Un smiley sur la main, signe des Belges à Kaboul : voici comment s'est déroulée l'opération Red Kite
La Défense a fait mercredi le bilan de l'opération Red Kite, dans laquelle 313 soldats ont finalement été engagés.
- Publié le 22-09-2021 à 19h45
- Mis à jour le 23-09-2021 à 09h40

Des soldats écrasés par la chaleur et leurs 20 kilos d'équipement, des C-130 tous moteurs allumés sur le tarmac de l'aéroport de Kaboul et la foule qui désespérément tentait de grimper dans l'un des avions américains ou alliés : le colonel Tom Bilo, commandant du régiment des opérations spéciales, a raconté mercredi à la presse l'opération Red Kite telle qu'elle a été vécue fin août par les forces belges à Kaboul. C'était la plus importante évacuation de civils depuis le Rwanda en 1994.

Les choses sont allées vite. Vingt-quatre heures après la chute de Kaboul aux mains des talibans, le kern lançait au soir du 16 août l'opération qui a permis, au final, d'évacuer 1 412 ressortissants belges et ayants droit de la capitale afghane.
Trois C-130 ont effectué les rotations à partir d'Islamabad (Pakistan), où la Défense avait installé son QG à la résidence de l'ambassadeur, dans "une excellente coopération" avec les Affaires étrangères, a souligné l'Amiral Hofman, chef de la Défense, également présent à la conférence de presse.

Un douloureux tri sur base des listes
Une quarantaine de soldats et diplomates belges ont opéré à l'aéroport de Kaboul, tentant de repérer les ressortissants belges dans la foule. L'un des signes de reconnaissance convenu avec eux était un smiley griffonné sur le creux de la main. Un drapeau belge a également été utilisé.
"Il fallait rester professionnel, respectueux tout en sachant que certains ne pourraient pas être évacués. Des grands-parents ne se trouvaient pas sur la liste alors que les enfants s'y trouvaient. Émotionnellement, c'était dur", a raconté le colonel Bilo.
Pour délester les portes d'entrée de l'aéroport, où les menaces d'attentats se précisaient, les forces spéciales belges, sous coordination américaine, ont tenté deux évacuations par bus à partir du centre de Kaboul. Les ressortissants étaient appelés au rendez-vous par groupe WhatsApp.
Le premier bus a ramené 200 personnes à l'aéroport le 24 août. Le second, le lendemain, a échoué, les talibans ayant eu vent de ce genre d'opérations. "Ils voulaient éviter une fuite des cerveaux", a expliqué le colonel Bilo, qui précise que les soldats belges n'ont pas été autorisés par les forces américaines à sortir du périmètre de l'aéroport. "C'était un No Go", a-t-il dit.

L'attentat évité de justesse
L'opération s'est terminée le 25 août, 24 heures avant l'attentat qui a coûté la vie à une centaine de personnes dont treize soldats américains à l'Abbey Gate. "
Si nous avions été là, il y aurait eu des Belges dans le décompte
", a souligné le colonel.
En fin de course, puisqu'ils sont progressivement remplacés par les A400M, les C-130 se sont une fois de plus rendus utiles dans le ciel afghan. L'avantage est qu'ils sont dotés de flares déviant les éventuels tirs, ce qui n'est pas encore le cas de leurs successeurs.
Au final, l'armée belge a aussi réussi à évacuer une quinzaine de familles d'Afghans qui avaient coopéré avec elle au cours de dix-neuf ans d'opérations dans le pays. Elles sont accueillies pour le moment à Spa et à Lombardsijde.
Lundi à New York, la ministre des Affaires étrangères Sophie Wilmès a indiqué qu'il restait 480 noms sur les listes belges, dont 260 personnes de nationalité belge ou de double nationalité ainsi que leurs ayants droit.