Tentatives de censure de la presse belge : "S'il y a bien un pays où je ne m'attendais pas à voir ça, c'est en Belgique"
Le secrétaire général de la Fédération européenne des journalistes (FEJ), Ricardo Gutierrez, revient sur les tentatives de censure successives à l'encontre de journaux belges.

- Publié le 18-10-2024 à 14h25

Après l'affaire Conner Rousseau et la tentative de censure d'un article du journal Le Soir il y a quelques jours, c'est au tour du groupe Sudinfo d'être inquiété concernant des articles sur le Qatargate. Un enchaînement qui interpelle la presse belge ainsi que le secrétaire général de la Fédération européenne des journalistes (FEJ), Ricardo Gutierrez.
Après trois cas récents de tentatives de censure sur des journaux belges, atteint-on un point de basculement en matière de liberté d'expression ?
Nous n'avons jamais connu une situation pareille en Belgique. Il y a une accumulation d'affaires, dont une qui vise à censurer la presse préventivement, ce qui est interdit par la Constitution. Nous faisons donc face à une atteinte grave à la liberté d'expression. Nous ne comprenons pas pourquoi la justice s'acharne, alors qu'elle sait qu'elle est dans l'erreur.
En Belgique, il y a des tas de possibilités pour demander réparation à un journaliste : une procédure en diffamation, en calomnie, au conseil de déontologie… mais pas la censure. J'aurais d'ailleurs aimé que l'on saisisse le conseil de déontologie journalistique dans le cas de l'article de Sudinfo, cela aurait été plus proportionné. Mais une ministre de l'Intérieur (Annelies Verlinden, NdlR) qui attaque un média et qui demande que l'on censure à l'avenir des articles qu'il publie (ce que la ministre dément), c'est anticonstitutionnel.
À la Fédération européenne des journalistes, nous sommes habitués à ce type de situation dans d'autres pays d'Europe, mais s'il y a bien un pays où je ne m'attendais pas à voir ce genre d'action se multiplier, c'est en Belgique. Ces actions banalisent la censure d'un journal, et finissent par provoquer de l'autocensure. Nous vivons des cas de procédures judiciaires abusives où le but n'est pas d'obtenir réparation, mais de faire taire les journalistes en les submergeant de recours en justice.
Comment la presse belge peut-elle se prémunir contre de nouvelles tentatives de censure ?
La Commission européenne a déjà édicté une directive pour contrer ces procédures judiciaires abusives visant à empêcher le travail des journalistes (les SLAPP), mais cette dernière n'est valable que pour les affaires transnationales. Nous voulons donc que les États adoptent des lois "anti-SLAPP" qui visent les cas nationaux. L'autre moyen est de dénoncer ces pratiques, car le public n'y est pas assez sensible, alors qu'elles entravent le droit du citoyen à être informé.