"Mode d'emploi pour prendre une douche quand on n'a plus de salle de bain" : le secteur qui lutte pour la fin du sans-abrisme lance un cri d'alarme
Les coupes budgétaires envisagées en Wallonie menacent des dispositifs d'aide déjà fragiles. Ce qui entraînerait (encore) plus de personnes laissées à la rue. Une campagne de sensibilisation est en cours.

- Publié le 24-09-2025 à 18h40

En juin 2021, la Belgique a signé la Déclaration de Lisbonne, un engagement européen pour mettre fin au sans-abrisme d'ici 2030. Avec cinq grandes priorités : personne ne dort dans la rue ; personne ne reste trop longtemps dans un hébergement d'urgence ; personne ne sort d'une institution (prison, hôpital, maison de soins psychiatriques) sans solution de logement convenable ; personne n'est expulsé sans solution de relogement ; personne n'est discriminé en raison de son statut de sans-abri.
Une hausse jamais vue jusqu'ici
À quatre ans et trois mois de l'échéance, on reste très loin de cet objectif. Les chiffres des derniers dénombrements sont désespérants. Dans la capitale de l'Europe, 10 000 personnes sans abri ou mal logées ont été recensées par Bruss'Help dans son rapport préliminaire 2025. Soit une augmentation de 25 % en deux ans à peine – du jamais vu. Le constat est aussi alarmant au sud du pays où on estime que 20 000 personnes sont sans chez-soi. Sans compter celles qui risquent de le devenir.
Dans ce contexte, les fédérations représentant les services wallons d'accueil et d'hébergement pour personnes en situation de précarité (Ama et Arca) ont lancé une campagne qui vise à interpeller le gouvernement wallon et sensibiliser l'opinion publique. En déconstruisant les idées reçues sur les publics concernés mal logés ou sans toit par des petits "modes d'emploi" : pour prendre une douche quand on n'a plus de salle de bain, pour créer du lien quand on l'a perdu, etc.
Des bébés, des vieux, des travailleurs pauvres…
Derrière les chiffres vertigineux, il y a des familles avec des bébés, des femmes qui fuient la violence domestique, des jeunes en errance à la sortie d'institutions, des vieux isolés et sans ressources, des personnes avec des troubles mentaux, des travailleurs pauvres…
Les acteurs de terrain qui interviennent dans les accueils de jour, les abris de nuit, les maisons d'accueil, les maisons communautaires ou dans la rue tirent le signal d'alarme à l'approche de la confection du budget wallon 2026. "Les moyens annoncés restent très éloignés des besoins et des ambitions en matière de sortie du sans-abrisme", déplorent les fédérations. Pire encore : des coupes budgétaires sont envisagées. Si les subventions ne sont pas reconduites, cela mènerait à des suppressions d'emploi qui fragiliseraient encore des dispositifs d'aide déjà sur le fil. Question subsidiaire : où la Région wallonne va-t-elle dénicher l'argent pour compenser le retrait du financement du fédéral accordé dans le cadre du Plan Grand Froid aux grandes villes (Bruxelles, Liège, Charleroi, Anvers et Gand) ?
Face à cette réalité criante, il y a urgence. "Un pas en arrière serait dramatique : il signifierait moins de solutions, plus de personnes laissées à la rue et une pression insoutenable sur des équipes déjà à bout."
Un choix politique exigeant, pas un slogan creux
La campagne "Mode d'emploi pour une stratégie de sortie du sans-abrisme" vient rappeler qu'"il n'existe pas de baguette magique, à moindre coût", pour atteindre cet objectif. Il s'agit d'une mission d'intérêt public qui nécessite une vision d'ensemble ainsi qu'une mobilisation cohérente de tous les partenaires concernés, insiste le secteur.
Mettre fin au sans-abrisme n'est pas un slogan creux qu'on brandit pour se donner bonne conscience, mais un choix politique qui exige des actes et des moyens : un investissement massif dans le logement abordable et un financement solide et pérenne des services d'accueil, d'hébergement et d'accompagnement.