L'interdiction des réseaux sociaux aux plus jeunes divise le monde politique : "C'est le système le plus dangereux qu'on puisse mettre en place"
Vanessa Matz (Les Engagés) dénonce les propos "gravissimes" de Cieltje Van Achter (N-VA), qui compare son projet d'interdiction des réseaux sociaux aux plus jeunes à "Big Brother".

- Publié le 07-04-2026 à 19h41

L'interdiction d'accès aux réseaux sociaux pour les plus jeunes devrait bientôt se concrétiser en Belgique, à l'instar de nombreux autres pays à travers le monde. Le Fédéral prépare actuellement un système de vérification de l'âge des utilisateurs des réseaux sociaux. Celui-ci reposera sur "un tiers de confiance agréé (du type Itsme ou MyGov, NdlR) qui attestera du respect du seuil d'âge sans transmettre d'informations personnelles aux plateformes", explique la ministre fédérale en charge du Numérique, Vanessa Matz (Les Engagés). Ce système devrait être finalisé d'ici l'été.
Mais la ministre flamande des Médias ne l'entend pas de cette oreille… Dimanche, Cieltje Van Achter (N-VA) a indiqué que, du côté flamand, il est plutôt question de rendre effective la règle déjà existante – mais peu respectée dans les faits – d'un âge minimal requis de 13 ans. Pour ce faire, elle compte sur un "contrôle contraignant" émanant des plateformes de réseaux sociaux elles-mêmes. Pour la nationaliste flamande, la solution prônée par le Fédéral s'apparente à Big Brother.
Des propos "gravissimes"
Interrogée par La Libre, Vanessa Matz dénonce des propos "gravissimes". "Laisser penser que faire appel à un tiers de confiance pour la vérification effective de l'âge sur les réseaux sociaux consisterait à être 'Big Brother' donne de l'eau au moulin à des thèses complotistes, des fake news. Ce sont les réseaux sociaux qui sont 'Big Brother'", s'agace-t-elle. Pour elle, le projet flamand reviendrait à "leur indiquer où est la porte et à leur donner la clé pour accéder à toutes les préférences des jeunes."
Actuellement, le niveau européen fixe – via le RGPD – une fourchette qui s'étend de 13 à 16 ans pour l'âge minimum auquel les jeunes peuvent accéder aux réseaux sociaux. En Belgique, l'âge choisi et inscrit dans une loi fédérale est 13 ans. Mais dans les faits, nombreux sont les jeunes qui contournent la règle pour s'inscrire sur les plateformes avant cet âge. "Les plateformes sont déjà logiquement censées contrôler l'âge, mais elles ne le font pas", fait remarquer Vanessa Matz.
Selon la Ministre, le résultat ne serait pas plus favorable si l'on rendait cette mesure coercitive. Les réseaux sociaux mettraient alors en place des systèmes de vérification sur base des informations personnelles du jeune, en analysant par exemple les photos qu'il publie ou son comportement en ligne, afin d'en déterminer l'âge. Or, "c'est exactement ce que Cieltje Van Achter reproche à Itsme ou à MyGov, c'est-à-dire pomper un maximum d'informations sur la consommation, les goûts, et les préférences des jeunes", souligne Vanessa Matz. "La vérification par les plateformes elles-mêmes, c'est le système le plus dangereux qu'on puisse mettre en place, au niveau de la sécurité du jeune sur le web et sur la nécessaire protection de sa vie privée."
La ministre fédérale insiste par ailleurs sur le fait que ces applications d'identification numérique telles que Itsme ou MyGov ne collectent aucune donnée et qu'elles sont déjà largement utilisées pour valider des opérations bancaires, notamment. "Ici, l'application se demandera simplement si le jeune a l'âge minimum requis. Elle répondra seulement 'oui' ou 'non' et pas 'non parce qu'il n'a que 12 ans'", justifie-t-elle. "Quand un jeune veut entrer en boîte de nuit, le sorteur lui demande sa carte d'identité pour vérifier s'il a l'âge requis. C'est exactement la même chose ici." Contrairement à sa collègue flamande, Vanessa Matz entend aussi cibler tous les réseaux sociaux, sans exception. "Si l'âge n'est contrôlé que sur quelques plateformes, tous les contenus nocifs et dangereux migreront vers les autres", craint la Ministre.
Aucune concertation
Au-delà de son fond, le projet de décret porté par Cieltje Van Achter dérange aussi par sa forme. "Il s'est fait sans aucune concertation avec le Fédéral", regrette Vanessa Matz. Selon elle, la nationaliste flamande "veut simplement donner le sentiment aux parents inquiets que l'on fait ce qu'il faut, sans réaliser l'exercice complet des auditions et concertations que nous avons fait avec le Parlement. Mais en faisant cela, elle fragilise et décrédibilise ces systèmes de vérification."
Quoi qu'il en soit, la compétence dépend du Fédéral, assure Vanessa Matz. Tant la limite d'âge (qui doit encore être définie) que le système de vérification sont de son ressort. Pas question donc de voir naître deux réglementations régionales distinctes sur le sujet. Tout le monde se pliera à la même législation fédérale.