Le plan de Frank Vandenbroucke pour économiser 638 millions dans les soins de santé
C'est ce qui ressort de la lettre de mission que le ministre Vandenbroucke prépare à l'attention des mutualités et dispensateurs de soins, chargés de confectionner le budget 2027 des soins de santé. Le plafonnement de l'indexation des honoraires des médecins y est repris.

- Publié le 15-07-2026 à 06h32

Le secteur de la santé sait à quoi s'en tenir. D'ici à 2029, fin de la législature, il devra réaliser des économies complémentaires de 638 millions d'euros pour maintenir le budget des soins de santé sur les rails. Ce montant s'ajoute aux 907 millions déjà économisés en 2025 et 2026 et aux "gains d'efficience structurels" attendus par le gouvernement (684 millions pour 2029, dont 247 millions dès 2028).
Le ministre fédéral de la Santé, Frank Vandenbroucke (Vooruit), est en train de finaliser la "lettre de mission" qu'il doit remettre pour le 20 juillet aux représentants des mutualités et des dispensateurs de soins afin que ceux-ci préparent le budget 2027 des soins de santé. La Libre a pu se procurer cette lettre de mission. Elle dresse le cadre budgétaire dans lequel les acteurs de la concertation doivent s'inscrire et leur fixe des lignes directrices.
Le budget des soins de santé s'élèvera à 46,513 milliards d'euros en 2027. C'est 1,987 milliard de plus qu'en 2026. Cette augmentation vient de la norme de croissance des soins de santé – fixée par le gouvernement à 2 % en 2027, soit 844 millions d'euros – et de l'indexation des moyens prévus pour les prestataires de soins et les établissements de soins (2,9 %, soit 1,142 milliard d'euros).
Un effort sur trois ans
Selon les estimations les plus récentes, cet objectif budgétaire devrait être dépassé de 171,5 millions d'euros en 2027 : 117,3 millions viennent des spécialités pharmaceutiques et 54,2 millions des autres secteurs des soins. Des mesures d'économie devront donc être prises pour résorber ce dépassement.
La lettre de mission chiffre aussi l'effort supplémentaire attendu pour les deux années suivantes. Il sera de 170,6 millions d'euros en 2028 (dont 90,1 millions pour les spécialités pharmaceutiques) et de 296,1 millions en 2029 (dont 163,6 millions pour les spécialités pharmaceutiques). Faites les comptes. "Sur la base des estimations techniques actuelles, un effort cumulé de 638 millions d'euros est attendu sur la période 2027-2029", écrit le ministre Vandenbroucke dans la lettre.
"Le dépassement budgétaire pour 2027 reste limité […] mais il doit être considéré dans une perspective pluriannuelle plus large, poursuit-il. Il est important de prendre dès maintenant des mesures ciblées qui non seulement soutiennent le budget 2027, mais contribuent également à une trajectoire structurellement viable pour les années suivantes."
Les stérilets mieux remboursés
Parmi ces mesures – encore peu détaillée à ce stade –, il est envisagé de "supprimer ou […] revoir le remboursement des médicaments dont l'efficacité n'a pas été suffisamment démontrée". Le gouvernement veut aussi mieux tirer profit de la concurrence entre les firmes pharmaceutiques pour "[obtenir] des prix plus bas sans faire de concessions sur la qualité du traitement".
Le gouvernement envisage de plafonner "l'indexation pour les prestataires de soins". La mesure déjà prévue pour les salariés s'appliquerait aussi aux médecins, dentistes, kinés, etc.
En parallèle, des moyens seront dégagés pour financer "des objectifs prioritaires en matière de soins". On parle de 23 millions d'euros en 2028, pour monter à 83 millions en 2029. Il est notamment prévu d'étendre le remboursement des stérilets, un moyen de contraception à long terme. Dont coût : 5,2 millions d'euros.
Il est aussi question de "permettre l'accès à la kinésithérapie sans prescription, dans un premier temps dans le domaine musculo-squelettique". Cette mesure s'inscrit "dans une optique de prévention des absences au travail, par exemple en cas de problèmes de dos".
Saut d'index sur les honoraires
Enfin, comme La Libre le révélait lundi, le gouvernement envisage de plafonner "l'indexation pour les prestataires de soins pour 2026 et 2028". Le plafonnement de l'indexation (indexation en centimes ou "centenindex") prévu pour les salariés s'appliquerait aussi aux dispensateurs de soins (médecins, dentistes, kinés, etc.).
Selon les estimations citées par la lettre de mission, la pleine indexation (2,9 %) des soignants correspond à un montant de 697 millions d'euros en 2027. Le plafonnement de l'indexation de leurs honoraires rapporterait environ 280 millions, mais ce montant reste très incertain car il dépendra des modalités de plafonnement in fine retenues.
Le ministre précise aussi que "la marge budgétaire ainsi dégagée" sera réinvestie "pour financer de nouvelles initiatives ou pour revaloriser certains honoraires qui sont actuellement insuffisamment rémunérés".
Les représentants des mutualités et des dispensateurs de soins, réunis au sein du Comité de l'assurance de l'Inami (Institut national de l'assurance maladie-invalidité), doivent remettre leur proposition de budget des soins de santé pour début octobre.