"Blind Sherlock" : on ne voit bien qu'avec les oreilles
Inspirée d'une histoire vraie, la série est emmenée par un formidable acteur mal-voyant, Bart Kelchtermans.

- Publié le 24-01-2026 à 16h01

Roman (Bart Kelchtermans), non-voyant depuis un terrible accident survenu dans son enfance, mène une existence plutôt paisible auprès de Caro, sa compagne enceinte. Il travaille au sein d'un centre d'appels mais ne se sent pas "utile". Lui, dont le père était dans les forces de l'ordre, décide alors de postuler au sein de la police, qui a besoin "d'oreilles" pour analyser des données en lien avec le trafic de drogue qui fait rage dans le port de Rotterdam. Si son arrivée au commissariat suscite l'étonnement, il s'impose rapidement comme l'un des meilleurs quand il s'agit d'entendre ces petits détails qui font toute la différence. Flanqué de son chien Sam, Roman devient donc un membre de la brigade emmenée par le truculent Nico (Frank Lammers). Mais derrière la bonhomie du service se cache la part sombre d'un job dangereux, dont le néophyte va rapidement comprendre les enjeux.

Inspirée de l'histoire de Sacha Van Loo, aveugle de naissance qui a travaillé pendant des années pour la police d'Anvers, l'histoire de Blind Sherlock a ceci de malin qu'elle nous embarque directement au cœur du sujet. En nous faisant assister au test que passe Roman pour décrocher le job, on jubile par avance de le voir moucher le trio d'inspecteurs qui ne croit pas en lui. C'est d'autant plus plaisant que, lorsque l'on entre dans la tête du héros, l'image change, se sature en couleurs et passe au "fish eye". Roman ôte alors ses lunettes noires et "voit" les scènes comme s'il y était, mais avec ses oreilles. C'est bluffant.
Humour, tendresse et humanité
Ce qui l'est également, c'est que la série est pleine d'humour, de tendresse et d'humanité et qu'elle est construite de telle manière que l'on découvre, peu à peu, les traumas qui ont conduit Roman, trente ans, là où il est aujourd'hui.
Si la distribution de Blind Sherlock – coproduction entre les Pays-Bas et la Belgique – compte de nombreux Néerlandais, Bart Kelchtermans, lui, est belge. Voici quatre ans, ses nerfs optiques l'ont lâché en quelques mois seulement. Depuis, il ne voit plus que du coin de l'œil gauche. Ce qui ne l'a pas empêché de passer le casting de la série et d'être choisi. "Je dois dire que cette production a beaucoup contribué à mon processus de guérison", expliquait récemment le néocomédien dans Humo. "Certes, il était parfois assez difficile d'interpréter un personnage que je fuyais encore à l'époque – je ne voulais absolument pas être "l'aveugle". Mais aujourd'hui, je peux l'affirmer en toute sincérité : j'ai fait la paix avec cette situation." Une belle leçon de résilience.
Blind Sherlock
Série créée par Bart Kelchtermans, Kristof Hoefkens et Marteen Goffin Avec Bart Kelchtermans, Frank Lammers, Sigrid ten Napel,… Netflix 6 x 50 minutes environ.