Pour Alexandre Jardin, tout basculera au début de l'été : "J'assumerai les questions qui seront posées"
L'écrivain veut proposer aux Français, au début de l'été, de reprendre la parole dans une vraie "conversation démocratique."

- Publié le 14-02-2026 à 19h13

Parce que l'on ne refera pas Alexandre Jardin, quand on lui a demandé de nous parler de son moment où tout a basculé, il nous a répondu, avec un aplomb guilleret : "Ce sera au début de l'été." Non, l'écrivain n'a pas mal compris la question. Il n'a pas non plus un problème avec la concordance des temps, mais, il y a bien réfléchi ; pour lui, le moment où tout a basculé est encore à venir.
"Ce jour, je sais que je vais vraiment le vivre", insiste-t-il. "J'ai créé un groupe de travail avec des codeurs du monde entier qui maîtrisent les blockchains", dit-il avec gourmandise. Et de nous expliquer le principe : "Il n'y a plus un ordinateur central mais 500 000 ordinateurs de par le monde qui sont reliés entre eux par un code que l'on ne peut pas fractionner. Si on change quelque chose, les 500 000 le voient. Il n'y a pas de tricherie possible. On ne l'utilise, pour l'instant, que pour les cryptomonnaies. J'ai écouté un de mes fils qui m'a présenté quelqu'un qui crée des blockchains, un démocrate suisse, spécialiste des cryptomonnaies. Je lui ai demandé s'il était possible de créer un instrument référendaire adossé à une blockchain. En d'autres termes, s'il est possible de retirer à l'État le monopole de la consultation démocratique. Se faire un outil où, avec sa carte d'identité, on peut voter. Une seule fois, en prouvant que l'on est majeur. Aucun État ne peut l'interrompre puisque c'est sur une blockchain. C'est hors du cadre légal classique puisque, comme pour les cryptomonnaies, cela échappe aux États. Cela ne s'inscrit pas dans un cadre constitutionnel mais je ne le souhaite pas. Prenez le référendum sur le traité de Maastricht : en 2005, les Français ont voté contre et le gouvernement s'est assis dessus en 2007. Donc, être dans le cadre légal, cela ne donne pas beaucoup de garanties", sourit-il.
Fait avec amour
Alexandre Jardin a donc décidé qu'il allait lancer des référendums avec le mouvement qu'il a fondé et qui s'appelle les #Gueux. "On aura bientôt 10 000 adhérents qui versent des cotisations et qui vont payer ça", poursuit-il. "Cela va permettre au pays de se reconnecter. C'est-à-dire d'exprimer ce qu'il veut véritablement. En passant par-dessus les partis et la classe politique. Nous allons commencer ça avant l'été et engager le pays pendant un an dans un processus référendaire de reprise de contrôle de sa vie publique. Pas parce qu'on sera dans la légalité – parce que ce n'est pas prévu – mais on va simplement établir une situation politique complètement différente. Si vous faites un sondage, c'est mille personnes. Si vous avez un, deux ou quatre millions de gens qui votent, la situation n'est plus du tout la même. Surtout à la veille d'une échéance majeure, qui est la présidentielle de 2027. Actuellement, on est dans un système complètement déconnecté, où les gens ont un sentiment de dépossession totale. Il y a des technocraties européennes qui pilotent et des partis qui s'arrangent entre eux. Le citoyen est viré…"
Lorsqu'il a créé son mouvement des #Gueux, au début de l'année 2025, l'écrivain a été taxé de populisme. Une critique qui pourrait bien lui être opposée à nouveau mais qu'il balaie d'un revers de la main. "J'assumerai les questions qui seront posées", dit-il. "Il y a une foule de sujets sur lesquels la population n'a pas du tout pu être entendue. Les gens qui n'aiment pas la démocratie parleront de populisme. Moi, je sais dans quelle intention je le fais, qui est de délivrer un pays de son incapacité à s'exprimer. C'est foncièrement une œuvre de démocrate et de réactivation d'un lien entre la vie publique et les gens. Ça, ça va être une très grosse bascule. On va revenir à une "conversation démocratique" avec la possibilité d'exprimer collectivement ce que nous désirons. Si on fait ça avec un esprit revanchard et aigre, on peut aller vers le populisme. Sauf que je veux le faire avec amour, et ce n'est pas du tout la même histoire."