Freida McFadden n'est pas une IA
L'auteur vient de publier "La Locataire", un page-turner efficace mais bourré de répétitions, jusqu'à l'absurde.

- Publié le 11-02-2026 à 13h21
- Mis à jour le 11-02-2026 à 14h13

C'est l'un des auteurs les plus lus au monde, l'un des plus prolifiques, aussi. D'ici fin 2026, outre La Locataire, qui vient d'arriver en librairies, Freida McFadden prévoit de sortir Le Divorce (ou L'Intruse, le choix n'est pas arrêté) en mai et Dear Debbie, en octobre. Depuis La Femme de ménage, en 2022, elle a publié pas moins de onze thrillers. Hollywood n'a pas manqué de s'emparer du phénomène et son livre emblématique, adapté au grand écran, fait un malheur en salle avec près de 350 millions de dollars au box-office mondial.
D'elle, pourtant, on ne sait rien, ou très peu. Née (paraît-il) le 1er mai 1980 à New York sous un autre nom, gardé aussi secret que la formule du Coca-Cola (Freida McFadden est un pseudo), elle est diplômée de médecine de l'université de Harvard. Sa spécialité ? La neurologie et les lésions cérébrales. Malgré une production littéraire pléthorique, elle exerce toujours son métier dans un hôpital de Boston, ville où elle vit avec son mari, ses deux enfants et son chat Ivy. Discrète jusqu'à l'effacement, Freida McFadden apparaît peu en public et n'accorde pratiquement aucune interview. Ce qui, à l'ère des réseaux sociaux, ouvre la porte à toutes les rumeurs et toutes les supputations. Son carré roux ? Une perruque. Sa production hors normes ? Une armée de petites mains qui écrivent à sa place. Quand il n'est pas, tout simplement, question d'IA qui se cacherait, en fait, derrière l'énorme succès de cette littérature roborative mais, avouons-le, peu exigeante.
Il nous a donc semblé intéressant de demander à une IA si elle estimait que le texte que nous allions lui soumettre était né… d'une IA. Pour l'occasion, nous avions sélectionné deux pages de son dernier roman, La locataire, dans lesquelles Freida McFadden utilise… douze fois le mot "moucheron" (à moins d'un pari avec un ami, on ne comprend pas bien comment un éditeur laisse passer ce genre de chose). Un prompt plus tard, ChatGPT, nous informe que "Verdict honnête : oui ce texte aurait pu être écrit par une IA moderne. Mais il pourrait tout aussi bien être le travail d'un humain, notamment d'un auteur à l'écriture très contrôlée". Nous voilà bien avancés.
Toutefois, ChatGPT souligne encore que ce qui plaide contre une IA, ce sont les petits détails narratifs gratuits mais humains. Et, en moins de temps qu'il faut à un algorithme pour nous nous répondre, il nous assure que Freida McFadden est "une auteure humaine bien réelle".
Les mêmes recettes
Ce qui, chez les dubitatifs, fait croire que l'Américaine n'écrirait pas ses livres est assez simple à comprendre : outre le rythme soutenu de ses publications (mais Agatha Christie et Simenon écrivaient, eux aussi, vite et beaucoup), il y a ce style simple et fonctionnel. C'est fluide, direct, sans chichis et sans grands effets de style.
Du côté des schémas narratifs, d'un livre à l'autre, on retrouve les mêmes recettes : des chapitres très courts (trois ou quatre pages), des twists partout, avec un "bouquet final" auquel dorénavant tout le monde s'attend (La locataire ne fait pas exception) et des révélations distillées au compte-goutte, qui font de ses livres des page-turners par excellence.
Traduite en quarante-cinq langues, Freida McFadden s'est attiré, de par le monde, des communautés de fans très actives sur les réseaux sociaux. Ainsi cette Américaine qui, sur Facebook, ne cache pas qu'elle pourrait "vomir d'excitation" à l'idée de découvrir le film La Femme de ménage. À l'opposé, une communauté de détracteurs se donne rendez-vous sur des sites tels que Reddit pour dire tout le mal qu'ils pensent d'elle. "J'ai bien aimé The Housemaid pour le côté lecture plaisir coupable, genre bouffe industrielle, mais après j'ai lu quelques critiques qui mentionnaient les similitudes avec un bouquin sorti cinq ans avant, The Last Mrs. Parrish (Liv Constantine, 2017, NdlR). Après l'avoir lu moi-même, les parallèles sont flagrants et c'est clair que McFadden l'a lu et a pompé à peu près tout, avec quelques petites retouches et changements", écrit ainsi JLaw1719.
En tête des ventes
N'empêche : à chaque nouvelle sortie, l'auteure truste les meilleures places dans les classements de vente de livres. En avril 2025, elle avait même réussi l'exploit de classer cinq titres dans le Top 10 de la Fnac en Belgique.
Mais revenons à cette Locataire, tout juste arrivée dans les rayons des librairies. Une fois encore, Freida McFadden s'intéresse à un couple en apparence bien sous tous rapports. Sauf que lui vient de perdre son job et que ce n'est pas avec son petit salaire à elle – elle bosse dans un pressing – qu'ils vont pouvoir payer les traites de la maison de Manhattan. Alors, pour mettre du beurre dans les épinards et puisqu'ils disposent d'une chambre d'amis, Blake et Krista prennent une locataire : Whitney. Laquelle s'avère être un odieux personnage, égoïste et manipulateur. À moins que la vraie manipulatrice ne soit autre que l'auteure elle-même. Vous avez 400 pages pour le découvrir.
⇒ La locataire| Thriller | Freida McFadden, traduit de l'anglais (américain) par Karine Xaragai | City Éditions, 400 pp., 22€, numérique 12€
