Un petit cru pour la 10ème édition des Magritte du cinéma

- Publié le 01-02-2020 à 07h09
- Mis à jour le 01-02-2020 à 07h10

Elle s'appelle Valérie Le Roy et elle montera peut-être, ce samedi, dire merci à maman et à papa, tout en recevant le trophée attribué aux meilleurs costumes. En l'occurrence, les costumes de Patrick, une comédie policière, un peu marteau, de van Tim Mielants qui se déroule dans un camping du Namurois occupé par des Flamands… naturistes.
Surréaliste ? Juste, une confirmation de plus, les récompenses du cinéma belge francophone portent trop bien leur nom.
Et si vous avez vu Continuer de Joachim Lafosse, que vous avez même regardé le générique jusqu'au bout pour connaître le nom du directeur photo tant son travail était superbe ; ne cherchez pas Jean-François Hensgens parmi les nominés. Il n'y est pas. Il n'y a d'ailleurs pas la moindre nomination pour Continuer, car son réalisateur, Joachim Lafosse, s'est fâché avec beaucoup de monde. Résultat : Continuer n'existe pas. Ce n'est pas le meilleur film du réalisateur de L'Économie du couple, mais s'il faut le comparer à Lola vers la mer ou Seule à mon mariage, il n'y a pas… photo.
Lors du lancement des Magritte en 2011, la crainte de ses initiateurs était de ne pas être en mesure de présenter, chaque année, un plateau enthousiasmant de films, de comédiens, de techniciens. Même si c'est un peu le cas pour ce dixième anniversaire, le problème des Magritte est moins une question de talents que de votants dont les suffrages ont souvent été davantage motivés par des amitiés, voire plus encore des inimitiés que des qualités artistiques.
Avec des résultats surréalistes qu'on connaît. Peter Van Den Begin doit encore se demander comment il fut sacré meilleur acteur francophone en 2018 alors que François Damiens, nommé six fois, ne l'est toujours pas. L'académie vient d'ailleurs d'augmenter le nombre des votants avec un contingent de spectateurs et de critiques motivés.
Trois films
Petit cru donc en 2020 où l'on n'est pas arrivé à proposer cinq titres dignes de la catégorie meilleur film. Et quand on se prive du Lafosse, il en reste trois. Heureusement, ils appartiennent à des genres différents et rencontrent ainsi l'un des objectifs : montrer la diversité de la production.
D'ailleurs, c'est un film de pure exploitation, qui arrive en tête des nominations. "Olivier Masset-Depasse s'offre un vrai thriller classique, quasi hollywoodien, en hommage aux grands noms du genre, Hitchcock en tête", écrivait Hubert Heyrendt lors de la sortie de Duelles. Il offre aussi deux beaux rôles à deux de nos meilleures comédiennes : Anne Coesens et Veerle Baetens.
Le Jeune Ahmed suit avec neuf nominations. Les Dardenne, c'est l'image du cinéma belge à l'international. Ils ont fait école, leur style est copié dans le monde entier. Ils viennent de remporter le Prix de la mise en scène à Cannes avec une œuvre dérangeante qui aborde frontalement la déradicalisation.
Enfin, il y a la très grande surprise de l'année. On l'a d'autant moins vu venir qu'elle arrivait du Guatemala. César Diaz s'est installé dans notre pays, il y a vingt ans. Il a étudié le cinéma en Belgique, il a travaillé comme monteur, et quand il s'est senti prêt, il s'est lancé dans la réalisation de ce film qui lui tenait à cœur sur le génocide au Guatemala. Scénario virtuose, réalisation pudique, mise en scène pleine d'humanité : Nuestras Madres est un premier film poignant et universel qui a séduit le festival de Cannes et emporté la Caméra d'or. Le premier d'une longue liste de prix qui devrait encore s'allonger ce soir.
