Les 1001 vies de Pascal Duquenne, président des Magritte 2020
La fenêtre de l'appartement de Pascal Duquenne est grande ouverte. Le vent s'engouffre avec force et des dizaines de médailles tintinnabulent gaiement. Chacune accrochée à son ruban tricolore, elles forment des mini-rideaux. "Il y en a plus de 150. Des médailles d'or, des médailles d'argent, des médailles de bronze. Je fais de la natation. Du crawl et de la brasse", rigole Pascal Duquenne, vedette des plateaux de cinéma mais aussi des bassins des Special Olympics.
- Publié le 31-01-2020 à 19h42
- Mis à jour le 31-01-2020 à 19h50

La fenêtre de l'appartement de Pascal Duquenne est grande ouverte. Le vent s'engouffre avec force et des dizaines de médailles tintinnabulent gaiement. Chacune accrochée à son ruban tricolore, elles forment des mini-rideaux. "Il y en a plus de 150. Des médailles d'or, des médailles d'argent, des médailles de bronze. Je fais de la natation. Du crawl et de la brasse", rigole Pascal Duquenne, vedette des plateaux de cinéma mais aussi des bassins des Special Olympics.
Un agenda de ministre
Pascal nous attend dans sa pièce de vie, visiblement trop petite pour quelqu'un qui déborde d'activités. Cette semaine, il a un agenda de ministre. Et pas de ministre en affaires courantes. D'ailleurs, son coach, Gilbert Serres, tient son planning à l'œil. En mars, Pascal jouera un tout petit rôle dans Le Mariage de Melle Beulemans interprété par une troupe d'amateurs au Centre culturel d'Auderghem.
Pour le moment, il est en pleine répétition d'une pièce produite par le Créahm qui se sera jouée fin avril. C'est au Créahm (Créativité et handicap mental), ce lieu qui encourage la pratique artistique des personnes handicapées mentales adultes, que Jaco Van Dormael, à la recherche d'un comédien trisomique, rencontre Pascal Duquenne dans les années 1980. Depuis, ce sont des amis pour la vie. Jaco lui prévoit un rôle dans chacun de ses films. Des petits rôles. "Quand je vois Toto le héros , chez maman et papy, à la maison, que je me vois moi-même en train de me regarder, je suis touché, j'ai envie de pleurer."
"Le Huitième Jour", un film et une ASBL
Des petits rôles et un très grand, le principal du Huitième Jour, triomphe planétaire, succès n° 1 du cinéma francophone en Belgique avec 715 000 entrées. Une réussite artistique aussi, validée par un prix d'interprétation à Cannes partagé avec Daniel Auteuil. En 1996, le lauréat ne recevait pas une palme comme aujourd'hui mais un diplôme. Encadré, il figure en bonne place sur un mur. "Un bon souvenir, je suis heureux, je suis content. Le cinéma était magnifique. J'étais un peu stressé, pas beaucoup. C'est un beau film, une belle histoire. Je suis Georges et Daniel, c'est mon copain. On s'amuse."
"Le 8e jour", c'est aussi le nom de l'ASBL qui propose à des personnes ayant un handicap mental léger de vivre en autonomie dans des appartements groupés et sécurisés par la présence de personnes valides et solidaires habitant le même immeuble. Un appartement comme celui qu'occupe Pascal, au deuxième étage d'une maison au cœur de Bruxelles, entre la Grand-Place et la Gare centrale. "Je suis autonome. Je prends le train pour aller à Vilvorde chez maman et papy. Je me débrouille tout seul. Je fais les courses. Je vais me balader. Je vais aux Platanes où je fais du dessin, du sport. Je vais au Créahm où je fais de la gravure, des monotypes, c'est pas facile. Je fais du théâtre. J'aime bien faire les répétitions avec mes copains. Mais sans le texte."
Un moment magique
Pas besoin de nous dire qu'il fait aussi de la musique, une batterie occupe toute la place. "Je joue des percussions, de la batterie dans un groupe : Le 8e groupe . Je chante aussi. Je raconte mes histoires. Je réfléchis, une idée me vient dans la tête et j'improvise. Ce n'est pas écrit."
Quel genre d'histoire ?
"Je vais essayer pour vous." Et il se lance. "Je me promène dans les bois, un oiseau chante dans le ciel. Le ciel est bleu. Je suis perdu dans la forêt. Près d'un lac, il y a une cabane. Il n'y a personne. Je suis tout seul. Je me promène dans les bois, il y a des champignons. Je prends un champignon mais je ne le mange pas. J'ai peur, je ne veux pas mourir. Un homme me dit 'calme-toi'. Je retourne dans la cabane, j'attends que les nuages reviennent, blancs et bleus comme de la soie."
Le moment est suspendu, magique. C'est cela Pascal Duquenne, un acteur intuitif. On comprend mieux Jaco Van Dormael quand il disait qu'il lui donnait des instructions, des choses à faire dans la scène - prendre un verre, bouger une chaise -, le reste, les mots, les réactions, viennent de Pascal. Il n'apprend pas de texte.
La surprise de Jaco
Pascal Duquenne a, aussi, donné son nom à un prix remis chaque année au Festival international du film sur les handicaps qui se tient à Lyon.
Handicap, "je n'aime pas ce mot-là. Handicapé, c'est un mot qui blesse. Je n'aime pas l'entendre. Quand je l'entends, je tire la tête. Je ne me sens pas bien". Gilbert, son coach, précise alors sa pensée, telle que Pascal l'avait exprimée sur un plateau de la télévision suisse. "C'était une émission sur le thème du handicap. On était en direct, il y avait plusieurs invités et le présentateur s'adresse à Pascal en lui disant : ça vous fait quoi d'être handicapé ?"
Pascal répond : "Je ne suis pas handicapé, je suis différent. Je fais de la voile, de la danse, du cinéma, du théâtre. Je dessine." L'animateur dit alors : "Oh lala, moi, je ne fais pas tout cela !" Et Pascal réplique : "Alors, qui c'est, le handicapé ?"
Quand on lui demande sa réaction lorsqu'on lui a proposé de présider la 10e cérémonie des Magritte du cinéma, son visage s'illumine. "Je suis très content. Je suis président et Jaco a une surprise pour moi."
Faudra pas la manquer, faudra pas rater le début de la retransmission. Tous au poste, samedi, 20 h sur la Deux de la RTBF.
