"Ce qu'on ressent en tant que maman solo, c'est de la culpabilité. Et ça tire de tous les côtés"
Comment travailler et prendre soin des enfants quand on les élève seule ? Les mamans solos précaires, sans diplôme, sont activées vers de "mauvais emplois".

- Publié le 20-12-2024 à 06h41
- Mis à jour le 20-12-2024 à 07h04

Pour le parent qui élève seul ses enfants, il y a nombreux défis à relever. C'est encore plus vrai quand on est une femme en situation de précarité. En donnant la parole aux mères seules concernées en Wallonie, la Fédération des services sociaux (FDSS) documente, à force d'exemples et de paroles différentes, les difficultés auxquelles elles se trouvent confrontées.
Les mamans solos évoquent leurs difficultés liées à la mobilité, au logement, au rapport à l'emploi et à la précarité. Elles parlent de la stigmatisation qui pèse, des déboires avec la justice, des violences conjugales qui ne s'arrêtent pas quand le couple explose, de l'éducation des enfants…
Elle ne coche aucune case aux yeux d'un propriétaire
Ces expertises du vécu montrent, en pointillé, le manque d'envergure des politiques publiques existantes pour soutenir les familles solos. Le rapport de la FDSS ne verse pas dans les généralisations sur la monoparentalité mais soutient l'idée de concentrer les aides sur les mères isolées vivant la plupart du temps seules avec leur(s) enfant(s). Pour ce groupe, l'accès aux droits est particulièrement entravé. Certaines mamans (et donc leurs enfants), migrantes, sans-papiers, sans diplôme, sans insertion professionnelle, surexposées à la violence intrafamiliale… sont particulièrement fragilisées.
Premier obstacle majeur qui se dresse devant elles : le logement. De manière générale, l'accès au marché locatif est très compliqué quand on est seule avec enfants. Une maman raconte qu'elle doit quitter son logement au printemps, qu'elle n'a pas d'emploi, des gamins à charge et des animaux domestiques. Elle ne coche aucune case aux yeux d'un éventuel propriétaire. "Elle vit dans un état de panique à l'idée de se retrouver sans solution", lit-on dans le rapport.

Pas d'emploi plutôt qu'un mauvais emploi…
Pour augmenter leurs chances de se loger décemment, les mamans cheffes de famille doivent travailler. Mais là encore, l'équation est faussée dès le départ. Pour ces femmes généralement peu qualifiées, un "mauvais emploi" (avec un salaire très bas, des horaires décalés et des tâches pénibles) est plus délétère que pas d'emploi. Les conditions de ces postes ne leur permettent pas, ou plus, d'arriver à temps à la crèche, de conduire les enfants à l'école, de suivre les devoirs. Les politiques actuelles d'activation génèrent du stress et les mettent en porte-à-faux, à la fois dans leur rôle de mère et de travailleuse. "Ce qu'on ressent, c'est de la culpabilité et ça tire de tous les côtés. On est éclatées. Écartelées par la culpabilité."
Des conséquences sur la santé physique et mentale
Cette injonction paradoxale ("Tu dois travailler et, en même temps, être une bonne mère") renforce les jugements négatifs à l'égard des mamans solos qui n'ont pas besoin de ça pour rabaisser leur estime de soi. Dans de nombreux cas, cela impacte leur santé physique et mentale, constate la Fédération des services sociaux. L'activation vers le travail peut être positive si elle conduit à des emplois suffisamment rémunérés, qualitatifs et conciliables avec la prise en charge de leur(s) enfant(s), précise le rapport.
L'étude propose des pistes pour l'accompagnement social des parents solos et des recommandations pour l'action publique. Dont l'individualisation des droits sociaux et la suppression du statut de cohabitant, des revendications portées depuis plusieurs années par les acteurs de terrain et, plus récemment, par une institution comme le Service public de Wallonie.