Les étrangers devront s'intégrer avant même leur arrivée en Flandre
Le gouvernement flamand va encourager les personnes qui viennent en Belgique pour exercer un travail ou rejoindre un membre de leur famille à suivre des cours d'intégration dans leur pays d'origine. Des cours qu'il va rendre obligatoires à terme.

- Publié le 15-06-2025 à 08h18
- Mis à jour le 16-06-2025 à 16h27

La Flandre a servi d'exemple à ses voisins bruxellois et wallon en de nombreux domaines. Là où c'est le plus flagrant, c'est dans celui de l'accueil des personnes étrangères. La Flandre a ainsi été la première région à instaurer un parcours d'intégration pour les immigrés venant d'un pays non européen et désirant s'installer sur son sol. Elle l'a même très rapidement rendu obligatoire pour les personnes qui obtiennent pour la première fois un titre de séjour supérieur à 3 mois.
Ce parcours comprend un cours d'orientation sociale décrivant le mode de vie, le monde du travail, les normes et les valeurs en Belgique ainsi que des leçons de néerlandais. Les "intégrants" doivent s'y montrer assidus. S'ils ratent plus de 20 % des cours, ils risquent une amende administrative. Et ils doivent réussir les examens pour obtenir une attestation d'intégration et bénéficier d'un accompagnement pour trouver un emploi.
Les Bruxellois et les Wallons se sont longtemps méfiés de l'initiative flamande. Ils croyaient au départ y déceler un vieux remugle de racisme à la sauce Vlaams Blok et l'obsession entêtante du nationalisme flamand pour la défense du néerlandais. Mais, progressivement, ils ont fini par imiter leur voisin flamand. Après de longs atermoiements, Bruxelles et la Wallonie ont compris qu'il ne s'agissait pas – seulement ? – d'une tracasserie visant à décourager les étrangers de tenter l'exil. Mais d'un moyen de les guider dans leur adaptation sur leur terre d'accueil. Le parcours d'intégration est donc devenu obligatoire en Wallonie, puis à Bruxelles. Mais avec des moyens souvent plus limités qu'au nord du pays.
Avant de monter dans l'avion
La Flandre, de son côté, a choisi de reprendre un peu de large par rapport à ses deux homologues. Vendredi dernier, le gouvernement régional a décidé d'encourager les personnes désireuses de s'installer au nord du pays à commencer le parcours d'intégration avant de prendre l'avion et même avant d'obtenir le visa pour la Belgique. Ces cours – en ligne forcément – seront proposés aux étrangers qui souhaitent gagner la Flandre dans le cadre d'une activité professionnelle et d'un regroupement familial – les principaux canaux de la migration vers la Belgique. L'objectif est de gagner du temps. Et d'éviter les surprises. "Ces cours d'orientation sociale ne portent pas seulement sur la vie en Flandre, a déclaré mercredi au Parlement flamand Hilde Crevits (CD&V), la ministre flamande de l'Intégration sociale. Ils décrivent aussi les droits et obligations fondamentaux des personnes, le droit du travail et l'égalité entre les hommes et les femmes, une évidence ici, mais pas partout dans le monde."
De Standaard a pu jeter un œil sur la plateforme numérique qui délivre ce cours – comprenant 11 modules, répartis sur 60 heures. L'égalité entre les hommes et les femmes y fait effectivement l'objet d'une attention toute particulière. Le cours insiste aussi sur le fait que les personnes du même sexe sont autorisées à se marier et à adopter des enfants. Il explique également la différence entre le sexe biologique et l'identité de genre. Parfois, la description va loin dans les détails. Il est ainsi avancé qu'en Flandre, les garçons peuvent aussi jouer avec des poupées Barbie.
Il y a également un chapitre consacré à la culture du travail et à la façon de se comporter au bureau. On y apprend que partager des informations sur sa vie privée avec des collègues est courant, tout comme donner une poignée de main, manger un sandwich à midi et regarder quelqu'un dans les yeux lorsqu'on lui parle. Le candidat migrant devra aussi apprendre à connaître le nom des principaux syndicats du pays et reconnaître les logos du VDAB ou de l'Onem.
Une obligation qui s'étend
Le projet a suscité peu de résistance des autres partis. Même Groen et le PVDA se sont montrés assez mesurés dans leur opposition lors du débat au Parlement flamand. Des regrets plus vifs et plus nombreux ont été exprimés pour dire, non pas que le projet est mauvais, mais qu'au contraire, il ne va pas assez loin, que ce cours dispensé avant même l'arrivée des personnes étrangères sur le sol flamand devrait être rendu obligatoire et être assorti, déjà, d'un cours de néerlandais. Hilde Crevits ne les a nullement contredits. Elle s'est aussi montrée favorable à ces propositions. Mais elle a souligné que c'est le pouvoir fédéral qui peut permettre de rendre un tel cours obligatoire. En ajoutant que le gouvernement De Wever en avait a priori bien l'intention.