La visite de François intrigue les Flamands : de nombreuses questions restent sans réponse
Vient-il pour essayer d'améliorer l'image de l'Église, si souvent pointée du doigt lorsqu'il s'agit des abus sexuels ?

- Publié le 22-09-2024 à 08h20

Qu'attendent les Flamands de la visite de François ? Il n'est pas facile de répondre à cette question tant les avis divergent. De nombreux Flamands estiment en effet que la foi fait partie de la sphère privée. D'autres avouent être allergiques à la religion. Et encore davantage à l'Église en tant qu'institution. D'autres enfin critiquent ou se moquent ouvertement de l'Église. En apprenant que le pape se rendait en Belgique, l'animateur de radio Tom De Cock a sévèrement critiqué l'Église catholique et ses "prêtres abuseurs d'enfants". Son courroux a cependant déclenché un tsunami de réactions contraires sur le web.
Selon nos informations, la KU Leuven peine à écouler ses 400 tickets gratuits (dont 200 pour la Paroisse Universitaire) pour la messe du pape le dimanche au Stade Roi Baudouin.
De ce fait, si une majorité de Flamands apprécie François, sa venue ne suscite pas un enthousiasme général. Beaucoup se réjouissent de sa présence sur le sol belge mais d'autres sont "étonnés" par sa venue. Pour certains, elle devra être l'occasion d'un examen de conscience de l'institution par rapport aux scandales des abus sexuels.
Sa venue, enfin, pose de nombreuses questions dans le nord du pays. Que vient-il faire ? Pour essayer d'améliorer l'image de l'Église, souvent pointée du doigt ? Pour encourager nos évêques, nos prêtres, pour tous ceux qui s'engagent dans l'Église ?
Oui à l'Évangile, non à l'Église ?
Historiquement, la Flandre et l'Église catholique ont eu des liens très puissants. L'Église catholique a marqué la Flandre de son sceau des années 1930 aux années 1990. La religion catholique, dominante et omniprésente, y a été hissée au rang de "religion d'État". Les temps ont cependant changé. La Flandre compte désormais de nombreux chrétiens contestataires ayant vécu la sécularisation de la région comme une véritable délivrance. Et le balancier est alors partis dans un mouvement contraire. Libérés du joug catholique, des chrétiens progressistes répètent désormais avoir trouvé Dieu hors du cadre ecclésial, et valorisent la dimension horizontale, humaniste de la foi, plutôt que sa dimension verticale. À leurs yeux, la foi sans les œuvres sociale est impensable.
Pour autant, les valeurs chrétiennes demeurent le socle et la boussole de leur engagement. C'est ce dont témoigne Bruno Vanobbergen, fraîchement nommé aux commandes de la fédération de l'enseignement catholique en Flandre. Pour ce pédagogue, la religion reste la base de nos valeurs communes. En revanche, il a pris du recul par rapport à l'Église. Pour lui, l'engagement social est fécond lorsqu'il est d'inspiration chrétienne.
Oui à l'Évangile, non à l'Église, pourrait être un des mantras de la Flandre face auquel "l'Église cherche sa place", observe le théologien Stijn Van den Bossche.
Quant aux catholiques qui demandent le baptême, leur démarche est plus individuelle, personnelle que sociologique, comme ce fut le cas par le passé. "Aujourd'hui, un chrétien adulte choisit lui-même s'il se fait baptiser ou non. Les initiations aux sacrements, c'est une démarche personnelle, c'est un apprentissage comme on apprend une langue étrangère", pointe le théologien Stijn Van den Bossche.
François plutôt que Benoit XVI
Si, dans ce contexte, la venue du pape François ne plait donc pas à tout le monde, le vaticaniste Emmanuel Van Lierde tient à nuancer ce constat. "L'image du pape François est relativement bonne en Flandre", insiste-t-il.
Selon lui, bon nombre de Flamands préfèrent le pape François à son prédécesseur Benoit XVI car "ils adhèrent davantage au discours du premier." Le pape actuel se focalise sur des thèmes d'aujourd'hui comme l'écologie, les migrants, la diversité, les plus faibles et les précarisés. "L'image du pape François est meilleure que celle de l'institution qu'il représente. Il veut réformer l'Église sans pour autant brûler les étapes. C'est un travail d'équilibriste apprécié par de nombreux chrétiens", observe Emmanuel Van Lierde qui estime que l'Église doit faire entendre sa voix dans les débats actuels.
Kamino avec "K" de "Katholiek"
Les sorties médiatiques de certains ne brideront pas l'enthousiasme des jeunes Flamands inscrits au festival de l'espérance (Hope Happening) organisé au Heysel les samedis 28 et dimanche 29 septembre. Sofi Van Ussel, la responsable de Kamino, la pastorale des jeunes en Flandre, confirme : "Beaucoup de jeunes ont envie de partager des moments forts. L'Église a besoin de missionnaires. Les jeunes veulent construire l'église de demain. Une Église synodale où chacun a sa place." Sofi Van Ussel souligne que le "K" de Kamino est aussi le "K" de "Katholiek" en néerlandais. Kamino est fier de son appartenance catholique. "La venue du pape François en Belgique est un beau cadeau. C'est avec joie et espérance que j'attends ce moment avec les jeunes", explique la responsable.
De l'espérance et de la ferveur, on en trouve encore en terre flamande. "Je constate beaucoup de piété un peu partout en Flandre", s'enthousiasme Luc Van Hilst, le recteur de la basilique de Montaigu. "La fréquentation des lieux de pèlerinage y est en forte hausse. Chez nous, des fidèles, chrétiens ou non, des passants, viennent allumer un cierge, ils viennent de partout en Belgique. J'en conclus que ce geste, simple et beau, a toujours la cote aujourd'hui", se réjouit le recteur.