même. Ces dernières années, deux autres départs avaient déjà eu lieu : celui de Youssef Handichi, parti au MR avant les élections, et celui de Soulaimane El Mokadem, qui siège comme indépendant au Parlement bruxellois depuis mars. Y a-t-il une crise au PTB ? Son président, Raoul Hedebouw, expose sa vision des choses.
À vos yeux, quelle est la cause de ces départs ? Broyez-vous les gens, comme certains vous le reprochent ?
Non. Le premier élément, c'est que ce sont des maux de croissance. En moins de vingt ans, nous sommes passés de 1 000 à 25 000 membres, de zéro député à plus de cinquante. Il y a beaucoup de réussites et parfois des expériences négatives. Le PTB a voulu envoyer dans les Parlements des non-professionnels de la politique, et cela entraîne des défis d'encadrement et de formation. Mais je vais être clair, le PTB c'est un collectif. Les mandats des députés ne sont pas des trophées personnels, ils sont le résultat d'un militantisme collectif.
Ils ne la jouaient pas collectif ?
Le point commun que l'on retrouve chez ceux qui nous ont quittés, c'est l'individualisme. Ils voulaient apparaître davantage sur les photos. L'individualisme est une valeur dominante dans notre société capitaliste.
Il y a quand même des personnalités qui émergent. Qui décide qui est mis en avant au PTB ?
On a une discussion démocratique entre nous sur qui on veut mettre en avant, mais il y a beaucoup de gens qui émergent. Ces députés qui nous ont quittés avaient une visibilité mais ils en voulaient davantage. Pour nous, c'est le groupe qui décide. L'autre problème est leur individualisme dans leur rapport à l'argent. Les députés du PTB vivent avec un salaire de travailleur. La raison de ces départs est la volonté de garder entre 7 000 et 10 000 euros nets liés à leurs mandats.
Il vous est reproché aussi de vouloir capter l'héritage que pourrait toucher un membre…
Ça ne concerne pas les députés. Il y a un débat chez nous pour les cadres du parti parce que l'héritage est un mécanisme de reproduction des inégalités. Si un cadre devait toucher un héritage important, l'idée est de l'encourager à le dépenser plutôt dans un projet social par exemple, mais il n'y a pas d'obligation, contrairement aux salaires des députés.
Il y a différentes strates dans votre parti, mais qui dirige vraiment ?
Nous sommes un vrai collectif. Quand je vois le pouvoir centralisateur des autres présidents de partis, c'est incroyable. Georges-Louis Bouchez décide de nommer qui il veut quand il veut, je n'ai pas ce pouvoir-là. Notre collectif c'est d'abord le bureau du parti puis le conseil national, (NdlR : composé d'un peu plus de quarante personnes) qui dirigent le PTB. Nous avons énormément de discussions. Il y a chez nous une émancipation, une aide, une solidarité et beaucoup témoignent de cette réalité démocratique. Mais une fois que nous avons décidé, on tire ensemble le projet.
Vous pensez toujours qu'il faut des années pour qu'un membre soit bien formé sur le projet politique du parti ?
Ce qui me frappe chez ceux qui nous ont quittés, c'est la compréhension du projet politique. Quand Youssef Handichi qui est aujourd'hui au MR dit qu'il trouve normal qu'un maçon travaille jusqu'à 67 ans, il est clair qu'il n'avait pas compris le projet politique du PTB et qu'il n'y avait pas sa place. Quand Jori Dupont dit qu'il ne croit pas à une rupture avec le capitalisme, j'ai envie de dire que sa place est plutôt au PS. S'ils font un autre choix politique OK, mais pourquoi gardent-ils alors le mandat de député qui est le fruit du travail de milliers de militants ?
Néanmoins, les voix se sont portées sur eux, non ?
S'ils sont honnêtes, ils savent que c'est un vrai collectif qui leur a permis d'être élus. Parce que dans les autres partis, ce sont ceux qui passent à la télé qui sont élus. Aujourd'hui, tous les regards se posent sur le PTB, mais produit-on autant d'analyses quand le fils Maingain quitte Défi, ou quand Monsieur De Maegd quitte le MR ? De tels départs se rencontrent dans tous les partis.
Attendez-vous d'autres départs ?
On espère que non, bien sûr.
Jori Dupont disait que toute sa vie sociale passait par le PTB. Est-ce une obligation ?
Pas du tout. Nous sommes un parti qui encourage tous nos députés à aller à la rencontre des gens. C'est n'importe quoi de penser qu'il y a contrôle social au PTB.
Le pouvoir à d'autres niveaux que le communal, comment l'envisagez-vous ?
Monter au gouvernement pour faire quoi ? Est-ce que le PTB bloquerait les salaires comme le PS l'a fait ? Jamais. C'est une option le pouvoir, il ne faut jamais dire jamais, mais tout est une question de rapport de force. Nous gagnons en expérience au niveau communal dans un contexte budgétaire difficile, mais c'est une riche expérience. Quand Jori Dupont reproche au PTB d'être un parti révolutionnaire, c'est qu'il n'a rien compris, nous l'avons toujours dit.