L'art et la nature sublime et violée

L'expo "Sublime" montre comment les artistes exaltent la nature et dénoncent sa destruction.

Guy Duplat Envoyé spécial à Metz
L'art et la nature sublime et violée

Les rapports entre l'art et la nature, entre les artistes et les questions écologiques sont au cœur de la passionnante exposition "Sublime" au Centre Pompidou-Metz.

Elle montre comment l'art peut être un lanceur d'alerte sur l'état de notre Terre.

Le début de l'expo montre la fascination des artistes pour la nature quand elle se déchaîne. Nietzsche grimpait déjà aux sommets de l'Engadine pour se laisser submerger par le sublime du paysage. On montre ainsi un très beau tableau de Turner fasciné par une tempête qui approche. Des anonymes du XIXe siècle ont peint les avalanches, inondations, volcans, geysers et mers déchaînées. Un très beau dessin de Victor Hugo montre un bateau secoué par la tempête.

Les colères de Gaïa

L'expo rend aussi hommage au couple de vulcanologues Katia et Maurice Kraft qui passa sa vie à prendre tous les risques pour photographier et filmer au plus près les éruptions à travers le monde. Ils en moururent en 1991 sur un volcan au Japon.

Ces colères de Gaïa, la Terre, ont toujours amené les questions métaphysiques. Elles rappellent l'origine du monde et annoncent sa fin. Des peintres comme John Martin et Léonard de Vinci, avec des dessins de la collection de la reine d'Angleterre, représentent ce que pouvait être le Déluge (il aurait eu une origine historique avec le débordement de la Méditerranée dans ce qui sera la mer Noire).

L'Anthropocène

Lars von Trier a repris le thème de la catastrophe naturelle et de la fin du monde dans son magnifique film "Melancholia", où une planète vient s'exploser sur la Terre. La fin du film projetée à l'expo est comme le point d'orgue avant la seconde partie du parcours qui dénonce les atteintes que l'homme lui-même fait à la nature. Les scientifiques ont nommé cette période, où c'est l'homme l'élément décisif, "l'Anthropocène". Le philosophe Jean-Luc Nancy explique que désormais : "Il n'y a plus de catastrophe naturelle, il n'y a plus qu'une catastrophe civilisationnelle."

Responsable de l'avenir

Cette idée de l'homme responsable de l'avenir de la planète est aujourd'hui populaire, mais les artistes furent les premiers à l'annoncer, il y a près de 50 ans, sentant avant tout le monde les évolutions de la société.

L'expo rappelle les œuvres de ces "artivistes". Robert Smithson, grand nom du Land Art, déversant dans une carrière près de Rome, en 1969, une benne remplie d'asphalte. Gustav Metzger roulant en 1970, avec le pot d'échappement relié à une boîte transparente posée sur le toit et remplie de plants de lierre mourant sous le gaz. Nicolas Uriburu colorant les eaux de Venise ou de la Seine.

Barbara & Michael Leisgen se photographiant en 1982, comme des cadavres flottant dans l'eau polluée.

Cette dénonciation n'exclut pas le sublime. Les grandes photographies de Robert Adams à Edward Burtynsky sont esthétiquement superbes, avec des feux de pétrole, des forêts polluées et mortes et des "lacs" de pollution au nickel.

Face à ce danger amené par l'homme, les artistes des années 70 (par exemple Buckminster Fuller) proposent leurs utopies : capsules climatiques, oasis artificielles, villes amphibies.

Réenchanter le monde

D'autres préfèrent "réenchanter le monde", soigner la Terre comme un grand blessé. Christo choisit d'emballer des falaises australiennes. Gina Pane multiple les performances comme des rituels chamaniques où elle enterre un rayon de soleil ou manipule l'humus.

Ces artistes annoncent la "décroissance" et la "sobriété heureuse" vantées aujourd'hui par Pierre Rabhi. Ils le font à leur manière comme l'artiste américano-cubaine Ana Mendieta qui fait communier son corps avec la nature : elle s'enterre et se recouvre d'herbe qu'on voit bouger avec sa respiration, elle s'enduit de résine brune pour se confondre avec un tronc d'arbre ou laisse sa trace sur le sable. L'artiste catalane Fina Miralles, en 1975, se recouvre le corps de paille.

Face aux méchancetés de l'homme, l'artiste apporte la réparation par la poésie et en "offrant son corps". Tel Giuseppe Penone qui se couchait sur un tas de feuilles et y laissait juste la trace de son souffle…

Une énorme installation de Tadashi Kawamata occupe le hall d'entrée, faite de bois de récupération, comme une sculpture créée par un tsunami.

Une exposition qui, comme le souhaite Edgar Moin, appelle à une nécessaire "métamorphose" pour assurer l'avenir de nos enfants dans un monde où l'homme et la nature seraient enfin réconciliés.

"Sublime, les tremblements du monde". Centre Pompidou-Metz, jusqu'au 3 septembre, fermé les mardis.

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