"Été 36" : un été de congés payés, un meurtre et une France bouleversée
Fresque historique ambitieuse, "L'Été 36" lève le voile sur une période oubliée du petit écran. Entre glamour azuréen et conquêtes sociales, TF1 et Netflix signent une œuvre chorale où le polar sert de miroir à une France en pleine mutation. À voir sur RTL tvi à 20h30 ce mercredi.
- Publié le 29-04-2026 à 14h12

"C'est un peu la rencontre d'Agatha Christie et du Front Populaire." C'est par cette formule, lancée lors du récent festival Series Mania, que la productrice Iris Bucher a résumé l'ambition de sa nouvelle création.
Une formule accrocheuse qui dit beaucoup de l'ambition de cette fresque historique : mêler l'efficacité d'un thriller choral à la complexité d'un moment charnière de l'histoire sociale française. Sous ses dehors de polar, la série entend revisiter un été fondateur, souvent figé dans l'imaginaire collectif, mais rarement exploré dans toute sa densité par la fiction télévisée.
Une France en mutation
L'action se situe à Nice, à l'été 1936. Sur la Côte d'Azur, temple du loisir bourgeois depuis la Belle Époque, survient une petite révolution : des milliers d'ouvriers et d'employés découvrent pour la première fois la mer, le soleil, le temps libre.
Les congés payés fraîchement acquis grâce au Front populaire bouleversent l'ordre établi. À la fascination succèdent la méfiance, parfois le mépris. Les plages se remplissent, les pensions affichent complet, les classes sociales se croisent sans toujours se comprendre.
Derrière la carte postale, les lignes de fracture apparaissent. C'est dans ce décor bousculé que quatre femmes aux trajectoires opposées se retrouvent entraînées malgré elles dans une affaire de meurtre au prestigieux hôtel Riviera.
Quatre femmes, quatre destins
Il y a Blanche (Julie de Bona), héritière d'un puissant industriel dont le monde vacille, Eugénie (Sofia Essaïdi), mise au ban de sa classe pour avoir épousé un ouvrier, Giulia (Nolwenn Leroy), gouvernante réservée dont le silence cache bien des secrets et Léonie (Constance Gay), une jeune recrue de la police qui doit s'imposer dans un milieu d'hommes.
Toutes pourraient avoir un mobile. Toutes portent, surtout, les contradictions d'une France en transition. Chaque trajectoire éclaire un pan du contexte historique : l'émancipation féminine encore fragile, la peur du déclassement, l'irruption du politique dans l'intime.
Été 36 s'inscrit ainsi dans une collection aujourd'hui bien identifiée dans le paysage audiovisuel français, imaginée par Iris Bucher.
Après Le Bazar de la Charité et Les Combattantes, la productrice poursuit son exploration de la condition féminine à travers l'Histoire, toujours en plaçant ses héroïnes au cœur d'événements majeurs.
Et elle réussit parfaitement grâce à la combinaison de trois ingrédients essentiels. À commencer par la rigueur de la reconstitution : TF1 n'a rien laissé au hasard. Décors, costumes, lumière, figurants : dès les premières images, le soin apporté à la mise en scène impressionne.
Ensuite par la qualité du scénario, écrit par Marie Deshaires et Catherine Touzet. Et enfin par la solidité du casting : autour de ses muses Julie de Bona et Sofia Essaïdi, Nolwenn Leroy et Constance Gay complètent un quatuor d'héroïnes puissant.
La force de la série tient aussi à ses seconds rôles prestigieux, essentiels pour incarner un pays en ébullition. François-Xavier Demaison en flic chevronné, Miou-Miou et Sam Karmann en piliers de la haute société, ou encore Arnaud Binard et Assaâd Bouab densifient cette fresque. Chaque visage devient une pièce du puzzle social que la production reconstitue avec une précision chirurgicale.
Une exception
Mais là où les projets précédents s'appuyaient sur des drames déjà fortement ancrés dans la mémoire collective, Été 36 choisit un terrain plus inattendu : celui d'un été souvent idéalisé, résumé à la joie populaire et aux images d'ouvriers découvrant la mer.
Coproduite avec Netflix, la série s'attaque à un paradoxe de la fiction française : 1936 est une date fondatrice de notre imaginaire social, mais elle a finalement peu nourri les récits télévisés, en dehors de rares exceptions comme le téléfilm L'Été 36 signé Yves Robert, avec Christian Clavier.
En revisitant cette période, la fiction de TF1 met en lumière ce que l'iconographie a longtemps gommé : le choc frontal entre classes sociales. L'arrivée massive des congés payés sur la Côte d'Azur fut vécue par une partie de la bourgeoisie comme une intrusion. Le peuple, bruyant, enthousiaste, parfois maladroit, faisait irruption dans des espaces jusque-là réservés. L'accès soudain au loisir devenait, pour certains, un trouble à l'ordre établi.
Ce bouleversement social s'inscrit aussi dans un contexte politique plus large. Tandis que la France goûte à une parenthèse d'espoir, l'Europe, elle, se durcit : montée des fascismes, tensions identitaires, inquiétudes face à l'avenir. Été 36 parvient à rendre palpable cette double temporalité : l'élan formidable d'un peuple qui conquiert de nouveaux droits, et l'angoisse sourde d'un continent qui se referme.
