Pierre Fontenelle, une voix puissante et douce
En concert au Grand Manège, le jeune violoncelliste explorait les racines de son art
- Publié le 17-01-2025 à 16h46
- Mis à jour le 17-01-2025 à 19h28

C'est un artiste d'une profonde originalité, tombé du ciel en 2016 – à vrai dire de Seattle (États-Unis), où il passa son enfance et apprit la musique et le violoncelle en autodidacte – , suivant ensuite une formation classique à Luxembourg, à Namur (IMEP) et à Paris, gagnant au passage une foule de prix et de distinctions, et entrant aussitôt comme violoncelle-soliste à l'Opéra Royal de Wallonie-Liège et comme professeur à l'IMEP. Musicien d'envergure, virtuose de son cher instrument, poète à ses heures, communicateur hors pair – il présente lui-même ses concerts au public -, Pierre Fontenelle, retrace aujourd'hui son parcours à travers un programme intitulé Roots (Racines). Il donnait celui-ci jeudi au Grand Manège, à Namur, porté par l'acoustique miraculeuse de la salle et le silence d'un public littéralement suspendu à son archet.
Trois femmes de la jeune génération
Que Bach fasse l'ouverture ne surprendra personne, même si la Suite n°2 en ré mineur est loin d'être la plus connue, laissant sourdre, dès le prélude, une vague mélancolie qui ne cédera que devant l'impétuosité de la gigue finale. Fontenelle mène tout cela à sa manière : le lyrisme y est souverain tandis que l'harmonie sous-jacente semble n'avoir d'autre fonction que de porter le chant, et le discours. Car, chez notre poète, l'art de chanter est indissociable de l'art de dire, on peut donc bien parler de "rhétorique", une quadrature du cercle qui caractérisera tout le récital. Après avoir rendu hommage à Bach, l'enfant de Seattle est promptement reparti outre Atlantique, portant ses choix sur de jeunes compositrices d'aujourd'hui, à commencer par la flamboyante Caroline Shaw (1982), dont In Manus tuas – sur laquelle le violoncelliste pousse même la chansonnette -, garde encore l'œil et l'oreille tournés vers le Cantor. Avec Sandhiprakash, Reena Esmail (1983) tente la fusion entre musique classique de l'Inde du Nord (modale) et musique classique occidentale (harmonique) et, miracle, aboutit un résultat convaincant dans lequel, une fois encore, le "lyrisme rhétorique" de Fontenelle fait merveille. La troisième musicienne en jeu était la compositrice et violoncelliste espagnole Andrea Casarrubios (1988), dont Seven, pièce inspirée du premier confinement, au printemps 2020, répandit dans l'auditoire une immense émotion.
Dématérialisation
Il était impossible de ne pas convoquer Ligeti à la fête : sa Sonate fut une nouvelle confirmation de la capacité du violoncelliste à transformer les œuvres les plus complexes en pure lumière, en révélation, en confidence exclusive. Un dernier pour la route : ce sera Little Wing de Jimi Hendrix, librement transcrit pas le héros du jour, "avec un petit interlude irlandais, ça n'a pas de sens mais moi, ça ne me gêne pas."
À retrouver le 31 janvier à Flagey – www.flagey.be