Chaque soir, le Samusocial doit refuser des familles qui ont besoin d'être hébergées en urgence : "Un enfant ne devrait jamais dormir dans la rue"
Le Samusocial réclame des mesures structurelles. Près de mille enfants, dont 150 bébés, ont été accueillis dans le dispositif bruxellois depuis le début de l'année.

- Publié le 17-11-2025 à 06h33

"Mon père avait frappé ma mère dans la tête et elle a commencé à saigner. Alors on a décidé de partir." Omar, 10 ans, raconte ainsi le début de son histoire d'errance. Il ne dort pas dans la rue mais dans un centre d'hébergement d'urgence, dédié aux familles, géré par le Samusocial à Bruxelles. Entre le 1er janvier et le 30 septembre 2025, ce dispositif d'urgence sociale a hébergé 8 418 personnes en famille, dont près de mille enfants (de 0 à 18 ans) et 604 gamins en situation d'exil (les Mena, mineurs étrangers non accompagnés). Une personne sur quatre qui dort dans un lit du Samusocial est un enfant.
Mais en ces rudes temps sociaux, tous n'ont pas cette chance dans leur malheur. Les 500 lits d'urgence mis à disposition par le principal acteur de mise à l'abri des familles en Région de Bruxelles-Capitale ne suffisent pas. La saturation des centres d'urgence est devenue un problème structurel.
Des mamans solos qui ont fui la violence d'un conjoint
Depuis janvier, plus de 6 000 personnes qui galèrent en famille n'ont pu être accueillies par le Samusocial. Chaque soir, les équipes doivent faire des choix impossibles. Chaque soir, elles doivent refuser du monde. "Nous, on est censés faire de l'urgence. Mais quand tout est urgent, comment hiérarchiser ?", interroge Emie, travailleuse sociale au centre pour familles d'Evere. "Il y a des critères de vulnérabilité et parfois, on doit annoncer des fins d'hébergement. C'est dur, surtout quand il y a des enfants. Ces enfants n'ont rien demandé."
Près de 70 % des familles hébergées par le Samusocial sont composées de mamans solos avec enfant(s). Un tiers d'entre elles, comme la maman d'Omar, ont fui un conjoint violent, perdant du jour au lendemain leur logement – et parfois aussi leur droit de séjour. Ces mères se retrouvent dans des centres d'urgence saturés et inadaptés à leurs besoins.
"La moitié de mes affaires sont sous mon lit"
En principe, chaque famille dispose d'une chambre mais il arrive que deux mamans doivent partager le même espace. Cette proximité imposée peut générer des tensions supplémentaires. "On n'a pas beaucoup de place pour ranger. La moitié de mes affaires sont sous mon lit", explique Omar.
Conçus pour un accueil temporaire, les centres d'urgence deviennent parfois des lieux de vie où les petits grandissent. Tous les enfants hébergés vont à l'école, un précieux point d'ancrage dans un quotidien marqué par l'incertitude. Même si les frais liés à la scolarité pèsent financièrement sur les familles les plus précaires. Ne pas pouvoir participer à une sortie scolaire ou ne pas avoir le matériel demandé en classe, ça peut être "la honte" pour les gamins. "J'ai peur que les autres de l'école entendent que je vis au centre et rigolent de moi", dit Sofia (9 ans).
De nombreux bébés
Les espaces ne sont pas adaptés à un hébergement de longue durée : pas de repas en famille, pas de bain du soir, pas de copains invités… Le quotidien et les rituels familiaux sont donc profondément perturbés. Cela touche en particulier les plus petits. Le Samusocial a mis en place une cellule Petite enfance chargée de soutenir les parents et de veiller au développement des tout-petits. Depuis le début de l'année, 150 bébés de moins d'un an ont été accueillis, dont 28 directement après la sortie de la maternité.
Si l'hébergement d'urgence ne permet pas, dans sa forme actuelle, d'assurer un cadre propice au développement des enfants, il reste indispensable pour éviter le pire. "Aucun enfant ne devrait jamais dormir dans la rue. Jamais", assènent les responsables du Samusocial.
À l'occasion de la Journée internationale des droits de l'enfant – le 20 novembre -, ils appellent les responsables politiques à prendre des mesures urgentes et structurelles pour garantir un accueil digne et adapté aux besoins des enfants qui passent par la case accueil d'urgence, tout en s'assurant que cela reste une solution de courte durée. Le Délégué général aux droits de l'enfant, Solayman Laqdim, et la Ligue des familles s'associent à ce plaidoyer.